Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

La revanche des tronches ?

J’ai mis un point d’interrogation à mon titre parce que je me demande sérieusement c’est qui la tronche dans cette histoire : le gars qui passe dix heures par jour à jouer aux échecs ou alors le gars qui passe dix heures par jour devant un ordinateur à pitonner un programme qui jouera aux échecs ? Bon, j’imagine que les deux sont des tronches, à différents niveaux. Reste que ces deux types de tronches s’affrontent souvent dans ce que l’on appelle les matchs d’échecs homme-machine. Mais puisque la tronche en chef est maintenant Vladimir Kramnik, c’est à lui de défendre l’honneur des tronches (joueurs d’échecs humains) dans un combat contre d’autres tronches (les programmeurs de logiciels d’échecs). Vous me suivez toujours ?

On pourrait donc appeler le match entre Kramnik et Deep Fritz, qui se déroule au Royaume de Bahreïn jusqu’au 19 octobre, le choc des tronches ou le duel des boutonneux à lunettes. Je ris d’eux un peu mais, au fond, j’admire le travail qu’ils font afin de me divertir. Depuis le match entre Kasparov et Deep Blue II, je commençais à m’ennuyer un peu de ces combats entre le silicone et les neurones (à ce chapitre, on peut dire que les échecs de haut niveau ont atteint un certain équilibre de puissance entre silicone et neurone. Ce n’est pas nécessairement le cas de certaines actrices hollywoodiennes, malheureusement).

Ceci dit, il ne faut pas voir en ce match une suite des affrontements entre Kasparov et les super machines de la mort qui calculaient un duodecillion de positions par nanoseconde (ce qui équivaudrait à un quindécillion de positions par seconde mais, avouez que vous vous en foutez pas mal). L’adversaire de Kramnik n’est pas une super machine mais bien un super logiciel. Deep Fritz (distribué par chessbase, tout comme Fritz) est un programme d’échecs commercial que vous pouvez vous procurer aisément. La version « Deep » est tout simplement une version qui sera apte à fonctionner sur des processeurs multiples (huit, au maximum). Kramnik affronte donc un super logiciel qui tournera sur une bonne machine. Mais on est loin des 32 processeurs en parallèle qui composaient Deep Blue II, une machine entièrement développée dans le but de botter des derrières de grands maîtres. En général, les ordinateurs que Kasparov a affrontés il y a quelques années étaient plutôt mauvais dans leur évaluation stratégique des positions, mais ils calculaient aisément 20 à 25 coups d’avance, sinon plus. Deep Fritz possède une bonne compréhension des échecs, mais il calcule beaucoup moins loin. C’est pourquoi Kramnik est considéré par plusieurs comme favori dans ce match. De plus, il avait en sa possession Deep Fritz depuis plusieurs mois, il a donc pu se préparer avec assiduité, ce qui n’était pas le cas pour Kasparov en 1997, qui a affronté une machine dont il ne connaissait rien. Kramnik a gagné la deuxième partie du match de brillante façon en accumulant petit à petit des avantages positionnels pour finalement transposer dans une finale gagnante et simple comme bonsoir. Je vous présente la fin de la partie au diagramme 2. Au moment de mettre sous presse, Kramnik venait de remporter la 3e partie. On dirait bien que c’en est fait du sac à puces!

D’ailleurs, pour ne pas être en reste, Kasparov affrontera Deep Junior (un autre bon logiciel) à Jérusalem, au mois de décembre. Kasparov (de son vrai nom Weinstein, surprise!) entend bien démontrer que la vie continue malgré le conflit israélo-palestinien. Il tentera également de conserver son image de figure dominante des échecs en battant un programme semblable à celui qu’affronte Kramnik en ce moment. C’est à savoir qui sera la tronche des tronches en attendant le prochain championnat du monde, quoi! Pour voir les parties du match Kramnik-Deep Fritz, vous pouvez aller sur www.chessbase.com.

Articles similaires

Dur dur d’être un champion

23 janvier 2003

Je vous entretenais du sujet très intéressant l'autre jour : plus rien n'est comme avant, même dans le monde des échecs. On en a eu la preuve au très traditionnel tournoi de Wiik ann Zee (j'ai d'ailleurs enfin appris comment on prononce ce nom : Vik-an-see. Sacrés européens, pas capable d'utiliser les lettres comme tout le monde.). Bref, disais-je, plus rien n'est comme avant. En deuxième ronde du susmentionné tournoi, on assista à un...

Nalimov ou l’art d’avoir toujours raison

19 septembre 2002

Tout le monde s'est déjà posé la question suivante : pourquoi diantre les ordinateurs ne sont pas encore capables de jouer à la perfection ? Il serait facile, croit-on, de rentrer toutes les positions possibles en mémoire et ainsi créer une base de données qui serait virtuellement invincible. En effet, une telle base de données pourrait, par transposition, analyser directement les conséquences d'un coup jusqu'à la toute fin de la partie. Et bien, je...

Cet été sur la scène montréalaise

30 septembre 2002

Les étés à Montréal sont toujours intéressants : festival de ci, festival de ça, musique, films, humour, macramé etc. Tout le monde est servi. Cependant, il est de ces personnes qui aiment bien observer deux gars assis se pogner la tête de manière intensive pendant 5 heures. Qu'importe si nos deux protagonistes bougeront le bras une fois aux trois minutes pour tasser un bout de bois sur une distance de 10 centimètres, on apprécie...




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+