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Désolé de vous avoir menti

Il y a peu de milieu où l’image de marque et la réputation comptent autant que dans l’industrie automobile. Nous pouvons même dire que la qualité d’un véhicule est secondaire aussi longtemps que sa notoriété demeure intacte : GM, Ford et Chrysler, par exemple, auraient déposé leurs bilans depuis longtemps, si le choix d’un véhicule dépendait uniquement de sa fiabilité et de sa qualité de conception. Pour une nouvelle compagnie, la situation est encore plus difficile car, en l’absence de réputation, le consommateur base plutôt son jugement sur sa première impression et comme on le dit si bien dans les publicités de Head & Shoulders : « On n’a jamais une deuxième chance de faire une première impression. » Le constructeur automobile Hyundai en est le meilleur exemple : arrivé au Canada au milieu des années 80, il se bat toujours pour gagner une place dans le cœur du public. Malgré le fait que la firme coréenne aligne, depuis plusieurs années, des modèles d’une qualité quasi japonaise ; elle n’arrive toujours pas à effacer de la mémoire collective le souvenir de la périlleuse Pony et de l’insignifiante Stellar. Les événements des derniers mois n’aideront sûrement la compagnie à enflammer les passions…

Il y a quelques mois, Industrie Canada découvrit que les moteurs du fabriquant coréen étaient beaucoup moins puissants que ce qui était annoncé. Les chroniqueurs automobiles utilisaient, déjà depuis des années, l’expression « chevaux coréens » pour désigner l’incongruence qui existait (et qui existe toujours) entre la puissance annoncée des moteurs et la faiblesse des performances des produits Hyundai. La compagnie réagit très rapidement au mini scandale en s’excusant du « malentendu » et en fournissant de vagues explications : la puissance des modèles était celle des versions de préproduction asiatiques. En approfondissant un peu les recherches, les autorités se rendirent vite compte que ce petit manège existait depuis 1992, portant le nombre de véhicules touchés par la surestimation de puissance à environ 30 000, au Québec seulement. Plus concrètement, on parle d’un manque à gagner variant entre 4% et 10% dépendamment des modèles : 6.5% pour la Tiburon V6 2003, 10% pour la Sonata 2.0L 1997-1998, 4% pour l’Élantra, etc. .

Pour se faire pardonner cette bévue, Hyundai offre à ses clients des prolongements de garanties et des abonnements à son assistance routière. Mais là où la malhonnêteté se mêle à l’insulte, c’est lorsque l’on compare le dédommagement offert à la clientèle canadienne et américaine. Étrangement, les offres de la compagnie sont beaucoup plus alléchantes chez nos voisins du sud (exemple d’offre : garantie prolongée jusqu’à 12 ans ou 200 000 km aux États-Unis contre 10 ans et 160 000 km au Canada). Encore une fois, la compagnie se défend en répliquant, qu’à la base, ses voitures vendues aux États-Unis possèdent une meilleure garantie qu’au Canada car, une étude de marché aurait démontré que, contrairement aux Américains, les Canadiens préféraient un meilleur prix à une garantie plus généreuse. Devant cette disparité compensatoire, l’Office de la protection du consommateur encourage fortement tous les propriétaires touchés à refuser l’offre de la compagnie ; il conseille plutôt d’attendre car, plusieurs demandes de recours collectifs seraient présentement en attente d’approbation. Il existe d’autres cas dans l’industrie où des compagnies se sont fait prendre à ce petit jeu, nous n’avons qu’à penser à Ford ou à Mazda qui ont fourni aux consommateurs des chiffres erronés qui surestimaient, respectivement, la puissance de la Mustang et de la Miata. Dans les deux cas, les compagnies avaient offert deux possibilités de dédommagement : un chèque de 500 $ ou la reprise du véhicule sans pénalité. En comparaison, nous pouvons dire que l’offre de Hyundai est ridiculement maigre, à tel point que, selon l’OPC, la plupart des demandes de recours collectifs devraient être acceptées sous peu. Si vous êtes propriétaire d’un produit Hyundai, vous pouvez savoir si vous votre véhicule est concerné en consultant le site www.hyundaiupdate.ca. Et pour vous tenir au fait des derniers développement dans le dossier, vous pouvez toujours vous informez auprès de l’OPC au 1-888-672-2556 ou sur leur site web (www.opc.gouv.qc.ca). Malgré le fait que rare sont les gens qui achètent des Hyundai pour leurs puissances, il n’en demeure pas moins que nous faisons face ici à un cas de fausse représentation pure et simple.

Mots-clés : Chronique auto (18)



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