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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

M. Papineau

Pour ceux d’entre vous qui ne le savent pas encore, Robert L. Papineau est Directeur général de Poly depuis le 1er juin 2002. Il occupait cette même fonction précédemment à l’ÉTS depuis 1988. Il a donc été Directeur Général pendant près de 16 ans, il faut le faire ! Robert Papineau est aussi un ingénieur mécanique, diplômé de Sherbrooke, où il a effectué un baccalauréat et une maîtrise. À la fin de ses études, il obtient un poste de professeur-adjoint à l’Université de Sherbrooke. Après 3 ans d’enseignement, il entame un doctorat en « Industrial and Systems Engineering » à l’Université de Floride. Il démarrera peu après le programme de génie industriel à l’Université de Trois-Rivières, en 1974 ; originalement, il avait travaillé sur le projet pour instaurer le programme à Sherbrooke, mais le programme a finalement été établi à l’UQTR, suite à une décision de Québec. Il occupera de 1976 à 1986 différents postes de direction à Trois-Rivières, pour ensuite se faire offrir le poste de directeur de l’enseignement et de la recherche à l’ÉTS en 1986 et le poste de Directeur Général en 1988. Durant ces années, l’ÉTS a connu une croissance extraordinaire, l’amenant d’école de technologie au statut d’école d’ingénieurs. Ceci dresse la carrière de M. Papineau jusqu’à présent dans le milieu universitaire. Pour ce qui est du reste, il a aussi démarré une entreprise de génie conseil (génie industriel et gestion des opérations) dans les années 1980, entreprise qu’il a conservée pendant 5 ans. Il siège sur de nombreux conseils d’administration, dont celui de l’Hôpital Sainte-Justine et de la Société Angus. C’est aussi un passionné d’automobile, de moto et un grand golfeur.

Que faites-vous en tant que Directeur général de Polytechnique ?

On pourrait classifier les activités d’un directeur général de deux façons, soit les activités internes et les activités externes.

Les activités internes occupent la majeure partie de mon temps. Il s’agit des activités de gestion courante, entre autres, mais aussi de la participation aux instances et comités à l’interne, des rencontres avec les représentants des associations et syndicats, sans compter toutes les activités protocolaires. Les activités externes occupent environ 2 jours par semaine dans mon horaire ; il s’agit d’un rôle de représentation de l’École dans différentes activités : collectes de fonds, participation à des congrès sur les tendances en formation et autres activités en collaboration avec l’Université de Montréal. Je siège aussi au CA de Sainte-Justine et de la Société Angus, au comité des Doyens d’Ingénierie du Québec et à son équivalent au plan canadien. Suite à une enquête de perception, on s’est rendu compte que Polytechnique doit être encore plus présente dans le milieu. Mes activités incluent aussi la participation aux CA de l’ADP, de la Fondation et au CE de la Fondation de Polytechnique.

D’autres activités qui me tiennent à cœur sont bien sûr celles qui impliquent les étudiants : remises de bourses, lancement de société technique, Poly-Show, etc.

Il y a eu aussi une adaptation lors de votre entrée en poste ?

J’ai commencé par faire le tour. En rencontrant les gens, j’ai pu clarifier le rôle du directeur général, que ce soit avec les professeurs, les associations, les syndicats et le CA. Il y a eu redéfinition des rôles de président et de directeur général de Poly. Le directeur général est le responsable opérationnel de l’École ; il est la courroie entre le conseil académique et le CA de Polytechnique. Le président, quant à lui, agit comme « chairman of the board » du CA. Bernard Lamarre fait d’ailleurs de l’excellent travail de ce côté et à aussi un rôle important avec l’ADP, la Fondation et un rôle de représentation à l’externe.

Avec les professeurs, je leur ai expliqué le volet externe du rôle de Directeur général. J’ai aussi écouté les gens, leurs aspirations, leurs frustrations, etc.

Ce qui m’a le plus frappé de Polytechnique en arrivant, c’est à quel point les activités y sont décentralisées. Dans une université, c’est très difficile de faire des changements ; l’approche top-down est à oublier. À mon arrivée, j’ai aussi constaté que l’École a un potentiel énorme, mais les relations entre professeurs et le CA étaient difficiles. J’ai aussi visité les sites de Polytechnique. Pour l’instant, j’ai visité sept des huit sites de Polytechnique, il me reste à voir le local des sociétés techniques au centre-ville.

J’ai aussi rencontré les étudiants. Il est important de donner le soutien et l’encadrement nécessaire aux réalisations étudiantes, que ce soit pour les sociétés techniques ou pour les activités culturelles et autres. Un autre dossier dont j’ai hérité très tôt consiste en la révision des rôles avec les différents intervenants de la Fondation, de l’Association des Diplômés de Polytechnique (ADP) et de Polytechnique. Par exemple, la Fondation aura désormais un rôle récurrent dans les collectes de fonds de Polytechnique. Au niveau de l’ADP, l’École a rapatrié la base de données sur les diplômés et l’École s’engage à appuyer financièrement l’ADP dans ses activités. Il y a eu un rapprochement très prometteurs entre les trois entités.

Dès mon entrée en mandat, il fallait renouveler six conventions collectives. Les dernières négociations avaient été très difficiles, aussi, on a passé beaucoup de temps de préparation pour celles-ci, en assemblées de direction et avec l’équipe des affaires institutionnelles. Nous avons passé l’équivalent d’une semaine à temps complet pour discuter des mandats, faire des analyses, le tout, afin d’avoir des propositions claires autour de la table et une approche analytique pour en arriver à une entente et régler de vieux dossiers. À l’heure actuelle, il ne reste que les négociations avec les professeurs à terminer.

Beaucoup de travail en commençant, quelle est la suite ?

Ça augure bien pour Poly dans l’avenir au niveau de la qualité de dialogue à l’interne. Cependant, ce que j’ai constaté, c’est une certaine difficulté à s’interroger, à faire de l’introspection. Nous sommes bons sur plusieurs facettes, mais il ne faut pas rester sur nos lauriers sans nous poser de questions. Il y a une baisse des étudiants provenant des cégeps et une augmentation des étudiants détenant un bac français. Il va nous falloir étudier cette tendance et revoir le processus d’admission des étudiants. Nous avons un seuil de cote R à l’admission, mais ce n’est pas suffisant. En analysant les données sur les étudiants au bac, on constate qu’il n’y a pas de corrélation parfaite entre la cote R et la probabilité de réussite au bac. D’un côté, certains étudiants avec d’excellentes cotes R piquent du nez en commençant Poly et d’un autre côté, certains étudiants ayant des cotes R inférieures réussissent très bien à Poly. Il faut voir au-delà des notes, avoir une vision plus complète des aptitudes à réaliser de brillantes études à Poly. Si quelqu’un a du potentiel, il faut lui donner sa chance.

La mentalité d’épuration des étudiants au bac ne doit plus persister. Ce qu’il nous faut comprendre, c’est qu’il y a déjà un « élagage » des étudiants qui poursuivent à l’université. Au départ, l’élagage a lieu au secondaire, où les étudiants doivent réussir les cours nécessaires pour être admis en sciences de la nature. De ces étudiants, seulement 50% termineront leurs études collégiales en sciences de la nature, alors il nous faut intégrer correctement les étudiants qui sont finalement admis à Polytechnique. Au niveau de la formation comme telle, la première année de Poly ressemble trop à une 3e année de cégep en sciences pures. Il faut vraiment être motivé pour suivre des cours de mathématiques, de physiques, etc., avant même de commencer à étudier en génie. Il y a moyen d’intégrer plus tôt des cours du programme de l’étudiant. Il n’est pas question ici de faire du « just-in-time » intégral des cours comme à Sherbrooke, il y a trop d’étudiants pour rendre la chose possible et l’approche ne convient pas à tous les étudiants. Cependant, il n’est pas rare de voir des situations où l’étudiant suit un cours en 1e session qui sera préalable à un autre cours en 5e session. J’ai déjà expérimenté la situation lorsque j’enseignais, et puisque la mémoire est une faculté qui oublie, souvent les étudiants oublient les notions du 1e cours. Un groupe de travail va d’ailleurs étudier cette question.

Toujours au niveau de l’intégration des étudiants, je suis d’avis que le programme devrait prendre en charge ses étudiants dès leur arrivée à Polytechnique. Il s’agit d’un autre enjeu à étudier. Le problème d’absentéisme aux cours est aussi un enjeu important à étudier. Pourquoi les étudiants ne vont pas aux cours ? Est-ce parce que c’est plate ou encore, parce que l’étudiant n’en voit pas la nécessité ?

Au niveau des constructions autour de Polytechnique, quel est votre rôle ?

Ce n’est pas moi qui ai fait les démarches pour faire approuver les projets, bien sûr, mais il faut maintenant concrétiser le tout : des négociations ont eu lieu avec le Ministère pour obtenir 10 millions supplémentaires, il y a eu certaines difficultés avec le laboratoire d’essais structuraux. Ce printemps, les professeurs et étudiants aux cycles supérieurs commenceront à emménager dans le pavillon J.A. Bombardier. Pour ce qui est des pavillons Lassonde, la fin des constructions est prévue pour mars 2005 et pourra accueillir les étudiants dès l’automne 2005. Avec la fin des constructions, Polytechnique se retrouvera sur quatre sites plutôt que huit ; les installations au CRIQ et au pavillon André-Aisenstadt vont demeurer.

Avez-vous d’autres projets à long terme ?

Il faut que l’École prenne de plus en plus sa place dans le milieu québécois. Poly a une bonne réputation, mais nous sommes perçus comme étant distant, inatteignable dans notre tour d’ivoire. Il faut changer cette perception. Il y a beaucoup de chargés de cours à Polytechnique. Qu’il y ait des chargés de cours comme tel est important. Parfois, il est préférable d’être formé par une personne du milieu plutôt que par un professeur. C’est le cas pour certains des cours de spécialités. Cependant, quand 40 à 45% des professeurs d’un département sont des chargés de cours, c’est problématique. L’université n’est pas une usine à donner des cours.

En comparant le ratio de Polytechnique par rapport à d’autres écoles dans le monde, on constate à quel point la situation est problématique. Dans le réseau des Écoles des Mines en France, il y a six étudiants à temps complet par professeur. Ici, nous avons un ratio d’environ 20 étudiants par professeurs (soit environ 4300 étudiants pour 217 professeurs). Nous avons aussi des problèmes de capacité ; au cégep, le chiffre magique est de 30 étudiants par cours, alors qu’à l’université, on a souvent 50 étudiants pour des cours hautement complexes. Il faut donc engager plus de professeurs pour encadrer les étudiants. Pour ceci, il faudrait que le gouvernement investisse d’avantage en éducation. On fait énormément avec peu, mais on pourrait faire beaucoup plus avec des moyens additionnels. La santé est importante, mais il faut aussi investir dans l’avenir, dans l’éducation. Un autre problème qui survient à l’université est le shopping des cours. L’étudiant s’inscrit à 5-6 cours et lâche au bout de quelques semaines, ce qui entraîne que 10 à 15% des étudiants inscrits ne termineront pas le cours. On a affaire à une mobilisation des ressources qu’on ne peut pas utiliser ailleurs.

Que comptez-vous faire au niveau des stages en entreprise ?

Il faut obtenir plus de stages pour les étudiants. Les employeurs recherchent souvent les compétences transversales en gestion de projet, en travail d’équipe, au niveau des langues, au niveau de la compréhension du monde des affaires, etc. Ces compétences se développent par les stages industriels et les échanges étudiants entre autres. Au niveau des stages, il n’est pas question de rendre tous les programmes Coop, comme à Sherbrooke, car le marché ne serait pas capable d’absorber le bassin d’étudiants. Cependant, on pourrait penser à un programme qui existe dans certaines universités anglophones où l’étudiant va travailler un an après sa 3e année et revient ensuite compléter sa dernière année. Il faut étudier toutes les options possibles pour Polytechnique.

Que voulez-vous faire au niveau des échanges étudiants ?

Je veux que Polytechnique soit de plus en plus reconnue comme une université de calibre international. Il faut développer le côté international de plus en plus. À chaque année, on reçoit plus de 300 étudiants et de notre côté, on en envoie entre 100 et 150. Il faut mettre l’accent sur les échanges. On pourrait aussi penser à des échanges interprovinciaux entre facultés de génie. Je suis persuadée que plusieurs seraient intéressés par une session en Colombie-Britannique par exemple.

En conclusion, on peut dire que M. Papineau a encore bien d’autres bonnes idées pour améliorer Polytechnique et qu’il saura nous surprendre dans les mois à venir.

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