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Mathieu Cloutier

Mathieu Cloutier, ancien rédacteur en chef du Polyscope, a obtenu son baccalauréat en génie chimique en 2002. Il a par la suite effectué une maîtrise en modélisation (en se servant de Matlab comme principal outil de travail) et il effectue présentement un doctorat en génie chimique à Polytechnique. Il se qualifie lui-même d’hyperactif cérébral, ou encore, de superman de la résolution de problèmes. Plus précisément, son doctorat porte sur l’ « Étude sur l’utilisation d’un modèle métabolique cinétique pour moduler l’état physiologique de cellules de plantes ».

En quoi consiste ton projet de doctorat ?

Mon projet relève des biotechnologies, ou plus précisément, du génie métabolique. Nous (l’équipe de travail) étudions le métabolisme d’organismes vivants, plus spécifiquement, des cellules de plantes employées dans la fabrication de médicaments. On pense souvent que génie chimique signifie éléments synthétiques, alors que dans mon cas, il s’agit de l’étude d’organismes naturels. En partant de ce que l’organisme consomme, on étudie ce qu’il va produire. Les molécules d’intérêt produites par les cellules de plantes sont essentiellement des alcaloïdes. Dans le cas d’Eschscholzia californica (pavot de Californie, une espèce que j’étudie présentement), il s’agit de produire des alcaloïdes qui pourront servir d’anti-inflammatoires et d’anti-bactériens. Pour donner un exemple connu, le Taxol est un alcaloïde d’origine végétale déjà utilisé pour le traitement du cancer.

Le but de l’étude est de trouver comment optimiser le développement de la plante pour faire des médicaments. Il s’agit d’un produit organique complexe qu’on ne peut pas encore synthétiser ; la demande n’est pas assez forte et la synthèse coûterait trop chère. Un bon contre exemple est l’aspirine : l’aspirine est facile à synthétiser et le projet était rentable en raison de la forte demande. Dans notre cas, nous agissons comme une mini-usine de développement de cette plante. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne travaille pas avec des éprouvettes ou des flacons, mais plutôt dans des réacteurs (cuves de réaction) de 2-3 litres.

Quels sont les défis techniques que tu rencontres dans tes recherches ?

Il y a des défis de plusieurs ordres : des imprévus qui surgissent, des problèmes d’ordre pratique, des problèmes par rapport à l’incertitude. Lorsque l’on doit monter un modèle, on fait d’abord beaucoup de recherche sur le sujet. Nous avons ensuite beaucoup de mesures à prendre et un des défis est de mettre en pratique la théorie que l’on apprend. Aussi, l’un des défis est la mise à échelle de nos recherches. Comme je disais, on fonctionne à une échelle moyenne avec des réacteurs de 2-3 litres. Passer d’une échelle de flacon à un réacteur de cette grosseur engendre des difficultés.

Qui entends-tu par « nous » ?

Il s’agit de l’équipe de chercheur avec laquelle je travaille. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, tous les chercheurs ne travaillent pas seuls dans un laboratoire ; nous sommes une équipe de 4-5 intervenants selon la période de l’étude. Je travaille principalement avec Caroline De Dobbeleer (également collaboratrice au Polyscope) ; je m’occupe de la modélisation métabolique et elle s’occupe de la séparation, ou purification, des molécules. D’autres intervenants nous aident aussi dans l’aspect analytique (mesures expérimentales).

Je suis aussi supervisé, comme tous les étudiants qui font de la recherche, par un professeur. Il s’agit de Mario Jolicoeur, professeur au département de génie chimique qui m’a enseigné au bac. La recherche est une grande partie de la charge des professeurs. Ils agissent à titre de personne-ressource, de superviseur et donnent les lignes directrices générales du projet. C’est ensuite à l’étudiant de relever le défi de réalisation du projet ; il doit donc faire preuve d’autonomie et d’initiative.

Qu’est-ce qui t’a mené au génie chimique ?

Au cégep, j’aimais beaucoup la chimie et les mathématiques. Je trouvais que la chimie n’était cependant pas assez pratique à mon goût, aussi j’aimais l’aspect pratique qu’on retrouve en ingénierie. J’ai aussi toujours aimé résoudre des problèmes ; c’est ce qui a motivé ma décision et je crois que j’ai fait le bon choix.

Après ton bac, tu as effectué une maîtrise…

Oui, j’ai fait une maîtrise en modélisation, où j’ai eu à ressortir mon Swochovski… Le bac de Poly prépare bien les étudiants pour les études supérieures. Ensuite, tu as débuté ton doctorat.

As-tu toujours su que tu voulais faire un doctorat ?

Quand je suis rentré à Poly, je ne savais pas que j’allais faire un doctorat. J’ai toujours voulu, depuis mon enfance, aller à l’université, mais ce n’est qu’à ma 2e ou 3e année de Poly que j’ai décidé de faire une maîtrise.

Comment en es-tu arrivé là ?

Comme je le disais, Mario Jolicoeur m’a enseigné au bac, en 4e année, un cours de génie biochimique. Le cours a piqué ma curiosité et en discutant avec le prof, j’ai décidé de poursuivre mes études dans cette branche. J’ai eu beaucoup de chance, d’abord de faire quelque chose que je voulais vraiment faire, ensuite, d’arriver au bon moment : il cherchait un étudiant dans ce domaine. Les professeurs font du recrutement pour les études supérieures dans leurs cours du bac ; c’est une bonne façon de dénicher de futurs chercheurs.

Es-tu satisfait de l’appui et du soutien de Polytechnique dans tes recherches ?

En mars prochain, on déménagera dans le pavillon J. A. Bombardier, équipé de très bons équipements, de beaucoup de nouveau matériel dans de nouveaux locaux, alors on n’a pas à se plaindre. Il faut dire que le département commençait à être décrépit en raison des vieux équipements qui brisent.

Quand termineras-tu ton doctorat ?

Je finis mon doctorat à l’automne 2006. Plusieurs trouvent ça étrange, ou me trouve motivé rare, de faire d’aussi longues études à Poly. Il faut dire que les études supérieures sont fondamentalement différentes du bac ; c’est beaucoup moins stressant. On n’a pas de rush de mi-session et de fin de session tout le temps. Nous avons aussi moins de cours ; j’ai 15 crédits de cours sur 3 ans de doctorat.

C’est un rythme de travail normal, comme on retrouve sur le marché du travail. On travaille 40 h/semaine, des journées de 8 h et notre temps est partagé entre la lecture et le travail pratique. Par travail pratique, dans mon cas, il s’agit de la réalisation de montage : je dois acheter les tuyaux, les cuves, les matériaux pour mon montage et il faut être bricoleur. On fait des lectures afin de bien comprendre ce que l’on fait dans la réalisation d’un montage.

Aussi, comme sur le marché du travail, nous sommes payés ; aux études supérieures, on reçoit environ 15 000$ par année, plus au doctorat ; on peut aussi obtenir des bourses qui permettent d’aller chercher plus, sans compter qu’on peut aussi arrondir les fins de mois en ayant une charge de cours. Les chargés de cours sont très bien rémunérés à Poly lorsqu’on compare à d’autres universités, comme McGill : à Poly, un chargé de TD est payé 50$/h, alors qu’à McGill, ils sont rémunérés entre 15 et 20 $/h.

On peut facilement poursuivre nos études supérieures sans s’endetter davantage qu’au bac.

Que dirais-tu à ceux qui voudraient suivre tes traces ?

Pour ceux qui se questionnent, le diplôme d’études supérieures ne fera pas de vous un monstre sur-qualifié pour le milieu du travail. À Montréal, on cherche d’ailleurs beaucoup de gens qualifiés. Le diplôme ne ferme pas des portes, il en ouvre d’autres. Faire une maîtrise prend 1 an et demi et pour les jeunes ingénieurs qui ont de la difficulté à se trouver un emploi, c’est une bonne option en attendant que le marché se porte mieux.

Bonne chance avec tes plantes !

Mots-clés : B. Ing. ? (13)

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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