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Peter Tosh :Equal Rights

1977 fut une année faste pour la scène musicale reggae. Des albums de légendes furent conçus cette année là ; Exodus des Wailers, 96 Degrees In The Shade de Thirld World, Police And Thieves de Junior Murvin mais aussi l’excellent Equal Rights de Peter Tosh ont font partie. Après sa séparation des Wailers en 1974, Tosh s’était déjà distingué en solo en 76 lors de la sortie son premier album Legalize It dont la chanson titre avait connu un énorme succès en Angleterre.Tosh a montré la couleur : rien d’édulcoré ou de consensuel avec lui. C’est dans la même continuation revendicatrice et militante qu’est paru un an plus tard Equal Rights. Ce dernier album est un hymne à la révolte des peuples noirs africains encore sous l’emprise coloniale mais aussi un appel au soulèvement de la communauté noir des Etats-Unis victime de la ségrégation et du racisme blanc.

Tosh ne cachait pas sympathie et son soutien à l’époque pour L’ANC et le SWAPO ; les deux principaux mouvements de libérations de l’Angola, du Zimbabwe et de l’Afrique du Sud. Il fut aussi arrêté lors d’une manifestation contre la présence britannique au Zimbabwe devant l’ambassade d’Angleterre à Kingston (Jamaïque). Farouche ennemi de Babylon (le système corrompu), très engagé et très pessimiste sur l’avenir de l’humanité, il était apocalyptique dans ses messages qui rejoignent ceux du musicien nigérian Fela Anikulapo Kuti. Le premier titre du disque Get Up Stand Up, coécrit avec Bob Marley à l’époque des Wailers réunis, donne parfaitement le ton. Lève toi pour recouvrer tes droits, lève toi, n’abandonne pas le combat. Stepping Razor est une mise en garde dirigée contre ceux qui foulent la dignité des hommes tout comme Down Pressor Man qui est une diatribe contre les dictateurs du monde entier en commençant par ceux qui se font passer pour les remparts de la liberté et de la démocratie mais commettent les plus affreux crime au nom de ses deux valeurs.

Mais le titre phare de l’album est sans conteste Equal Rights. Tosh dénonce avec véhémence l’hypocrisie des gens qui se veulent pour la paix mais non pour que justice soit faite contre les oppresseurs. Militant des droits de l’homme (les vrais droits de l’homme), il dit « Tout le monde demande à ce qu’il y ai la paix, mais qui demande à ce que justice soit faite. Je ne veux pas de votre paix, ce que je veux c’est les même droit pour tous et que justice soit rendue ». Sous entendu, lorsque le préjudice subi par les noirs sera réparé, et que ceux qui ont commis des crimes seront jugés et condamnés, seulement nous pourrons envisager la réconciliation et la paix. African est un hymne rassembleur de toute la diaspora africaine et un appel au retour aux sources. Le titre Apartheid clôt l’album. L’engagement anti-apartheid de Tosh apparaît clairement dans ce chant révolutionnaire qui appelle clairement au soulèvement des masses, « l’homme noir doit se lever et combattre l’apartheid ».

Dans la classification des différents styles de reggae, Peter Tosh fait partie des « Roots » de par son style musical et les messages de ses textes. Pour ce disque, il s’est entouré de la crème des musiciens reggae de l’époque. Avec les désormais icônes Sly Dunbar et Robby Shakespeare à la basse et à la batterie, Dean Fraser, la référence saxo-reggae, Wia Lindo aux claviers, Al Anderson à la guitare sans oublier la contribution de Bunny Wailer (ex- Wailer) et de Rita Marley, la femme de Bob pour les vocaux. Somme toute, une production de rêve pour l’un des plus grands albums reggae jamais réalisés, une qualité de texte et de son qui s’équivalent et un message qu’on a pas fini de faire passer vu la situation du monde à l’heure actuelle.




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