Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Mais où sont passées vos belles couleurs?

Ça fait des semaines qu’on nous la sort celle-là. Pourquoi le journal est devenu monochrome ? Pour la même raison que Montréal a perdu/perd/perdra (avec toutes ces tentatives de sauvetage, on ne sait plus où on en est !) son Grand Prix de Formule 1.

En effet, à partir du 1er octobre 2003, la période transitoire de cinq ans permettant à tous et chacun de s’adapter à la loi sur le tabac prend fin. Désormais, le tabac n’a plus du tout le droit de s’afficher, que ce soit sous forme de publicités ou de commandites. Sans compter les autres clauses de la loi, telles que l’interdiction de vente aux mineurs, de fumer dans les endroits publics, etc.

On ne s’en cachera pas, toute l’équipe du journal est frustrée ou à tout le moins déçue, à divers degrés, de ne plus avoir ses quatre couleurs sur la page couverture (ou presque : j’aime bien les concepts de couverture issus de cette contrainte). Et sans les publicités de Player’s ou DuMaurier, nous ne risquons pas d’en ravoir de sitôt. Et si une quantité considérable d’efforts et d’énergie est consentie au Grand Prix de la part du gouvernement, on repassera pour les autres événements de moindre envergure ou pour les publications étudiantes. Pourtant, si la publicité pro-tabac était si néfaste pour nos lecteurs, comment se fait-il qu’on ne soit pas envahis par les trucs moches qu’on voit dans le métro et qui devraient inciter les fumeurs à écraser pour de bon ?

Pourtant, nous savons tous très bien qu’il n’y a pas de fumée sans feu : si les fabricants de tabac étaient prêts à payer plus de 1000$ par publication pour mousser leurs produits dans le Polyscope (d’accord, nous ne sommes qu’une fraction de peanut dans leur budget de publicités et commandites, mais il y a aussi plusieurs autres journaux qui profitaient de ces revenus, plus le Grand Prix et de nombreux festivals), la publicité pro-tabac doit bien avoir une influence sur nos lecteurs. À moins que les coups de pied destinés à un derrière d’incompétent se perdent… Mais quelle influence ? La période transitoire laissait encore passer des publicités, mais rappelez-vous un peu de quoi elles avaient l’air. Un cycliste « extrême » qui préfère rouler sur l’eau plutôt que sur la route, des amis musiciens qui se font un feu de camp sur une plage, d’autres qui sortent/entrent dans un théâtre… Aucune cigarette sur la photo, il n’y avait qu’un logo en bas de page. Rien de comparable avec les publicités de bières où vingt filles à demi-vêtues sautent sur le loser qui vient de décapsuler sa bouteille et v’lan le party est pogné. Ça vous est déjà arrivé ? Non, bien sûr, et ce n’est pas du tout une façon de présenter l’alcool comme un facteur de valorisation, de prestige social ou de réussite… Les gens qui conçoivent les publicités anti-tabac ont encore pas mal de choses à apprendre de ces publicités douteuses.

Cependant, loin de nous l’idée de défendre l’industrie du cancer : oui, la cigarette tue, pue et c’est mal. Mais qui va se mettre à fumer à cause des publicités qu’on pouvait voir dernièrement ? Sur le site du ministère de la santé et des services sociaux, on nous justifie la loi par les problèmes majeurs de santé publique que la cigarette occasionne. Et on poursuit avec des statistiques, puisque tout le monde fait toujours aveuglément confiance aux chiffres. Ainsi, on nous apprend que 34% des Québécois fument (la moyenne canadienne est à 29%, selon une enquête réalisée en 1996-97), et qu’entre 1991 et 1996, la proportion de jeunes du secondaire qui fument a doublé pour passer à 38%. Bref, la très grande majorité des gens qui commencent à fumer ne le font pas à 20 ans, ni à 25, 50 ou 75 ans. Ils le font à un moment de leur vie où ils sont influençables, où c’est cool de fumer parce que toute la gang le fait, parce que c’est interdit, parce qu’ils sont « rebelles »… La publicité, ils s’en tapent et nous aussi. À moins d’y associer un de leurs modèles ou une scène de film/clip particulière. Comme la fameuse scène de l’interrogatoire de Basic Instinct, celle des Gremlins voulant tellement griller quatre clopes à la fois mais… ou celles des vieux films de cow-boys.

Enfin, puisque le vent a changé de bord et que ce sont maintenant les lobbies anti-tabac qui ont le vent dans les voiles, profitons-en pour respirer un peu… et la couleur, ce sera pour une prochaine fois.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.