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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

[Colonne éditoriale]

J’aurais tellement voulu être un membre de l’administration Bush ! Non, je ne niaise pas. C’est une affaire très sérieuse. Et dire que je m’étais trompé en me campant sur ma position et en défendant des idées toutes faites, j’appuyais il y a un an les anti-guerres au lieu de comprendre au plus tôt l’importance du débat et les enjeux historiques qui se jouaient là. Quels romantiques étions-nous pour braver le froid, au nombre de 150 000, et réclamer l’interruption d’affaires sérieuses.

Mais bon, quand je dis être de l’administration Bush, je ne veux pas être colporteur ou factotum dans un bureau minable d’une annexe de la Maison Blanche. Ça ne sert à rien d’être deux de pique. Autant être Polytechnicien ! Ce que je voudrais, c’est être Donald Rumsfeld, ou encore Dick Cheney. Ça c’est de la promotion de carrière. Ils ne roulent pas à vélo ces gars-là. Ils font tourner des milliards, en plus d’être à la tête de la première puissance mondiale. Ces braves gens là avaient compris, bien avant leur nomination aux plus hautes fonction de l’État, qu’il fallait attaquer l’Irak. Ce que personne n’avait saisi, c’était l’importance de leur intuition transcendante.

Nous étions 150 000 personnes à nous geler les c… dans le froid ! Cons à la cervelle de pois-chiches, nous pensions que les États-Unis (les États-Unis, là) partaient en Irak pour le pétrole et voulions les arrêter. « No blood for oil ». Un économiste et ami proche m’avait d’ailleurs fait la preuve par A + B que c’était impossible. Mais je m’obstinais. Maintenant, j’ai enfin compris. Ce n’est pas tellement le pétrole qui les intéresse, les États-Unis en regorgent. Les géopoliticiens qui voyaient dans les plans des Américains une volonté de contrôler la péninsule arabique et l’espace géographique s’étendant jusqu’en Inde (via les contrées désolées mais riches en gaz, du Tadjikistan, Turkménistan, etc.) sont de foireux niaiseux. Ce que veulent les Américains (et pas tellement les Américains en fait, la petite caste qui est au pouvoir) c’est des marchés. Des marchés lucratifs, payés à même les poches des contribuables américains, et avec le sang de leurs fils.

C’est pas bien difficile à comprendre, les Européens ont appliqué la formule il y a de cela quelques centaines d’années en ouvrant l’ère coloniale de l’histoire de l’Europe. Les Éats-Unis l’appliquent aujourd’hui. Constat simple : on vote un nouveau budget de 87 milliards de dollars (environs 1 500 nouveaux pavillons Lassonde, avec l’équipement de pointe et tout) qui vient donc s’ajouter à près de 400 milliards déjà votés. Sur cet argent, les trois quarts vont pour l’armée (en fait, pour financer le secteur industriel militaire américain et ses filiales, ce qui explique notamment que CAE ait reçu tout récemment une commande importante de Lockhead Martin). Le quart restant va à la reconstruction de l’Irak et de l’Afghanistan. Sauf que ces montants investis dans la reconstruction bénéficient à des compagnies qui ont soit financé la compagne électorale de Bush, soit s’avèrent proches des susmentionnés protagonistes de la Maison Blanche. Et les contrats ont été attribués sans mise en concurrence. Le plus important d’entre eux, une bagatelle de 2,3 milliards de dollars, a été attribué à KBR (Kellogg Brown & Root), filiale d’Halliburton. Le vice-président, Dick Cheney, dirigeait ce groupe entre octobre 1995 et août 2000. Voilà qui explique bien des choses. Il y a de sacrés futés, dans cette maison qui n’a finalement de blanc que la peinture.

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