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Le Viaduc de Millau

Bonjour à tous ! Après m’être absenté deux semaines, je vous reviens avec un sujet bien de notre époque. Je vais vous parler du chantier du plus haut viaduc autoroutier du monde, qui se construit actuellement dans le Sud de la France, à Millau. Si cet ouvrage d’art ne peut être considéré au même titre que les grands monuments historiques, il n’en demeure pas moins qu’il sera appelé à devenir un symbole de la réussite et de l’excellence du génie civil français.

Depuis bien longtemps, à chaque retour de l’été, les Français descendent vers le Sud prendre quelques jours de vacances. Seulement, le centre de la France est occupé par le massif Central, qui est une chaîne de montagnes de taille moyenne (englobant les départements du Puy de Dôme, de la Haute Loire, du Cantal, et de la Lozère entre autres). C’est une région où il y a très peu de population, peu de grandes villes et qui est restée à l’écart des développements et de l’industrialisation. Pour se rendre vers les villes du Sud, il faut donc contourner cette région, parfois austère mais très belle à qui sait l’apprécier, par l’Est en empruntant le couloir rhodanien ou par l’Ouest en traversant les régions du Périgord et de l’Aquitaine. Il n’y a donc pas de route qui descend de Paris directement vers les régions méridionales. Le nombre grandissant de vacanciers a créé au fil des ans des problèmes d’embouteillage et de régulation de la circulation de plus en plus difficiles à résoudre et de plus en plus complexes. Il a donc été décidé, à la fin des années 1990, de désenclaver la région du massif Central en construisant une autoroute (A75) qui le traverserait en droite ligne, passant par Clermont-Ferrand et rejoignant Béziers et Montpellier, établissant ainsi un troisième couloir de circulation parallèle aux deux autres que je viens de citer. La plupart des travaux ont été assez rapidement accomplis, mais quelques kilomètres autour de la ville de Millau sont restés, longtemps, plus à l’état de projet qu’en chantier. Les usagers de l’autoroute devaient donc, l’espace de quelques kilomètres, traverser la petite ville complètement congestionnée pour passer d’un tronçon à l’autre.

Obstacles et défis

C’est qu’un problème technique de taille faisait systématiquement obstruction : le franchissement de la vallée du Tarn en plus du relief qui présente dans cette région des dénivellations de plusieurs centaines de mètres, un peu comme les Laurentides. Finalement, après de nombreux projets et de longues discussions, le tracé de la nouvelle autoroute est fixé définitivement. Celui ci est parsemé d’ouvrages d’art destinés à faire disparaître les contraintes du relief. Mais le franchissement de la vallée du Tarn à proximité de la petite ville de Millau est le passage qui va demander rien moins que de construire un viaduc de trois kilomètres de long et dont le tablier sera perché à plus de 250 mètres du sol en son milieu !

Début des travaux

En octobre 2001, les premières activités commencent par l’aménagement du chantier, mais la pose de la première pierre par le ministre des transports, Monsieur Jean-Claude Gayssot, véritable symbole du départ des travaux, ne sera effectuée que le 14 décembre suivant. Les travaux seront terminés, si tout se passe bien, au mois de janvier 2005. Toute l’année 2002 a été consacrée principalement à la construction des piles en béton à haute performance. Celles-ci sont très espacées, car le tablier sera également maintenu par câbles, faisant ainsi entrer le viaduc dans la catégorie des ponts suspendus.

Premier record

Le 12 juin 2002, la plus haute pile du pont dépassait la hauteur de 180 mètres, ce qui est la dimension du viaduc de Kochertal en Allemagne, ancien détenteur du record du monde. L’élévation de la pile colossale (P2) est arrivée à son terme le 23 octobre dernier avec une hauteur de 245 mètres. Elle est maintenant prête à recevoir le tablier large de 32 mètres et la partie supérieure de la pile qui soutiendra les haubans, faisant culminer finalement l’ensemble à la hauteur vertigineuse de 343 mètres. Ces chiffres ne semblent pas dire grand-chose, mais on peut s’imaginer un pont traversant tout le centre-ville de Montréal et dont la voie de passage serait située à plus de cinquante mètres au dessus des plus grands immeubles !

Ouvrage et oeuvre

Le chantier divisé en plusieurs lots, un pour chacune des sept piles dont la plus petite atteint tout de même 77 mètres de haut, est réalisé par l’entreprise Effage tandis que c’est l’architecte britannique Sir Norma Foster qui a conçu l’esthétique de l’ouvrage. La construction de chacune des piles suit un processus identique : on opère au moyen de deux équipes travaillant entre 7 et 14 heures puis de 14 à 21 heures. Le béton est hissé au moyen de gigantesques grues jusqu’en haut des piles par des bennes dont le volume est de 3 m3, ce qui fait environ 7,5 tonnes de béton. Les coffrages métalliques auto grimpants montent vers le ciel par intervalles de quatre mètres, mais à chaque fois de manière différente : la pile avait une surface porteuse à la base de près de 200 m2 pour terminer avec à peine 30 m2 au sommet !

Outil et symbole

Si le chantier continue à avancer dans les délais, les premiers automobilistes pourront emprunter ce vertigineux viaduc dès le 10 janvier 2005. Le coût total des opérations aura été de 370 millions de dollars US et sera progressivement amorti par un péage. Déjà, les portions centrales du tablier métallique sont mises en place à l’heure où j’écris cette phrase, permettant ainsi de découvrir la silhouette du pont, extrêmement fine. Elle paraît frêle, vu d’en bas, mais le tablier est épais de quatre mètres et l’ensemble conçu pour pouvoir résister à des vents allants jusqu’à 230 kilomètres à l’heure… Le viaduc de Millau sera un véritable trésor pour la France, car en plus de réaliser la re-dynamisation de ses régions centrales, il va constituer une référence en matière d’innovation technologique et un témoin grandiose du savoir-faire d’une époque et d’une nation.

En passant, si certains d’entre vous sont intéressés par la construction de cet ouvrage pharaonique, en voici le site officiel.

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