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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Mésaventure

Hier, j’ai été sorti de force par les services de sécurité de l’école Polytechnique. J’a pu faire la preuve de leur endurance aux coups de pieds et vérifier leur hostilité à toute consommation d’alcool au sein de l’école. Je me suis débattu comme fou, mais j’étais ivre, et ils étaient quatre. J’ai fini la nuit sur le bitume. Je n’avais pas la force de rentrer chez moi. Et puis tout cela m’avait épuisé.

J’étais venu vers 18 heures me poster devant le bureau de monsieur Papinou pour régler une question urgente. Je savais de source sûre que cet imprenable chantre de la bureaucratie ne prenait son poste qu’à partir de cette heure tardive. Il attend toujours que tous les gens de l’administration soient partis pour venir faire le bilan de la journée, vérifier minutieusement le dossier de chacun de nos étudiants. Vérifier leur consommation de bière, leur taux d’alcolémie (Papinou abhorre l’alcool lui aussi), leur note au dernier devoir et puis leurs récentes requêtes auprès de l’administration. C’est ça être Directeur Particulier : un métier dur et éprouvant, souvent ingrat. De plus, quand il s’agit de dossiers sensibles (ex : Les membres de l’AEP, ou ceux du Polyscope), il y a souvent des considérations assez particulières qui entrent en ligne de compte. Si vous me permettez cette incise, le Polyscope est l’organe de propagande de l’AEP, qui contrairement aux organes génitaux, n’est productif en rien, n’insémine que la calomnie la plus minutieuse et la colère de l’administration B…, Beaucoup. Ainsi, lorsque Monsieur Papinou est tombé sur mon dossier ce beau jour du 3 Octobre, il s’est dit : Oh ! merde, encore des problèmes. Effectivement, Smurf, ou plus simplement Alain, venait de sortir de chez lui en lui faisant un compte-rendu détaillé de mon cas : dissident contestataire, diagnostique fatal pour un Polytechnicien qui espère encore vivre des jours heureux et tranquilles.

Pointant son regard dans l’oeil de boeuf de sa porte, M. Papinou constate que Mahdi et moi nous apprêtons à passer la nuit devant son bureau pour lui faire entendre nos opinions. Quelles étaient ces dernières ? Très simple : nous réclamions une intervention musclée auprès du gouvernement du Québec pour dissocier le ministère de la Recherche et celui des Finances. L’académique ne doit pas être mêlé aux affaires, à la finance, à la spéculation ou à la bourse. Les activités de recherche de Polytechnique ou de l’UdeM, et ceux de toutes les institutions académiques du Québec, doivent être épargnées de cette étiquette dévalorisante, de ce blasphème. On a vu le résultat d’une pression politique et institutionnelle sur Galilée. On sait ce qu’est devenu Socrate lorsque la Société institutionalisée lui a demandé des comptes. On ne veut pas que Sawan boive la ciguë, ni que Martinu abjure.

Mais Papinou ne l’entendait pas de cet oreille. Lorgnant les deux inconscients que nous étions, Mahdi et moi, il se disait dans son for intérieur qu’il est outrageant que de jeunes personnes comme nous le sommes gaspillent leur jeunesse dans un breuvage fermenté et mousseux. Il nous a envoyé les gens de la sécurité. Nous deux on réclame la réaction de l’administration à ce fait politique.

P.S. : Compte tenu de la crédulité d’une certaine catégorie de nos lecteurs, nous tenons à les informer que cette Chronique est purement imaginaire. Ainsi, aucun des personnages cités n’exisent (ou presque) et les faits relatés n’ont jamais eu lieu. Néanmoins, nous pensons qu’il serait fort approprié que l’administration de notre école commente le nouveau fait politique. Nous leur témoignons notre sentiment outragé quant à la nouvelle donne politique au Québec qui inclut et confond le travail scientifique et les activités de spéculation. De plus, nous demandons des excuses aux agents de sécurité qui prenaient un rôle peu avantageux à cette chronique, mais ce n’était que pour amuser nos étudiants, ce que ces joyeux compagnons ne refusent jamais. Sincèrement pardon.

Mots-clés : Colonne (8)

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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