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Elia Suleiman

Depuis la seconde intifada, un grand nombre de films traitant du conflit israëlo-palestinien sont venus illuminer nos écrans, apportant souvent une substance rare et subjugante. On l’avait déjà noté à Cannes avec Kedma de Gitaï, au FFM avec le très insidueux Rana’s Wedding, et le FCMM n’a pas manqué de suivre la règle en portant aux écrans du Parc l’Intervention Divine de Elia Suleiman, film acclamé à Cannes, et pour cause.

Le réalisateur se présente dans la salle obscure où un public inquiet l’attend. Il descend le couloir les mains dans les poches et prend le micro furtivement, un chewin-gum dans la bouche, nous dit qu’il n’y a rien à comprendre et s’en va, courbé par les années et le mystère d’une oeuvre. On reste sur sa faim, et ne sait comment réagir aux premières images d’un film qui débute avec calme, une sorte de paisibilité d’avant-guerre, où seule l’atmosphère absurde d’un peuple qui s’insulte et se jette des bouteilles de verre nous laisse dubitatifs.

Le calme dure jusqu’au moment où un noyau d’abricot jeté d’une voiture fait exploser un char israëlien. C’est Elia Suleiman qui conduit. Il ne semble pas réagir à la déflagration. Il continue simplement à manger des fruits. Captivé par la route et un but encore inconnu.

Ce brusque changement de situation marque le reste du film dans sa globalité. On comprend qu’il y a deux niveaux d’images, un peu comme il existe deux niveaux de lecture. Et le paysage en apparence tranquille du début cache en fait une fièvre allégorique. Cette fièvre brûle tout au long du film. Et on distingue peu à peu une critique sociale, un discours auto-biographique et un propos politique engagé.

D’ailleurs, cet engagement politique est clair et sans aucune ambiguïté. Le ballon-portrait de Arafat survole la ville occupée et surplombe dans une symétrie parfaite le dôme doré de Jérusalem. Mais y il a plus que cela dans le discours nationaliste, et pour cette raison, Elia Suleiman rejoint les grands noms de la culture arabe. Le film est sous-titré une chronique d’amour et de douleur. L’association n’est pas fortuite et devrait être comprise comme une allégorie de la relation amoureuse entre l’auteur et son pays, incarné par une maîtresse qu’il rencontre uniquement au niveau d’un check point entre Jérusalem et Ramallah. « Je suis fou parce que je t’aime » rappelle le très célèbre « Majnoun Leila », mais l’allégorie elle même et la structure de l’oeuvre font penser à « Nedjma » de Kateb Yacine, elle aussi inspirée de l’occupation, elle aussi source de symboles démultipliés.

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