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Poly pubs pour les Poly portes ouvertes

Ceci est un message subliminal surperfectionné, débité suite à un réveil postraumatique.

Vous étudiez à l’École Polytechnique ? Vous habitez près d’une Polyvalente ? Vous dormez dans une Polyclinique, mangez à la Polycantine ? Vous aimez le Polysport ? Les Polyshows ? Le Polythéâtre, la Polyradio ? Vous êtes un as de la Polyconnerie ? Seriez-vous Polydébiles ? Trop tard ! Plus d’espoir pour vous, vous êtes démasqués !

Sur les ondes de CKOI et CKMF, une étrange publicité radio est diffusée. Son objectif avoué est de séduire la clientèle cégépienne et l’attirer à l’École Polytechnique. Une sorte de voix idiote sussure dans un langage fantasque des stupidités qui ne font rire que leurs auteurs. Je ne sais pas si on vise spécifiquement les petites Britney Spears ou les jeunes EMINMen puissance, mais l’humour n’est ni de mon goût, ni de celui de nombreux étudiants de l’École avec qui j’ai pu discuter.

Cette publicité radio s’inscrit dans une campagne de valorisation de la vie étudiante et de l’activité parascolaire en proposant un message sympathique et coloré (sic). Pour ça, on ne lésine pas sur les moyens : professionnels de la publicité (Cossette Communications-Marketing), photographies stylisées, activités illusoires (il est où ce babyfoot que l’AÉP n’a jamais acheté ?). Mais ce n’est pas la première fois qu’on assiste à un tel branle-bas de combat pour atteindre les buts visés. Et on n’hésite pas à jouer avec l’image de l’École et celle des étudiants. Une image, ma foi, polymorphe… En effet, chaque année son lot de surprises. Quand ce n’est pas le capitaine Spoke qui s’adresse aux cégépiens, c’est un tableau noir et sobre qui fait l’apologie de la difficulté des études à Polytechnique et l’érige au rang de valeur sociale. Cela prouve le manque flagrant de la compréhension de notre identité. On ne sait pas ce qu’est un Polytechnicien, et on le cherche encore.

Le pire au cours des récentes années n’est peut-être pas tant ce qu’on a pu voir ou entendre dans le cadre des nombreuses campagnes publicitaires, car ce n’est pas tant la forme employée qui désole (les goûts et les couleurs ne se discutent pas, dit-on, et mon opinion ne vaut pas plus que celle d’un autre), mais bien le fond. Derrière ces statégies marketing ciblées, il y a avant tout la confirmation de l’esprit mercantile qui s’empare de plus en plus des institutions post-secondaires, et Polytechnique ne se distingue pas du lot à ce chapitre. Elle suit l’air du temps. Le temps où les universités, toutes, sans concession, courtisent les jeunes nouveaux et s’adonnent à une concurrence féroce. Derrière des objectifs de recrutement numéral, il y a une idéologie financière (environ 8000$ de subvention par tête de pipe) et une vision implicite de la place de l’université dans l’espace politique.

C’est là une tangente que suit l’École et qui risque de la mener loin dans le gouffre. La comptabilité est devenue tout aussi importante que la qualité de l’enseignement, et peut-être davantage. En font foi les multiples restructurations des programmes d’enseignement qui visent à rendre plus sexy les cursus proposés, et le vent de panique qui court actuellement suite au constat d’une sévère baisse d’inscriptions en première année en faveur des facultés de génie concurrentes.

Les besoins financiers énormes et constamment croissants du secteur de l’éducation portent finalement les universités à se tourner vers le privé pour obtenir des ressources supplémentaires. Aussi, on attribue des noms de compagnies à des salles de conférences, à des salles de classe et à des amphithéâtres. On érige des pavillons entiers, promis sans concession à la postérité d’un égo en manque de gloire. L’École, à l’instar de ses comparses américaines, se prostitue sans vergogne. Tout cela ne présage rien de très bon à l’avenir, et laisse craindre le pire. Sommes-nous comdamnés à périr par les lois du consumérisme ?

En attendant, on peut rire de soi, ou polypleurer.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.