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Petit Lexique à l’usage des moyennes personnes

L’année 2002/2003 débute et l’école accueille encore une fois un lot impressionnant d’étudiants étrangers venants des quatre coins du monde. Ces nouveaux arrivants auront à s’acclimater au mode de vie et à la mentalité locale pour connaître une expérience heureuse et enrichissante. Dans cette perspective, quoi de mieux pour comprendre et se mêler à la population autochtone que d’apprendre et d’utiliser ses propres jurons ( sacres !). Il faut dire que ces derniers sont très présents dans les conversations et fusent inopinément à chaque exclamation, interrogation ou saut d’humeur. J’ai donc décidé, avec le peu d’expérience que j’ai en la matière, de dresser un tout petit glossaires des jurons québécois les plus courants.

  • Tabernacle (prononcer tabarnaque) : à l’origine ce mot signifie selon le Larousse illustré « une petite armoire placée sur l’autel ou encastré dans le mur du chœur d’une église, destinée à conserver l’eucharistie ».

Jurer par une armoire sacrée, plutôt original non ! On utilise beaucoup ce mot en expression : on peut être en tabarnaque, faire quelque chose en tabarnaque, traiter quelqu’un de tabarnaque percé ou de tabarnaque à deux étages, dire d’une fille qu’elle a un tabarnaque de beau p’tit cul etc …Les combinaisons sont diverses et nombreuses . « Tabarnaque » a aussi des dérivés tels tabarouette, tabarnouche, tabarnik…

  • Calice : toujours selon le Larousse illustré, la définition de ce mot est « Vase sacré dans lequel est versé le vin au sacrifice de la messe ». On reste toujours dans le même registre religieux, d’ailleurs la majorité des jurons québécois tirent leur source dans l’église. Ce mot est aussi utilisé à toute les sauces : être en calice, faire quelque chose en calice, calicer quelque chose (la foutre en l’air), hostie d’calice…
  • Hostie (s’tie !) : dans la liturgie catholique, c’est le pain azyme donné par le prêtre aux paroissiens lors de la messe. Les hosties québécois se dégustent de divers manières :hostie au lard !, hostie au paparmane !, hostie toasté !
  • Ciboire(ciboère !) : « vase sacré, à couvercle, où l’on conserve les hosties consacrés ». Les vases sacrés sont à l’honneur au Québec, ciboire est un juron qui d’après moi ressemble à « calice » bien qu’il me paraisse un peu plus sympathique. Mais tout est une question de goût.
  • Maudit( maudzit !) : être en maudit, maudit de français. Maudit équivaut à « nom d’un chien !, nom de dieu ! ».
  • Crisser, être en crisse : foutre quelque chose en l’air. « Cet incident a crissé ma soirée ».
  • Décrisser : s’en aller, foutre le camp. Exemple : « faut que j’décrisse de cet endroit au plus vite ».
  • Etre en calvaire (en crime, en crisse) : être en colère, être de mauvais poil.
  • Sacrifice, sacrement : encore des expressions similaires à tabarnac, calice, crisse… Voici pour ces quelques joyeux petits jurons, une très longue liste reste encore à découvrir. Je citerai ceux qui m’ont le plus amusé lors de mes recherches :Ostensoir à pédale ! Taboère !Sacrement des fesses !Saint ciboire à deux étages !Morpion !Chrisostôme ! Crisse qui pisse ! Barrabas !… Des jurons qui iraient parfaitement bien dans la bouche d’un capitaine Hadock lors d’une aventure rocambolesque de Tintin. Souhaitons leurs donc une vie longue et remplie car comme disait Brassens « ils ont vécu de profundis/ les joyeux jurons de jadis ». Pour finir, j’ai trouvé sur un site internet cette histoire vraie tirée des archives du service des immeubles de l’école polytechnique de Montréal. Une demande de congé de maladie datée du 22 octobre 1975, truffée de jurons et somme toutes assez cocasse. Le travail du réclamant consistait à descendre du toit d’un édifice de deux étages un surplus de briques qui était resté sur le toit. QUESTION : Monsieur, auriez-vous l’amabilité de raconter les faits de l’accident ? Votre réponse est enregistrée.

RÉPONSE : J’pensais sauver du temps. J’ai fixé un madrier avec une poulie en haut de la bâtisse et j’ai passé une corde dans la poulie avec les deux bouttes qui descendent jusqu’à terre. J’ai attaché un baril vide au boutte de la corde, pis j’le monte en haut de la bâtisse. Ensuite j’attache l’aute boutte de la corde à un arbre. Là, j’monte sul toit, pis j’remplis le baril de briques. Ensuite, je r’tourne en bas pis j’viens pour détacher la corde pour faire descendre le crisse de baril, mais le tabarnac de baril est benque trop pesant pour moé et avant que je réalise quoi que ce soit, hostie, le baril me monte en l’air yenque d’une chotte. Là, chu trop haut pour lâcher la corde, j’ava pas le choix, j’ai tenu la corde en hostie. A moitié chemin, j’rencontre le crisse de baril qui descendait ; j’en ai recu un calvaire de coup de briques. Sur l’épaule ; tabarnac que ca m’a fait mal…Mais cé pas toute ; moé je continue à monter ; Rendu en haut, j’me pette la tête sul câlisse de madrier, pis j’me prends les doigts dans l’hostie de poulie… J’pensa parde connaissance. Quand l’baril touche à terre, le fond pette pis l’baril se vide. Asteur, ciboire,chu plus pesant que l’baril ; ca fa qu’hostie là j’descends en tabarnac ; pis à moitié chemin en descendant, j’rencontre encore le crisse de tabarnac de baril qui, lui, montait. Y m’a pas manqué l’calisse, y m’a pogné drettes’une jambe ; chu v’nu blême. Rendu en bas, j’mécrase sul calisse de tas de briques… J’pensa mourir là. Rendu là, j’me rappelle pu grand chose ; chu tout étourdi, ca fa que j’lâche la crisse de corde, pis l’baril se met à r’descendre, pis me calisse un coup s’a tête ; pis j’me r’trouve à l’hopîtal. C’est pour cà que j’demande un congé de maladie.

SERVICE TECHNIQUE DES IMMEUBLES
22 OCTOBRE 1975
ECOLE POLYTECHNIQUE.




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