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Gouvernance libérale ou la valse aux adieux

Charest, merde à toi ! Voici un cri simple, concis, qui dit bien ce que l’on commence à penser du nouveau mandat du parti libéral du Québec. Un mandat sous le signe du régime minceur, puisque le gouvernement a décidé de spolier tous les secteurs où l’État offrait la garanti d’un soutien financier quelconque. Tout cela dans la perspective d’une baisse d’impôt massive, salutaire pour une prochaine réélection à ce qu’on dit dans les coulisses du gouvernement.

Or, voilà que la FEUQ – cette fédération qui regroupe les universités du Québec et à laquelle nous avons adhéré depuis peu – lance un ultimatum au gouvernement, par crainte que ce dernier n’aie en vue de lâcher la bride aux universités, et qu’un dégel des frais de scolarité ne vienne donner le coup de grâce à la société sociale-démocrate qui se construit au Québec depuis 20 à 30 ans.

Cette crainte est due à l’ouverture par le gouvernement d’une commission parlementaire, dont le mandat, pour le moins flou, vient raviver une anxiété qui se fait grandissante. Que veut-on exactement au Québec en matière d’éducation ? Et la question est d’importance. Si au Québec on vote à droite, n’ayons pas peur des mots, c’est que nos ambitions sont à droite. Les priorités ont changé, et ouvrir une commission parlementaire pour sonder l’opinion de la population sur le dossier du financement de l’éducation est la chose la plus raisonnable qui soit !

Sauf qu’une telle approche est erronée, et elle joue le jeu du gouvernement. En effet, si ce dernier amène le débat sur la place publique, c’est qu’il sait gagnés à sa cause les médias de masse, notamment la presse écrite qui loue à qui mieux-mieux les bienfait du libre marché et de la concurrence. C’est cette presse libre et libérale qui va d’elle-même sensibiliser les bonnes gens de l’extrême largesse de l’État, c’est elle qui va dire que les frais universitaires sont au Québec les moins élevés en Amérique du Nord. Et du même coup, faire souscrire la grande majorité des citoyens à la thèse absurde que les étudiants ont le devoir d’exempter l’État d’une tâche handicapante.

Le problème dans cette approche c’est qu’elle occulte les débats de fond : celui de la mission de l’État, celle du projet de société. L’accessibilité à l’éducation, et plus particulièrement à l’éducation supérieure, ce n’est pas un luxe que s’offre le citoyen ! C’est, n’en déplaise à Monsieur Charest, le fondement même de la démocratie citoyenne. À moins de vouloir singer nos voisins du Sud à tout prix, il est suicidaire pour une Nation d’abrutir sa population au consumérisme et de la cantonner au seul monde des jouissances matérielles et de la douce ignorance qu’elle implique souvent. Une telle politique a le seul mérite de permettre aux dirigeants, et aux lobbies qui les soutiennent, de garder une main-mise sur le pouvoir, de ne jamais avoir besoin de justifier l’exclusivité qui leur est réservée sur le pouvoir, et de régner en maîtres sur une population assimilable à une horde de chiens attardés, gavée au Nesmerde et avide de grandes surfaces.

Instruire sa population, c’est fournir à la société un terreau scientifique, technique, humaniste, artistique et philosophique, qui seul peut permettre le développement d’une Nation. Permettre à une société de disposer de ressources scientifiques, de professionnels, ingénieurs, médecins, avocats, de savoir-faire, c’est légitimer le pouvoir. Ouvrir l’accès à la connaissance, par le biais de l’accès à l’éducation supérieure spécifiquement, c’est outiller le citoyen, un citoyen qui saura lire et déchiffrer, raisonner et critiquer, mais surtout un citoyen qui pourra agir, construire la démocratie, car elle se doit d’être bâtie. Or on est loin encore d’en avoir saisi les fondements.

A l’opposé de cette perspective, qui n’est que l’introduction du livre Démocratie, livre que Charest ne lit pas, ou plus, le gouvernement s’attelle à la tâche aberrante de baisser les impôts, c’est-à-dire le revenu de la Nation. Pourquoi revenu de la Nation ? C’est quoi cette terminologie partisane ? Rien d’autre qu’une façon d’indiquer qu’imposer le contribuable, ce n’est pas lui voler l’argent qu’il a gagné à la sueur de son front, mais sa contribution (la racine est d’ailleurs la même) à la société qui l’abrite, qui lui permet, par les infrastructures qu’elle offre, de gagner cet argent, de jouir des services qu’elle prodigue, et la main-d’œuvre qualifiée dont elle aura permis la formation pour soutenir l’économie et le développement, donc l’enrichissement monétaire du contribuable considéré.

A l’opposé de cette perspective, celle d’une gérance responsable, d’une société unie pour le « bien commun », Charest veut baisser les impôts. Dans quel but ? Répondre aux attentes des citoyens, avides de profiter un peu de l’argent qu’ils ont gagné péniblement ? En vérité ? Répondre aux pressions incessantes des lobbies qui en ont marre de contribuer à un État dont ils se fichent. Dans quelle perspective, disions-nous ? Enrichir les plus riches, les immensément riches. Y font quoi de ce foutu pognon ? Pas ton problème, c’est le leur !

Le discours éculé qui veut que le citoyen soit volé par l’État et qu’il s’en plaigne est un tissu de mensonges. S’il lui arrive de s’en plaindre, c’est parce qu’on lui a présenté une vérité qui est le reflet de certains intérêts, pas les siens, forcément. Ce qu’on occulte le plus souvent et que les médias négligeront de préciser, c’est pourquoi l’État finance l’enseignement supérieur, dans les limites actuelles où il le finance. Dire que le vote à droite est un vote pour le dégel est faux. C’est un discours partisan qui signifie : ne votez plus PLQ, votez PQ. Le vrai débat, il est dans le fondement des décisions qui ont été prises, notamment de soutenir, par des infrastructures, par du financement, la formation des citoyens, incluant la formation supérieure. Un État qui soutient l’éducation, comme il se doit de financer les soins de santé, de contribuer aux besoins des plus démunis, d’aider les infortunés, les malades chroniques, ce n’est pas un état de gauche, c’est un état en accord avec les principes de la démocratie. Autrement, il ne resterait plus qu’à tuer les bébés aveugles, gazer les handicapés moteurs et piquer les plus de 60 ans.

Pour revenir sur les détails de l’actuelle intervention de la FEUQ dans ce dossier, on ne peut que la saluer sur les principes. Pour ce qui est de la démarche, il faut attendre un peu avant de se prononcer. Seule critique que je me permettrai de formuler : Nicolas Brisson n’aurait pas dû porter un ultimatum au gouvernement à Sherbrook West, mais un exemplaire du Contrat Social de Rousseau. Et dire merde à Charest.

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