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Éducation privée ou privé d’éducation ?

Comme vous le savez probablement (ou devriez le savoir, à tout de moins), le mouvement étudiant proteste fortement contre l’inclusion de l’éducation dans les accords de la ZLÉA (zone de libre-échange des Amériques). Essentiellement, les nouveaux accords de libre-échange feraient de l’éducation un service comme un autre, ce qui ouvrirait la porte à l’entreprise privée pour offrir ce service comme bon lui semble. Il est donc à craindre, à juste raison, que cette incursion majeure du privé dans l’éducation aura des conséquences désastreuses. Par définition, l’université est le lieu de transmission du savoir. Un savoir qui se veut libérateur des idées préconçues et des diktats intellectuels de tout acabit. C’est le fondement même du haut savoir que l’on s’apprête à sacrifier dans les accords de la ZLÉA.

Au Québec, la FEUQ (Fédération des Étudiants Universitaires du Québec) fait son boulot, soit de coordonner la charge avec les autres fédérations, au pays et partout en Amérique. Une grève générale est prévue le 31 octobre prochain. Est-ce que ça va vraiment changer quelque chose ? Nous sommes si petits devant les multinationales, presque insignifiants. Regardez seulement la situation dans d’autres domaines tels que l’alimentation ou les produits pharmaceutiques. Est-ce que le citoyen a son mot à dire ? Et ce, c’est sans compter qu’il doit avoir assez d’informations pour prendre des décisions éclairées.

C’est triste à dire, mais je serais surpris que l’on renverse la vapeur par nos seules actions. Plusieurs facteurs assombrissent mes espoirs. En premier, il faut noter que la tendance actuelle est déjà trop favorable à l’incursion du privé dans le domaine universitaire. Financement de la recherche, création de nouveaux laboratoires et chaires, le privé occupe de plus en plus de place. De plus, le contexte actuel (coupures, contrats de performance) amène les universités à gérer leurs affaires comme des entreprises. Le dernier exemple nous est venu de McGill la semaine dernière. L’université évalue la possibilité de privatiser la faculté de droit, afin d’aller chercher un manque à gagner de 4 millions de dollars. À quoi bon se battre contre la ZLÉA si les universités elles-mêmes se mettent à vendre une partie de leur mandat à l’entreprise privée ?

Et Poly ? Vous croyez qu’on est à l’abri de tout cela ? Et bien détrompez-vous, la gestion en mode entreprise est depuis longtemps bien ancrée à Polytechnique. On investit de l’argent là où ça rapporte : en recherche. Les étudiants ? Bof. Tout au plus, on s’efforcera de vous flatter le sentiment d’appartenance dans le sens du poil, question de pouvoir vous quémander des sous lorsque vous aurez un travail bien rémunéré. Après on s’étonne que les étudiants aient une attitude de client (je paie, donc j’en veux pour mon argent et sans trop forcer d’ailleurs). À quand le guichet universitaire ? On introduit sa carte de crédit et le bulletin s’imprime automatiquement ! Des solutions ?

Si la privatisation est à craindre, c’est donc dire qu’elle est à prévoir. En quel cas il restera aux étudiants une ultime ressource : le boycott. Pour peu que la privatisation se fasse d’une manière progressive, les étudiants auront toujours le choix entre privé et public. Si Mcgill privatise sa faculté de droit, les gens peuvent très bien la déserter, en guise de protestation. Il y a d’autres facultés de droit à Montréal. Mais bon, le boycott ne s’est pas montré très efficace jusqu’à maintenant contre les diktats des grandes entreprises. C’est la solidarité des gens qui fait défaut. Mais un jour, qui sait, peut-être que le bon peuple en aura ras-le-bol.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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