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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Smashing Pumpkins

Par Luc Tétreault

1991. Gish, premier album de The Smashing Pumpkins, avec Billy Corgan aux voix et guitare, James Iha à la guitare, Jimmy Chamberlain à la batterie et D’Arcy Wretzky à la basse. La même année : Nervermind de Nirvana. Comme Cobain et son grunge sont déjà connus à l’époque (principalement à Seattle), les Smashing auraient très bien pu passer inaperçus. Mais leurs rythmes punk rebels, les riffs déchaînés d’Iha, la voix métallique de Corgan et la force de bras de Chamberlain amènent sur la scène Américaine un nouveau son, une « lead » guitare lourde et distorsionnée (I am one, Siva, Rhinoceros). Les amateurs se multiplient rapidement et l’album réussit tant bien que mal à se démarquer.

Deux ans plus tard, le groupe engage le producteur de Nervermind, Butch Vig, à la réalisation de leur second album, Siamese Dream. Le succès est instantané. En fait, le style musical des Pumpkins a grandement évolué et on retrouve sur ce nouvel album des pièces autant « grungées » (Cherub rock, Today) que plaintives et tristes (Disarm).

En 1994, une troisième production voit le jour. Le mot production importe, car elle n’est pas considérée comme un album en soit. Il s’agit plutôt d’une compilation de B-Sides de Gish et Siamese Dream. Malheureusement pour Pisces Iscariot, le nouveau-né, peu de pièces (Landslide, Whir) attirent l’attention et les amateurs se disent « laissés sur leur appétit ». Je crois personnellement que le phénomène est psychologique et que seul le mot B-Sides contribue à détruire l’attrait pour un album. Le comportement classique du consommateur moyen qui achète un album pour une chanson, ou deux si la radio décide qu’un deuxième extrait en vaut la peine. Le comportement qui dit : « Si c’était pas assez bon pour l’album d’avant, alors pourquoi le serait-ce maintenant ? » Pourtant, Pisces Iscariot regorge de magnifiques mélodies rêveuses qui montrent l’envers de la médaille que sont les dures chansons des deux premiers albums.

Les réalisations musicales du groupe commencent déjà à être supportées par des vidéoclips incroyablement bien réalisés, originaux, et artistiquement parfaits. Mais il faut attendre 1995 pour écouter ce que les Smashing Pumpkins feront de mieux dans leur courte histoire. Le meilleur album double de tous les temps, Mellon Collie and the Infinite Sadness, voit le jour. Du jamais vu : un groupe aussi jeune réussit à endisquer 28 chansons de styles très variés (New wave, Hard metal, Alternatif, Old rock) qui deviennent instantanément des classiques. Si cet album double ne vous dit rien, l’incroyable mélodie de Tonight, Tonight, la mélancolie ( !) de 1979, la frustration du rat en cage de Bullet with butterfly wings, la haute estime de Corgan pour lui-même dans Zero ou la trop triste Thirty-three risquent peut-être de sonner davantage de cloches. L’album est soutenu par des vidéoclips à couper le souffle. D’abord la reprise d’un classique cinématographique des annéees 20 avec Tonight, Tonight, des personnages théâtraux tristes et mélancoliques pour Thirty-three et un désert pour Bullet with butterfly wings. Puis vient l’incident 1979. Le groupe passe une journée complète de tournage coûteux, épuisant et pendant laquelle des scènes uniques sont captées sur vidéo. Le genre de journée à la fin de laquelle on se dit qu’on recommencerait et le résultat n’en serait que moins bon. Malheur ! La bande originale est oubliée sur le toit de la voiture après la dure journée et on ne la retrouve plus jamais. Et ce n’est pas faute de rançon. D’où le sobre vidéo de 1979, où l’on voit en alternance le groupe en voiture et dans un parc.

Les Smashing se croient invincibles. Leur succès après Mellon Collie est assuré. Leurs fans en redemandent sans cesse. L’album double, remplace déjà dans la bibliothèque de salon les Pink Floyd, Rolling Stones et autres. Mais toute bonne chose a une fin. Que Mellon Collie soit à jamais l’album des albums n’empêche pas que la gloire joue sur la santé des membres des Pumpkins. Jimmy Chamberlain quitte le groupe temporairement, problème de consommation oblige. Évidemment, il est irremplaçable. Corgan (auteur-compositeur-interprète) décide de reporter son projet solo et continuer avec les deux autres membres, tout en prenant un virage électronique sur la batterie. Les rythmes de Adore, cinquième œuvre du groupe, sont répétitifs, réguliers, beaucoup moins violents qu’à l’époque de Chamberlain et, surtout, ne semblent pas provenir d’une batterie mais plutôt d’un Mac mal accordé. Le virage Pop des Pumpkins est une défaite, indiscutablement. Même si trois des membres originaux sont toujours présents, l’absence de Jimmy fait que Adore ne répond pas du tout à la demande. Surtout après Mellon Collie and the Infinite Sadness. C’est comme demander à la nature deux printemps de suite. Corgan prend mal la critique et annonce la séparation du groupe.

Mais il est d’autres facteurs qu’il faut expliquer pour éviter de se faire une idée de Corgan que celle d’un mauvais perdant. Virgin, maison de disque des Smashing, leur a filé un contrat d’une dizaine de disques juste avant Mellon Collie. La perte que représente Adore effraye les promoteurs et le groupe subit des pressions constantes pour « mieux écrire, mieux jouer et mieux répondre aux besoins des fans ». Cependant, un vrai groupe comme les Pumpkins n’écrit pas et ne compose pas pour le plaisir de faire de l’argent. Et c’est en partie pour cette raison que Corgan menace publiquement Virgin. Autre facteur : le marché de la musique populaire. Il n’y a pas de place sur le marché « adolescent » pour un groupe qui compose lui-même ses chansons ; encore moins lorsque celles-ci discutent de sujets autres que les amours et le sexe. Corgan avoue que Adore était destiné à un marché mondial, et le message qu’il portait devait atteindre tout le monde. On a peut-être voulu trop faire tout en même temps. L’auteur se défend en précisant qu’il n’y a pas d’espoir dans un monde de Britneys.

Malheureux, car Adore avait un potentiel fou. Si l’on compte l’effet pop, la maison de disque qui fait des pressions, le départ du batteur et la frustration du groupe en réaction à tous ces facteurs, il est évident que rien ne va. Pour combler le tout, un autre litige avec Virgin. De bonne foi, le groupe décide d’offrir à ses patrons la réalisation d’un nouvel album double, sur lequel serait enregistré une pièce de théâtre musicale que monteraient les Pumpkins. L’idée les enchante et on voit déjà à l’horizon le retour ensoleillé des années passées. Mais la maison de disque répond bêtement et sans raison valable NON, et oblige le groupe à produire rapidement un autre album. C’est la goutte qui fait débordr le vase. En plus, D’Arcy (la bassiste) découvre que sa participation au groupe ruine sa santé (héroïne, autres drogues, fatigue) et, sous le consentement et même sous les conseils de Iha, quitte à son tour le groupe. L’annonce de séparation qu’avait faite Corgan colle de plus en plus à la réalité.

Alors que tous les espoirs étaient disparus, The Smashing Pumpkins revient en force en 2000 avec Machina : the machines of god. Jimmy Chamberlain, sa réhabilitation terminée, revient au sein du groupe (et surtout aux côtés de son très bon ami Billy Corgan) et reprend les baguettes. C’est le retour de l’acharnement sur les cymbales et les caisses. Le bon vieux son des Pumpkins nous emballe déjà. Ne reste qu’à trouver une bassiste compétente (difficile de remplacer D’Arcy). C’est à Montréal que le groupe déniche Melissa Auf Der Maur, ancienne bassiste de Hole (groupe de la controversée Courtney Love). Le chiffre 4 portant chance, le quatuor retourne en studio pour produire ce qui sera leur dernière production studio. L’album, écrit encore une fois par le leader du groupe Corgan, se veut le reflet ironique du groupe jouant le rôle d’un groupe idéal créé par Dieu. La critique est dévastatrice et ne considère même pas le son et la qualité de la production : « les Pumpkins se prennent pour des Dieux ». C’est tout ce qu’on trouve à dire. La lutte était perdue d’avance. Ou plutôt de recul depuis Adore. Mais selon plusieurs vrais fans, Machina est l’un des meilleurs albums des Smashing Pumpkins et se veut, pour nous, le retour aux sources après de longues années d’attente souffrante.

Récemment, pour rendre leurs relations avec Virgin encore plus litigieuses, les Pumpkins décident de rendre gratuits sur leur site web (www.smashingpumpkins.com) tous les B-Sides et rééditions des chansons de Machina. Le groupe bat des records de téléchargement. La riposte de Virgin : une compilation double des meilleurs hits du groupe, Rotten Apples + Judas Ø, ce qui va un peu à l’encontre de la philosophie du groupe. De plus, l’album est loin de rendre hommage au groupe. L’absence de Thirty-three, inutilement remplacée par Eye, un B-Side électronique mauvais du temps de Adore, choque les fans de Pumpkinland. La sortie d’un DVD avec tous les succès vidéo du groupe vient remonter le moral quelques semaines plus tard (même si la livraison au Canada est retardée parce que la compagnie de distribution a imprimé le mauvais code à barres).

L’avenir des Smashing Pumpkins : un dessin animé musical du groupe, toujours dans la pensée philosophique et zen des sujets religieux et spirituels, est distribué gratuitement sur leur site web et ce à raison d’un épisode par semaine. En novembre paraîtra un album LIVE du groupe (Earphoria) ainsi qu’un DVD du même événement. Tout récemment, Billy Corgan et Jimmy Chamberlain ont formé Zwan, un nouveau groupe aux sons identiques à SP (même guitare, même batterie, même voix). Ils lancent en novembre leur tout premier album, que je vous invite à découvrir en ligne au www.zwan.com, où vous trouverez des chansons live du groupe, des vidéos, mais peu d’information.




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