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Château de Neuschwanstein

Cette semaine, retournons en Bavière visiter un autre château du Roi Louis II : Neuschwanstein. La session passée, nous avions parlé d’Herrenchiemsee, copie de Versailles, déployant les fastes et les ors du grand siècle français. Aujourd’hui, c’est dans une toute autre époque que nous allons aller : le Moyen-Âge. Mais, comme Herrenchiemsee qui est une image idéalisée de la cour de Louis XIV, Neuschwanstein est aussi un reflet embelli et mythifié de l’époque moyenâgeuse. En effet, lorsque nous pénétrons dans le gigantesque édifice, perché au sommet d’un éperon rocheux, tantôt baigné de brumes, tantôt inondé de soleil, une atmosphère de mystère et de légendes semble s’emparer de nous, nous emportant dans un autre monde de rêve, celui des grandes épopées chevaleresques, de l’amour courtois et des troubadours…

Le dernier roi de Bavière, Louis II naquit en 1845. Il passa son enfance dans une atmosphère où la réalité et les légendes médiévales se mêlaient sans cesse. Il développa très vite un goût prononcé pour les glorieuses images du passé transmises par les « Minnesänger », les splendeurs du règne des Bourbons en France et la mythologie scandinave, mise en musique par Wagner. C’est dans cet état d’esprit, que jaillit du fond de sa pensée Neuschwanstein, les premiers de ses châteaux dont la première pierre fut posée en 1869. Le projet consistait à élever un palais de chevaliers de style roman, sorte d’équivalent de la demeure du roi Arthur en pleine époque industrielle. En outre, au milieu du XIXème siècle, nous sommes au cœur de la période romantique pendant laquelle les architectures romane et gothique sont remises à l’honneur. Mais, si même Neuschwanstein est bâti dans ce style, il n’en demeure pas moins que des moyens et des techniques modernes furent utilisées pour mener à bien l’entreprise et que le résultat nous donne un monument idéalisé, lequel n’aurait jamais pu voir le jour au XIIème ou XIIIème siècle ! C’est en effet la passion pour les opéras de Wagner qui poussa le roi à construire un cadre digne de ressembler à ce que son imagination concevait en écoutant la musique du maître. Le château tout entier est dédié au lyrisme wagnérien, comme l’attestent les nombreuses peintures et statues des intérieurs. Mieux encore, il en est le temple sacré, dressant ses tours blanches comme l’ivoire et ses oriels, entourés d’un écrin de montagnes enneigées.

L’aspect général de Neuschwanstein nous semble presque trop parfait, presque divin, avec ses cinq étages enserrés de nombreuses tours et tourelles crénelées, où courent des galeries longeant le vide avec leurs fines colonnades. Louis II avait également une profonde aversion pour ce que l’on pourrait nommer le monde vulgaire et ne songeait qu’à s’élever toujours plus haut, vers la lumière. Ce désir transparaît dans les composantes architecturales de son palais avec ses multiples aiguilles, tours et pinacles, avec cette formidable extension en hauteur qui, dans un effort désespéré tente de se rapprocher d’un monde inaccessible, trop lointain, qu’il ne retrouvera finalement que dans la mort le 13 juin 1886, lorsqu’il est découvert, noyé, dans le lac de Starnberg.

Maintenant que nous en avons fait le tour, allons voir les intérieurs qui, à la différence de ceux du vrai Moyen Age, sont confortables, décorés au goût du jour et résolument modernes (car quoique que Louis II aimât l’art des époques du passé, il gardait un vif intérêt pour les dernières nouveautés de la science). Bien que l’architecte Georg Dollmann en 1874 proposa un projet qui plut au roi, d’apparence sobre et sans excès de fioritures néogothiques, ce fut Louis II qui décida de la décoration intérieure du palais. Au premier étage se trouvent les quartiers des serviteurs et domestiques tandis que les « chevaliers » logent dans un grand bâtiment au Nord, surmonté d’une imposante tour carrée. Le deuxième étage ne fut jamais achevé, les travaux ayant été interrompus par la mort subite du roi. Il était prévu d’y aménager des salles de type mauresque, toujours pour les domestiques. Le roi occupait les troisième et quatrième étages dits « nobles ». Nous y retrouvons la salle du trône, occupant la hauteur de deux étages, à coup sûr la pièce la plus saisissante du château. De style byzantin, elle est entièrement recouverte d’or et de mosaïques. D’un côté se trouve un balcon avec une vue époustouflante sur les montagnes et de l’autre un magnifique escalier de marbre blanc en haut duquel devait se trouver le trône, fait tout d’or et d’ivoire. Mais il ne fut jamais placé. Dans l’abside, derrière l’emplacement du trône se trouvent les six rois qui furent canonisés (dont Saint Louis de France) et les douze apôtres entourant le Christ dans sa gloire. C’est bien sûr à la légende du Graal que toute cette mise en scène fait référence, ce vase sacré sensé contenir le sang du Christ et objet de légende recherché par tous les chevaliers de la chrétienté. Les appartements royaux, toutes les pièces sont de style roman, à l’exception de la chambre à coucher gothique, d’un luxe incroyable. Le lit, tout en bois de chêne est orné d’une forêt de pinacles et de dentelles de fleurs pétrifiées, témoins de la prodigieuse virtuosité des artisans d’alors oeuvrant pour le roi. Les salons et antichambres sont tous décorés de peintures, de panneaux de bois de chêne, ou de riches tentures, créant ainsi une atmosphère chaude et colorée. Enfin, Neuschwanstein abrite une salle de concert, dite des maîtres chanteurs, toujours en référence Wagner qui composa « Die Meistersinger von Nürnberg ». Cette dernière à l’acoustique excellente, due à son plafond en épicéa sert encore de nos jours de cadre pour de somptueux concerts.

Qu’ajouter de plus en conclusion, sinon dire que Neuschwanstein est l’un des château les plus connus du monde et les plus visités d’Allemagne, contribuant ainsi à faire de la Bavière une destination fort prisée des touristes. Chacun peut venir y rêver et retrouver les images des chevaliers et des princesses qui dorment en chacun de nous…




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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