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Recruter à tout prix

Plus le temps passe à Polytechnique et plus l’abasourdissement et l’étonnement majeur deviennent une habitude quotidienne que rien ne vient ébranler et qui se vit, ma foi, assez bien.

Le récent scandale qui secoue Polytechnique et dont nous faisons mention en une de notre journal est une simple banalité formelle. En fait c’est une pure invention de notre cru, on s’en sera bien douté. Néanmoins, le problème est sérieux. Quiconque regarde de près ou de loin les récentes statistiques de l’École se doute bien qu’il se passe quelque chose de pas très joli dans la gestion des affaires académiques de l’institution. Nul doute que le niveau requis pour la poursuite des études à l’École Polytechnique de Montréal (s’il vous plait !) est fort élevé. Quatre année d’études exigeantes (parfois même cinq !) sont les seules garantes d’un qualité supérieure du diplôme, et cette qualité est élevée au rang d’absolu.

Cependant, une bâtisse aussi gigantesque, des frais liés à la gestion quotidienne (les factures d’électricité, de téléphone, d’entretien, de papetterie, de salaires, de matériel, et j’en passe) qui se chiffrent à des hauteurs insondables, une réputation internationale qu’on cherche à gagner à tout prix et une concurrence universitaire sans pareille imposent certaines contraintes qui font que l’on arrive aux situations si souvent décriées.

Nous en parlions la semaine passée, l’École courtise sans vergogne les nouvelles recrues potentielles, à grand renfort de publicités racolleuses ou débiles. Mais la réputation de notre chère institution n’est plus à faire, et personne ne se laisse duper par les jolies photos d’une vie sociale édulcorée (que les récentes portes ouvertes tentaient, soit dit en passant, d’enjoliver) et inventée.

Il est de renommée mondiale que quiconque s’inscrit à Polytechnique court le risque (évalué à 30 ou 40 pour cent) de se retrouver dehors. Les nouveaux ne se le font plus dire, et tentent leur chance dans d’autres institutions (Sherbrooke par exemple). On enregistre ainsi des baisses d’inscription alarmantes, et l’École se pose la question si son traditionnel tronc-commun qui fait sa distinction ne devrait pas être revu, corrigé, pour coller aux exigeances de sa clientèle… et se départit peu à peu de la qualité de son enseignement dont elle faisait le porte-étendard. À quand l’allègement des cours de mathématiques, de la place de la rigueur scientifique dans la résolution de problème (quand les recettes de cuisine deviennent de plus en plus une constante incontournable). A n’en pas douter, un débat ouvert est requis, et nous devrions nous poser les bonnes questions.

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