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Une baleine a échoué devant ma porte

Ce matin, vous ne me croirez pas, une baleine a échoué devant ma porte. Je n’ai pas voulu la déranger. J’ai cru qu’elle avait passé la soirée dans Dieu sait quel bar et qu’elle s’était retrouvée là par inadvertance. J’ai même eu l’outrageante idée que cette pauvre bête prenait un somme devant chez moi. Mais le soir, revenu de Poly, l’animal gisait à ma porte, inerte. Je compris là seulement qu’elle ne se sentait pas très bien.

Réflexe bête, j’allai chercher de l’eau et un cachet d’Advil. J’entrepris de lui ouvrire ses babines géantes et de lui faire avaler le minuscule comprimé. Ce fut toute une affaire. Juché sur cette masse énorme, je luttais à me fendre le corps. Le coude coincé entre la dentition supérieur et un morceau d’algue, je finis par introduire le médicament entre deux dents comme on l’eût fait d’une lettre. Je l’aspergeai avec le verre d’eau car je ne savais trop quoi faire. Je ne voulais pas tenter de nouveau l’aventure que je venais de vivre pour… Je réalisai avec un chagrin énorme que l’animal était bel et bien mort.

Une colère traversa mon petit corps électrisé. Je m’abattis sur le sol, secoué par un sanglot nerveux et ininterrompu. Une baleine venait de mourir à ma porte et je ne savais ni pourquoi, ni comment. Elle était venue me demander des comptes peut-être… J’eus des remords. Vous ne vous rendez pas compte. Ca avait commencé il y a un an déjà. Je n’avais pas prêté attention au rat mort devant chez moi. On venait de faire couler du peroxyde d’azote dans les toilettes pour dénicher une chiure d’oiseau de l’éclatant émail du coquillage. Deux semaines plus tard, c’était à Toronto, en stage dans la fameuse usine. J’allais me baigner. Et là, une multitude de poissons. De partout. De toutes les couleurs. Morts. Flottaient autour de moi. Et en République tchèque, cet été, une nage improvisée entre Mala Strana et Stare Mesto, par le pont Karluv !

Là je me suis dit : « Écoute Tarek, ça va mal » J’allai de ce pas à Ottawa réclamer la signature du Protocole de Kyoto. Tout de même, Kyoto les mecs ! C’est pas la mer à boire. C’est si on ne signe pas qu’on risque de défoncer la gorge. Réduire les émissions des gaz à effet de serre au niveau de 1990. On ne veut pas baisser de 90% d’un coup. C’est juste pour commencer à prendre de bonnes habitudes. Contraindre un peu, forcer un coup et puis ça sera tout naturel par la suite. Mais tonton Bush dit que Kyoto va nuire aux plus munis en faveur des plus pauvres. Parmi ces derniers on compte bien sûr la Chine, qui en 1998 émettait 13% du total mondial de ces émissions. C’est pourquoi ce chef de file de l’idiotie interstellaire nous recommande une alternative aux dimensions humaines : les émissions se feront en fonction du PIB. Sauf que, tonton, n’oublie pas que tu prévois une augmentation du PIB américain, ce qui veut dire finalement que tu vas augmenter tes émissions, au lieu de les réduire !

Avant d’aller plus loin, il faut expliquer. De combien, chacun, devrait-il réduire ses émissions. Car quand on joue avec les chiffres, on n’est jamais sorti d’affaire. 13%, toutefois, c’est énorme. Mais quand on se dit que les Chinois sont 1.3 milliards, alors que les Américains… Une pacotille. Donc, règle de trois : quelques millions / une pacotille = émissions de gaz à effet de serre 8 fois plus importante aux États-Unis par habitant qu’en Chine, 18 fois plus qu’en Inde. Entre la mesure et la démesure, Washington a choisi la politique de l’autruche. Je manque un peu de sérieux, certes. Mais tout de même.

Comprenez-moi. Je ne vais pas tracer toutes les lignes qui conduisent ma pensée. Il n’y a pas de pensée d’ailleurs. Je suis complètement surchauffé. Les oreille me gonflent. Il faut agir, et au plus vite. Avant qu’on ne batte tous les records de température de Sept-Îles à Montréal. Car la population gronde. Rien qu’aux États-Unis, 125 villes et comtés ont pris des engagements de réduction volontaire dans le cadre de l’opération Cities for Climate protection. C’est vous dire que les Américains ne se soucient pas tous de leur économie comme le fait leur chef. Quant à nous. Il nous faut agir, et au plus vite. Il faut se mobiliser. Moi, aujourd’hui, j’enterre une baleine.

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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