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Acier inoxydable, Back to the Future et cocaïne

Si on vous demande, vous étudiant moyen au début de la vingtaine, d’énumérer les voitures ayant marqué votre enfance, il y a de fortes de chances que la DeLorean figure en tête de liste aux côtés de la Dodge Charger de la série télévisée The Dukes of Hazzard et de la Pontiac Firebird parlante de K2000. Immortalisée grâce à la trilogie des films Back to the Future, la DeLorean DMC-12 est bien plus qu’une simple curiosité. Avec son style et sa conception avant-gardistes, la voiture connue une popularité instantanée à son lancement en 1981, mais les déboires de John Z. DeLorean, dirigeant de la DeLorean Motor Compagny, avec la justice menèrent, en 1983, à la disparition de la compagnie.

Histoire

L’histoire de la voiture et de son créateur pourrait être comparée à un film hollywoodien comme Casino ou Blow où le héros effectue une ascension fulgurante immédiatement suivie d’une brutale descente aux enfers. Ingénieur aguerri et respecté, John Z. DeLorean quitta son poste chez GM pour se lancer, en 1973, dans la création d’une voiture sport qui serait unique par son style et par sa conception tout en demeurant relativement abordable.

Ayant consacré, la première moitié de la décennie à la conception et à la construction d’un prototype, DeLorean avait réussit dès 1974 à amasser 174,000,000 $US. Il réussit même à obtenir un prêt de 185,000,000 $US du gouvernement anglais à la condition que son usine soit construite dans la région de Belfast. En raison du grand nombre de concessionnaires intéressés à la vente de la DMC-12, DeLorean vu la possibilité d’un autre moyen de financement ; il exigeait des éventuels concessionnaires l’achat de 5000 actions de la compagnie, ce qui représentait un investissement de 25000$.

La production de la DMC-12 débuta en 1981 dans l’usine ultra-moderne de Dunmurry en Irlande du Nord. Les 6539 véhicules produits la première année ne furent pas suffisants pour répondre à la demande grandissante du public. Pour être mis sur la liste d’attente, les clients intéressés devaient verser un dépôt important aux concessionnaires. Mais la demande était tellement forte que plusieurs gens commencèrent à spéculer sur les places des listes d’attente : une personne pouvait se réserver plusieurs modèles auprès d’un concessionnaire pour ensuite revendre ses réservations pour le double de la valeur du dépôt initial. La même chose se produisait pour les voitures : une DeLorean acquise aux coûts de 25000US$ (1982) pouvait être revendue par son propriétaire 10000US$ de plus.

Mais le sort de la compagnie fut scellé, lorsque John Z. DeLorean fut inculpé de trafic de cocaïne ; des agents doubles du FBI avaient effectué et filmé une transaction avec ce dernier. Bien qu’innocenté pour cause d’« entrapment » (déf. : Incitation policière à commettre un délit qui justifiera ensuite l’arrestation de son auteur), les investisseurs et ses associés le quittèrent un à un. Au même moment, la compagnie commença à éprouver d’importants problèmes d’approvisionnement en pièce ce qui entraîna une diminution de la production à 1126 exemplaires pour l’année 1982 et à 918 pour 1983. De nombreuses rumeurs (blanchiment d’argent, fraude, détournement de fonds) continuaient à circuler au sujet de DeLorean. Criblée de dettes et incapable de produire, la compagnie cessa finalement ses opérations en 1983.

Technique

Lorsqu’on pense à une DeLorean, on visualise immédiatement une voiture aux lignes très angulaires, à sa carrosserie en acier inoxydable et à ses portes en ailes de mouette. Ce style unique quasi indémodable est l’œuvre du designer Giugiaro de chez Italdesign. Sous ces lignes spectaculaires, se cache une mécanique tout aussi remarquable.

La DMC-12 repose sur une plate-forme, nommée « backbone bone double Y », est une version modifiée provenant de chez Lotus. Ce type de plate-forme permet l’installation du moteur à l’arrière et du réservoir sous le compartiment bagages à l’avant. Le reste de la structure monocoque est fabriqué en fibres de verre ce qui permet à la voiture d’afficher un poids de seulement 1233 kg à la pesée (en comparaison une Chevrolet Cavalier 2001 pèse 1215 kg). La carrosserie est faite des panneaux d’acier inoxydable 304 brossés qui sont évidemment résistants à la corrosion. Et si par malheur la carrosserie venait à se faire égratigner, un simple tampon à récurer « Scotchbrite » suffirait pour faire disparaître tous défauts.

À l’arrière se trouve un V6 à 90 de 2.8 litres construit conjointement par Peugeot, Renault et Volvo d’où son appellation PRV6. Ne développant que 130 chevaux, il permet tout de même à la voiture d’effectuer des pointes à 210 km/h. Des modifications relativement simples disponibles sur Internet permettent toutefois de gonfler la puissance à un peu plus de 200 chevaux. Le moteur peut être, couplé au choix, avec une transmission manuelle à 5 rapports ou automatique à 3 rapports. Provenant de la Renault, ces transmissions ont été légèrement modifiées pour s’adapter à la position arrière du moteur.

Dans « Back to the Future », Michael J. Fox se frappe constamment la tête sur la porte qui ne semble jamais se relever suffisamment. En réalité, le double système d’ouverture composé d’un cylindre à gaz et d’une barre de torsion fonctionne extrêmement bien. Les portes ont un débattement surprenament faible qui ne nécessite pas un espace excessif de part et d’autre de la voiture lorsque vient le temps de les ouvrir.

Bien que 8583 DeLorean DMC-12 furent construites, il est très rare d’en apercevoir une sur la route ou même dans les expositions de voitures antiques. Il est difficile de dire pourquoi, car la DeLorean est facile d’entretient et les pièces de rechange sont aisément disponibles. Une théorie veut que la majorité des propriétaires/spéculateurs attendent que leur DeLorean ait 25 ans (temps nécessaire pour qu’une voiture soit considérée comme antique) pour recommencer à l’utiliser couramment et pour voir leur prix grimper en flèche (une DMC-12 en bon état vaut présentement environ 40000$). Plusieurs rumeurs attribueraient la chute de l’empire DeLorean, à un complot orchestré par GM et le département d’état Américain. Les autorités américaines auraient fait pressions sur les dirigeants britanniques pour qu’ils annulent le prêt attribué pour la construction de l’usine. Il en est de même pour l’histoire de vente de drogue qui n’aurait été qu’un piège pour discréditer DeLorean aux yeux des ses actionnaires. Que ses rumeurs soient vraies ou non, la triste histoire de la DeLorean prouve au moins une chose : dans l’industrie automobile la qualité d’un produit n’est pas gage de son succès.

DeLorean DMC-12
SPÉCIFICATIONS

  • Moteur V6, 2.8L, 5500 tr/min
  • Puissance 130 ch.
  • Couple 153 lb-pi
  • Poids 1233kg (2712 livres)
  • Prix 25000 US$ (1981)

Références :

  • www.dmcnews.com
  • www.delorean.com
  • www.delorean-owners.org

Mots-clés : Chronique auto (18)

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