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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Marie-Automne

J’ai consacré ma vie au voyage, parce que pas besoin d’être millionnaire pour avoir une vie riche. Parce que je suis un étranger de passage, un pèlerin sur cette terre. Des bidons villes de Soweto au centre huppé de Shinjuku à Tokyo, j’ai traîné mes galoches sur des milliers de kilomètres sur cette terre des hommes. D’un côté j’ai vu la misère matérielle, de l’autre des vies matérialistes. De la malnutrition ici, de la malbouffe là. C’est étrange de constater que ceux qui en avaient le moins voulaient toujours me donner tout ce qu’ils avaient, et que les plus sophistiqués ne me remarquaient même pas. Le cœur du problème, c’est le problème du cœur. Je sais que je m’adresse à la future génération : le high-tech c’est bien, mais le High-Touch c’est mieux.

Je veux tout voir, tout vivre, tant que je pourrais. C’est pour cela que je suis reconnaissant alors que l’automne approche de me retrouver au Québec avec son fameux été indien aux couleurs flamboyantes. Comment résister à l’appel des cascades fraîches et à la magie des feuilles qui virevoltent au rythme de mes pas bruissant sur l’éphémère tapis coloré ? La mosaïque du bouleau jaune, du pin vert et gris, et de l’érable rouge se mêle au violet de la lumière aux reflets orangés, et me rappelle la chevelure couleur de feu d’une fille que j’ai aimé, et qui est rentré à la Maison. Bien sûr j’ai pleuré et j’ai demandé pourquoi, mais alors que le froid approche sur la terre, je sais que là où elle est elle n’a pas froid, il n’y a plus ni deuil, ni cri, ni douleur. Nous n’aimons pas dire au revoir à ceux qu’on aime, que ce soit à l’École ou au cimetière, la séparation est difficile. Si le destin savait le courage avec lequel j’ai affronté les revers du sort, il m’essuierait les pleurs au lieu de les faire couler.

En regardant un peu en arrière, quand je considère mes embûches passées et ma vie de labeur, je vois que j’ai déjà travaillé à la chaîne à l’usine, sur des marchés de plein air, fait le vendeur d’habit, le maçon au soleil, de la contrebande de Bibles, l’électricien, le peintre, le chimiste… et même le Driver (ceux qui savent ce dont il s’agit comprendront pourquoi je n’aime pas trop la Police). Tiens, en parlant de Police et de politique cette semaine, il y a quatre mois environ, j’ai eu une contravention pour mauvais stationnement (ταβαρνακ !), mais c’était le moment des élections en France. J’avais déjà entendu de la grâce présidentielle une fois tous les sept ans comme tout bon Français, mais ça ne me concernait pas. Quand Jacques a été élu (God bless France), j’ai compris c’était quoi la grâce, c’était plus un concept en l’air, pour moi c’était très pratique, ça voulait dire plus de prune à payer, ma dette avait été remise. Le prix de ma faute a été effacé par une autorité supérieure. Et pour les autres fautes de la vie, je ne peux camoufler cette mauvaise conscience qui est pourrie à l’intérieur et qui sent une odeur de mort, je veux que ce soit effacé pareil pour retrouver la pureté du cœur qui m’a été volé. Finalement, heureux celui qui a le cœur pur.

Ca me rappelle que l’autre jour j’ai passé la journée à « Beaver Lake » avec Chris, qui est ce qu’on appelle un attardé mental (quand on est poli). Et croyez le ou pas mais ce gars là était si content quand on lui passait le ballon (même s’il le laissait tomber), qu’il y avait effectivement plus de plaisir à donner qu’à recevoir. Et je me disais qu’en tout cas il était pauvre d’esprit, mais bien plus heureux que beaucoup d’entre nous. Nous comprenons les notions du bien et du mal et nous pouvons choisir, mais lui ne le peut même pas. Alors je me suis souvenu que heureux étaient les pauvres en esprit parce que tout leur appartient. Ils n’ont pas besoin d’attendre, tout leur a déjà été donné. Il fallait que moi aussi j’aie la simplicité d’un petit enfant si je voulais entrer dans le monde, le royaume dans lequel ils vivent. Mais je vis à Polytechnique, et allez ! Un cinq cassettes (5, 7) par jeudi et le vendredi aussi. On me dit que les boîtes de nuit c’est le fun « un max » pour le samedi soir, et que c’est tout ce qu’un jeune peut trouver. C’est distrayant au début, mais c’est tout ce que vous avez de mieux ? Certainement on vous a appris à vous contenter de ça et vous avez très bien appris à tous vous voir comme des moutons là. Essayez mieux, pourquoi n’essayeriez vous pas maintenant de vivre comme une enfance qui se renouvelle tout le temps ? Un bonheur qui ne dépend pas des circonstances, mais de la pureté que vous avez au fond du cœur ? Alors tout aura un nouveau sens pour vous. Les partys c’est bien, partir c’est mieux. Sortez donc voir les couleurs de La Belle Province, d’ailleurs moi j’y vais ce samedi avec le COPEC. « On the road again… »

Mots-clés : Spiritus Sanctis (13)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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