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« Ça prend pas la tête à Papineau !

Vous êtes nouveaux à Poly, mais aussi au Québec ? Vous avez de la difficulté à saisir le sens de certaines expressions bien de chez nous ? Heureusement pour vous, il y a le Polyscope. À chaque semaine, vous y trouverez une nouvelle expression à ajouter à votre vocabulaire (et parfois un peu d’histoire, comme pour l’expression de cette semaine. J’ai déjà une liste en tête, mais si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à me les faire parvenir. Alors, pour démarrer l’année en beauté, nous allons étudier l’expression suivante :

« Ça prend pas la tête à Papineau ! »

Mais non, nous ne sommes pas en train de nous payer la tête de notre cher directeur général ! En fait, le Papineau dont il est question ici est mort voilà plus de 200 ans ! Pour faire une histoire courte( !), il n’y a pas eu énormément de sang versé chez nous, mais nous avons quand même eu quelques périodes troubles depuis l’arrivée des Français au Canada en 1534. Mais je vais plutôt commencer l’histoire en 1763, lorsque la Guerre de Sept-Ans se termina par une victoire de l’Angleterre, que l’ensemble (ou presque) de l’Amérique du Nord tomba sous gouverne britannique et que les militaires et administrateurs français rentrèrent en France. Le Québec eut alors sa première constitution, la Proclamation Royale. Celle-ci n’était pas tendre envers les conquis : elle leur imposait une importante réduction de leur territoire, et il fallait désormais renier sa religion pour obtenir un poste dans l’administration de la colonie, mais les Québécois étaient très pratiquants à l’époque ! Cependant, comme la population avait eu son lot de batailles au cours des dernières années, il n’y eut pas de soulèvement, d’autant plus que le gouverneur envoyé par l’Angleterre n’appliqua pas la constitution à la lettre et ne permit pas aux Anglais d’appliquer un régime des vainqueurs, car la population était quand même très majoritairement française… Puis, une dizaine d’années plus tard, les Américains se révoltèrent parce qu’ils en avaient marre de financer les guerres et autres trucs de la mère patrie, et le Québec reçut sa deuxième constitution : l’Acte de Québec (1774). En fait, il s’agissait essentiellement pour l’Angleterre de s’assurer le support (mais elle obtint tout juste la neutralité) de la colonie conquise face aux colonies rebelles. Le Québec y faisait donc plusieurs gains, notamment un élargissement considérable de sa superficie, l’accès à l’administration sans renier sa religion, et l’application des lois civiles françaises. Vous vous en doutez, les États-Unis acquirent leur indépendance (en 1776, mais l’Angleterre ne la leur reconnut que quelques années plus tard) ! Ainsi, en 1791, alors qu’une vague de colons anglais loyaux à Sa Majesté migrèrent vers le nord pour rester en Angleterre, le Québec reçut sa troisième constitution, soit l’Acte Constitutionnel. Cette constitution séparait le Canada en deux, soit le Bas-Canada, majoritairement francophone, et le Haut-Canada, anglophone et où s’installèrent la plupart des loyalistes. Cette constitution fonctionna pendant un certain temps, mais ses nombreuses lacunes entraînèrent divers problèmes politiques, économiques et sociaux. C’est pourquoi Louis-Joseph Papineau, à la tête des Patriotes (la formation politique au pouvoir au Bas-Canada), déposa en 1834 une longue liste de réclamations au gouvernement britannique. La réponse de l’Angleterre ne leur plût pas du tout (ça leur enlevait le peu de pouvoir qu’ils avaient), alors ils se rebellèrent en 1837. La suite sera pour une autre fois (Papineau s’est enfuit aux États-Unis pour éviter la pendaison, puis il est revenu, etc.), mais l’expression « ça ne prend pas la tête à Papineau » réfèrent à la réputation d’homme particulièrement intelligent que possédait ce très populaire politicien à l’impressionnante bibliothèque. Alors si on vous lance cette phrase, c’est sans doute parce que vous n’arrivez pas à comprendre quelque chose de pourtant très simple…

Mots-clés : Kebekwa 101 (6)

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