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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Fischer-Spassky 1972

Cette semaine, un peu d’histoire ! J’aime bien l’histoire des échecs et je n’écris pourtant pas souvent sur ce thème. Je commencerai donc avec le moment historique des moments historiques aux échecs : le match qu’ont joué Bobby Fischer et Boris Spassky à Reykjavik (Islande) en 1972.

Pour vous mettre dans le bain, il serait utile d’effectuer un petit rappel sur quelques évènements qui ont précédé ce match. Premièrement, comment passer outre les 20 victoires que Fischer avait enfilées lors de son ascension au trône suprême ? Le tout avait commencé au tournoi de qualification (Palma de Majorque) lors duquel Fischer avait enfilé 7 victoires consécutives lors des 7 dernières rondes. S’ensuivit alors quelque chose que l’on ne reverra pas de sitôt dans le monde des échecs. Fischer écrasa Taimanov et Larsen en deux matchs de 6-0 ! Juste pour vous donner un point de repère, dans les hautes sphères échiquéennes, environ 75% des parties sont nulles. L’exploit de Fischer relève de la haute voltige, d’autant plus que ses adversaires étaient parmi les meilleurs joueurs de l’époque. On raconte que Taimanov ne s’est jamais vraiment remis de sa défaite contre Fischer, que ça lui avait enlevé toute combativité. Bobby semblait donc invincible, tel un tank américain prêt à foncer dans l’armée soviétique au grand complet s’il le fallait ! Il lui restait un obstacle à franchir avant de pouvoir batailler avec le tenant du titre. Et non le moindre des obstacles : Tigran Petrosian. Ancien champion du monde et probablement meilleur joueur défensif du siècle, Petrosian n’avait pas l’intention de laisser Fischer s’approcher de son compatriote. Du moins, telle était la mission qu’on voulait qu’il remplisse. Depuis la deuxième guerre mondiale, pas une finale de championnat du monde n’avait opposé autre chose que des soviétiques. Un défi à la mesure des ambitions de Fischer, quoi ! Il gagna la première partie du match, avant de perdre la deuxième et de rentrer dans une série de nulles, ce qui laissait croire que Petrosian était en contrôle. Fischer eu un sursaut salutaire en gagnant les 7e et 8e parties pour filer avec la victoire. On apprit par la suite que Fischer était malade au début du match et qu’il n’avait pas voulu interrompre l’affrontement, question d’orgueil (ou de fair-play, allez savoir…).

Donc, toutes considérations prises, les deux meilleurs joueurs du monde allaient finalement s’affronter dans un duel au sommet. Fischer aurait été donné grand favori, au vu de ses performances de l’année précédant le match. Mais il y avait un petit hic, il n’avait jamais battu Spassky (3 défaites et 2 nulles). La table était donc mise pour ce que l’on appelait déjà le match du siècle. On eut droit à l’exemple parfait des jeux politiques qui se jouent fréquemment dans les coulisses des échecs de haut niveau : accusations, plaintes diverses, menaces de forfait (de la part de Fischer, pour des raison monétaires). Les plus hauts dirigeants sont mêmes entrés dans la danse, à commencer par Nixon, qui disait appuyer Bobby au nom du monde libre ! Et Spassky n’était pas en reste, lui qui avait à défendre un titre que l’on pourrait considérer comme une partie du patrimoine soviétique de l’après-guerre. Bref, on commençait à se demander si les échecs auraient leur place dans ce cirque clinquant. On s’inquiétait peut-être pour rien, car les échecs eurent la place qui leur revenait…

Le match débuta sur des chapeaux de roues avec deux victoires de… Spassky ! La première partie vit Fischer sacrifier un fou de manière très douteuse. La deuxième, il la perdit par forfait, refusant de jouer devant une caméra de télévision (Bobby était horripilé au plus haut point par la seule présence des spectateurs, alors pour ce qui est de passer à la télé en direct…). Déjà, les hypothèses fusaient : est-ce que Fischer avait délibérément laissé aller deux victoires, afin de troubler son adversaire ? Était-il tout simplement écrasé psychologiquement par le fait de jouer pour le titre mondial ? On ne le saura probablement jamais. La troisième partie vit un Fischer troublé se ressaisir. Après avoir mis 5 minutes à jouer son premier coup, il gagna la partie de brillante manière. Et s’en était fait de Spassky ! Fischer pris les devants par 5-2 au bout de 10 parties pour finalement gagner sur le score de 7 victoires et 3 défaites après 21 parties. Et les échecs qui furent joués durant ce match, mes amis ! Fischer, même en avance dans le match, refusait de jouer prudemment, toujours prêt à risquer le tout pour le tout. Et Spassky qui y allait de son mieux afin de déconcerter son adversaire, malheureusement sans résultat. Fischer devint le premier (et le seul) à briser l’hégémonie soviétique des échecs. Encore aujourd’hui, les deux joueurs les plus dominants au monde (Kramnik et Kasparov) sont issus de ce système. Je vous présente ici quelques positions tirées de ce match historique.

A-t-on revu un match de la sorte depuis 1972 ? Au niveau de la qualité du jeu et de l’intensité du combat, les duels Kasparov-Karpov n’ont rien à envier à aucun autre match, mais ils furent probablement plus soporifiques que le choc entre Fischer et Spassky. Ou c’est moi qui est nostalgique ? Allez savoir !

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