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La gauche européenne mal en point

En Europe, les temps sont durs pour la sociale démocratie.La droite semble avoir réalisée un retour en force dans la gouvernance de la majorité des pays membres de l’Union Européenne. Pourtant, il y a de cela à peine trois ans, c’était la fulgurante vague rose qui submergeait toute l’Europe ; Jospin en France, Shroeder en Allemagne, Prodi en Italie, Blair en Angleterre, et ça pour ne citer que les principales nations européennes. En tout, treize pays sur les quinze constituants l’Union avaient un gouvernement de gauche ou de centre gauche, les sociaux démocrates n’hésitaient pas à faire de ce fait un slogan choc pour les campagnes d’élections européennes. Depuis ce temps, beaucoup d’eau a coulée sous les ponts. Les partis conservateurs de droites ont repris du poil de la bête et les rênes du pouvoir avec, entraînant derrière eux une dangereuse poussée des partis d’extrême droite sur l’ensemble du continent.

Ce fut l’Autriche, qui en 1999, inaugura ce basculement progressif vers la droite. Avec la montée au pouvoir Du FPO de Jörg Haïder (qui souleva tout un émoi chez les partenaires européens), c’était la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale qu’un parti « populiste » de droite était accepté dans un gouvernement européen. Puis ce fut le tour de l’Italie en 2001 de tomber aux mains de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, grâce notamment à une alliance avec les post-fascistes de l’Alliance nationale et l’extrême droite du leader Umberto Bossi. Dans la même année, la Norvège et le Danemark élirent à la tête de leurs gouvernements respectifs deux partis conservateurs et de centre droit. L’année 2002 n’a pas fait exception à la règle avec la réélection, en France, de Jacques Chirac qui fut confronté au deuxième tour à Jean Marie Le Pen, candidat d’extrême droite. Au Portugal, le parti centre droit en coalition avec le parti populiste de Paolo Portas a aussi remporté les élections en Mars dernier.

En Mai, les Pays-Bas ont vu la montée au pouvoir des chrétiens démocrates, dans l’opposition depuis huit ans. Ces élections furent surtout marquées par la montée en puissance du parti populiste de Pym Fortune (assassiné depuis) qui est devenu la deuxième puissance du paysage politique hollandais. Enfin, les dernières élections en Allemagne ou la gauche de Shroeder n’a dû son salut qu’au résultat historique réalisé par les verts de Joshka Fischer, sont venus confirmer cette tendance. Il faut dire que la gauche a beaucoup souffert de la coupure du cordon ombilical avec les couches populaires et ouvrières, soutien et base habituelle du parti. Ces derniers, ne s’identifiant plus à la nouvelle élite socialiste formée de technocrates et de gestionnaires dont le discours se rapproche souvent de celui de la droite traditionnelle, se sont rabattus sur le vote de l’extrême droite. Pour récupérer leur voix, la droite rusée et flairant le bon coup, a tout de suite formé des alliances avec ces partis, dit populistes, qui ont évidemment saisi au vol l’occasion de se propulser sous les feux de la rampe politique, bénéficiant d’une popularité et d’une médiatisation jamais acquise auparavant. Les socialistes européens ont été les premiers partisans les principaux bâtisseurs de l’Europe unifiée. Mais paradoxalement, étant derrière la ratification des traités les plus importants de l’Union, tels Maastricht, Amsterdam et Dublin, la gauche a creusé la tombe d’une Europe sociale qui a laissé la place à l’Europe du libre échange, de la concurrence et du démantèlement du service public. La gauche vivrait-elle une crise identitaire ?

La chute du mur de Berlin et la fin du communisme avait mis la sociale démocratie devant ses responsabilités historiques, à savoir faire contre poids au système capitaliste. Quand l’occasion est venue pour les socialistes de créer une puissance capable de contrer économiquement et politiquement la puissance américaine, leur choix fut celui du néolibéralisme.L’Europe a encore du mal à s’affranchir de la situation d’hégémonie et d’influence américaine (l’OTAN ou les questions internationales) héritée de l’après guerre et a du mal a rendre cohérente une vision politique floue. Pour se relever au plus vite de sa récente déconfiture, la sociale démocratie européenne devrait lever ce voile d’ambiguïté qui plane autour de son identité idéologique, chose qui laisserait présager une profonde remise en question de la ligne politique qu’elle suit depuis une décennie. Ses leaders devraient aussi comprendre qu’on ne peut pas en même temps s’aller siroter un bon whisky à Davos, puis descendre à Porto Allegre et trinquer à la santé de Che Guevara.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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