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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Du nouveau à gauche

C’est arrivé dimanche passé, pendant que vous regardiez l’incommensurable émission d’avant match du Super Bowl. Jack Layton a remporté de brillante façon la course à la chefferie du Nouveau Parti Démocratique (NPD). Le NPD est la seule formation de gauche à constituer un parti reconnu à Ottawa, exception faite du Bloc Québécois, qui revendique souvent des positions de gauche, mais dont la fonction est tout autre.

Et quand on parle d’une victoire brillante, on souligne le fait qu’il recueilli 2 fois plus de votes que son plus proche poursuivant. Donc, a priori, il a les mains libres jusqu’au prochaines éléctions. Si les résultats sont décevants alors, seulement à ce moment, on parlera de le remplacer. En attendant, il fait ce qu’il veut, tant que l’image du parti est renouvellée. À ce chapitre, la comparaison avec Stockwell Day est flagrante. Jack Layton est un vieux qui se donne des allures de jeunes par un dynamisme que l’on ne retrouve pas toujours chez nos valeureux élus. Sauf qu’au lieu de promouvoir la peine de mort, l’abolition de l’avortement et autres credos traditionnels de la droite, Jack Layton est tout à fait à l’opposé. Environnement, justice sociale, lutte aux armements seront à l’agenda si nos médias lui laissent un peu de place. Et il devra la faire sa place, parce que les médias canadiens sont en général assez conservateurs. Mais est-ce que Jack Layton connaîtra le même sort que Stockwell Day ? La question mérite qu’on s’y arrête. Son avenir en politique canadienne dépendra du résultat des prochaines élections. Si le NPD améliore sa position, Layton reste, sinon, on change de chef aussi rapidement que possible. Il faut donc se pencher sur la situation à moyen terme du NPD.

Les belles années du NPD ont beau être loin derrière (ils avaient fait élire 43 députés en 1988 et ils ne sont plus que 14 aujourd’hui), une renaissance est toujours possible. Le dernier sondage à cet égard (EKOS) les plaçait en troisième position dans les intentions de votes des canadiens (13,6%), devant l’Alliance canadienne (10,5%) et seulement 0,2% derrière les conservateurs (13,8%). L’écart avec les conservateurs n’est même pas statistiquement significatif et tout cela, c’est sans compter sur l’attrait du nouveau (nouveau chef, nouvelle image etc.) puisque le sondage a été réalisé avant que le NPD élise Layton comme chef. Les néo-démocrates peuvent donc espérer se retrouver en deuxième position dans les intentions de vote des canadiens avant longtemps. Et comptez bien sur Jack Layton pour saisir toutes les occasions qui passeront. Il se montrera farouchement opposé à une guerre en Irak, ce qui rejoint une majorité d’électeurs. Pendant ce temps, Paul Martin se fait muet comme une carpe sur le sujet. Un silence est parfois très révélateur. L’ancien ministre des finances et aspirant premier ministre n’a pas avantage à le clamer haut et fort, mais il est probablement en faveur de ce qui émane de la maison blanche. Il reste donc, pour le NPD et Jack Layton, un filon prometteur à exploiter. L’autre filon sera celui des minorités. Jack Layton est né au Québec (il parle très bien français), il a étudié à McGill et est conseiller municipal à Toronto depuis le début des années ’80. Les minorités, il connait. Étant jeune, il était en minorité (issu du milieu anglophone) dans un Québec qui est lui aussi une minorité linguistique au Canada. Et son expérience de conseiller municipal à Toronto l’a gardé près de la réalité du terrain d’une grande métropole (il se débrouille d’ailleurs en mandarin !).

Mine de rien, les néo-démocrates vont ainsi chercher des votes chez les diverses minorités que l’on retrouve au Canada et chez les gens qui commencent à en avoir ras-le-bol des visées guerrières du président Bush. Et leur chef est dans la situation idéale, c’est-à-dire qu’il est né au Québec et qu’il vit en Ontario. Ce qui ne peut qu’augmenter sa crédibilité aux yeux des électeurs de ces deux provinces. Avec une bonne plate-forme électorale, ça pourrait suffire à former un bon parti d’opposition à Ottawa. Il suffit de consolider les appuis traditionnels dans l’Ouest et les maritimes, d’effectuer une petite percée en Ontario et peut-être au Québec (si la chance est au rendez-vous). Rien d’impossible ici. Et un parti de gauche comme opposition dans un contexte de domination de la droite, ça ne peut que ravir l’amateur de débats qui someille très profondément en nous. Un peu de sable dans un engrenage qui tourne beaucoup trop vite au goût de plusieurs. Et, croyez-moi, les libéraux seront sur leurs gardes devant une opposition de gauche assoiffée de débats qui sont de plus en plus d’actualité… et de plus en plus urgents !




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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