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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Marcel Matteau

De Téléglobe, où il a oeuvré durant 15 ans, à France Télécom où il est depuis 1 an, Marcel Matteau a consacré une large partie de sa carrière au monde des télécommunications, en plus d’avoir participé à deux start-up et d’avoir été conseiller en investissements au Fonds de Solidarité-FTQ. Mais avant de se lancer dans le monde des télécoms, il s’est impliqué à Polytechnique. Il a été président de l’AEP lors de l’année 1978-79 et c’est à lui qu’on doit les célèbres MATOs (les impliqués de Poly savent de quoi je parle), donnant droit à un repas gratuit à Sodexho les soirs de semaine.

Décrivez-moi votre cheminement depuis Polytechnique…

En fait, mon cheminement professionnel a commencé à Polytechnique même, où j’ai effectué des stages industriels lors de mes années d’études ; j’ai effectué deux stages chez Bell Canada. À ma graduation en décembre 1980, ils m’ont engagé et c’est un peu le hasard qui m’a fait commencer dans les télécommunications, car j’étais en électro-technique, qui est très loin des télécoms ; mais je suis tombé dans le chaudron quand j’étais petit et j’y suis toujours resté par la suite.

Donc, après 6 mois chez Bell Canada, j’ai quitté pour une longue carrière dans l’assainissement des eaux (rire) qui a duré moins d’un an en fait. Ensuite, j’ai commencé ma carrière chez Téléglobe, où j’ai travaillé de 1982 à 1997 ; j’ai commencé en ingénierie, au niveau transmission pour tranquillement gravir les échelons de l’entreprise. J’ai aussi fait du support aux ventes et au bout de 10 ans, j’ai obtenu un poste de management. (Au début, on installait des circuits haute vitesse à 9,6 kbits entre le Canada et Londres ; aujourd’hui, 9,6 kbits, on voit plus ça vraiment… )

Au début des années 1990, j’ai eu la chance de participer à la préparation au lancement international de Téléglobe. Avant, Téléglobe était transporteur international, mais seulement pour le trafic d’origine canadienne… suite à la fin du monopole de Téléglobe, on avait des choix à faire : soit on va dans différents marchés, soit on pouvait offrir notre formule de grossiste international à d’autres pays, ce qu’on a fait. On a donc offert nos services un peu partout : aux États-Unis, en Europe, pour transporter le trafic du monde, vers le monde. Le changement des méthodes d’affaires, pour passer d’une société canadienne à une société internationale a été une période très excitante. Il a fallu bâtir une équipe, des produits et l’international, c’est toujours intéressant ; on découvre de nouvelles cultures, on doit s’adapter. J’ai donc fait la transition de l’ingénierie au niveau marketing, développement de nouveaux produits. En 1997, le siège social a officieusement commencé à déménager dans la région de Washington ; n’ayant pas l’intention d’aller y travailler, j’ai changé de compagnie pour aller chez Vidéotron… pour 3 mois seulement ; je changeais d’échelle de marché, pour passer de l’international à un niveau provincial. Au lieu de faire des voyages annuels en Europe, j’allais à Rimouski… Ça a été un choc de culture.

Ensuite, avec des anciens de Téléglobe, j’ai eu la chance de participer à un start-up de voie sur réseau de trame, précurseur à la voie sur Internet, le IP. On s’est mis à mettre des pops à travers l’Europe, en Asie, etc ; ça nous permettait de faire des prix très attrayants. Je travaillais d’un côté plus vente et j’étais responsable de comptes aux États-Unis, en Allemagne, en Suède, en Hollande… J’ai fait un an de valises comme ça et j’ai décidé de consacrer davantage de temps à ma famille, alors j’ai quitté la compagnie pour venir chez France Télécom ; la compagnie ouvrait ses bureaux ici et j’y suis resté pendant 1 an, en faisant du travail de représentation commerciale. En 1999, j’ai eu la chance de participer à un second start-up ; cette fois-ci, c’était vraiment la bulle du start-up, dans tout ce qu’il y a de plus enivrant. Je suis devenu VP ingénierie et opérations chez BridgePoint International, compagnie que j’ai partie avec deux amis. On bâtissait des salles informatiques munies d’internet, de fibre optique, pour accueillir des compagnies informatiques, de télécoms, etc. En décembre 1999, on obtient un financement de 10 millions ; on a ouvert des salles à Montréal, Toronto, Calgary, Vancouver, Los Angeles, New York ; en juillet, on lève un second financement de 27 millions, on est sur la bourse de Toronto. Au départ, on était une dizaine et on a monté à 50-60 employés ; on avait des projets pour bâtir une trentaine de salles à travers le monde, les affaires roulaient… On manquait de personnel et je suppliais les gens de passer une entrevue ; ce n’est plus comme ça aujourd’hui (rire).

Ensuite, on a connu comme bien des histoires ; au départ, l’action était à 70¢, pour monter à 6$ et pour redescendre en juin 2001 à quelques sous… Lors de la nuit des longs couteaux, le staff est passé de 50 à une dizaine. C’était l’été, j’ai quitté la compagnie et pris de longues vacances.

En septembre 2001, j’ai eu un appel du Fonds de Solidarité ; ils se cherchaient quelqu’un en investissement des télécoms. J’ai signé mon contrat avant le 11 septembre… après, tout a gelé au niveau emploi. Pendant 2 ans, j’ai évolué dans le monde des financiers, du capital de risque ; j’avais une expérience d’affaires, aucune de financement… Je rencontrais des dirigeants d’entreprises et je leur disais oui, non, peut-être… en fait, c’était plutôt non ou peut-être…

Ensuite, au printemps dernier, j’ai eu un appel de France Télécom qui cherchait quelqu’un ; depuis, je m’occupe des ventes au Canada, pour quelque 10 millions, avec un autre vendeur à Toronto. C’est un milieu très spécialisé, où l’on se vend entre nous ; des jours, on est concurrent, d’autres, on est partenaire. On s’échange des capacités de fibres optiques et parmi nos clients, on compte Teleglobe, Bell, Vidéotron, Télus…

Quels sont les défis qui vous attendent dans votre domaine ?

Le défi, c’est que l’industrie est en instabilité économique ; avec toutes les faillites qu’on a eues, bien des entreprises sont reparties à neuf. Pour celles qui continuent, avec des dettes, c’est très difficile.

Évidemment aussi, les défis technologiques sont nombreux : pour l’instant, l’offre surpasse la demande et cette capacité non utilisée, il faut trouver comment la vendre, revoir le modèle ; il faudra aussi mettre en place un vrai accès haute vitesse, accéder à tous les services (vidéo, télé, etc.) sur internet. On n’a rien vu encore sur les possibilités des télécoms ; il y a plein de techniques qui existent déjà, il reste à les mettre en place.

Avez-vous eu à suivre de la formation continue ?

La réponse à donner, c’est oui, mais en fait, pas vraiment. Dans ce domaine, j’ai eu à en faire, sans en faire, en me tenant au courant des nouveautés dans les revues, etc. J’ai aussi suivi de la formation en management à l’université Queen à Kingston, un mini-MBA concentré de trois semaines, mais pour le reste, quand tu es passionné par ton domaine, la formation va de soi.

Vous vous impliquez à l’ADP maintenant ?

Je me suis toujours impliqué en fait ; au cégep, dans la radio étudiante et à Poly, j’ai commencé en étant sur le CA de l’AEP à ma deuxième année (après le tronc commun). J’ai ensuite été président de l’AEP en 1978-79. Ça a été une année assez mouvementée ; à ce moment, les employés de la cafétéria étaient nos employés et cette année-là, on a eu la joie d’avoir une demande en accréditation syndicale. Après un an de négociation avec un représentant de la FTQ, on en est venu à la conclusion que ce n’était pas le travail de l’AEP que de gérer une cafétéria, question de priorité pour mieux servir la cause étudiante ; on a donc donné un contrat de concession alimentaire.

Aujourd’hui, je suis sur le CA de l’Association des Diplômés de Polytechnique et je suis président du banquet annuel ; c’est intéressant au niveau des rencontres.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants ?

Il n’y a pas de recette miracle de carrière ; tout le travail que vous faites au niveau parascolaire va vous aider toute votre vie, bien plus que les notes d’ailleurs. C’est ce que les employeurs recherchent et ça permet de développer nos relations interpersonnelles.

Mots-clés : B. Ing. ? (13)

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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