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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

René Dufour

Diplômé de 1954 en génie minier, René Dufour a contribué grandement au développement du génie géologique et minier au Québec. Après avoir participé quelques années à des projets de développement, tant au Québec qu’en Afrique, il a enseigné pendant 20 ans à Polytechnique, tout en continuant son travail de conseiller sur nombre de projets dans son domaine. Depuis 1995, il œuvre pour l’entreprise Niocan, qui tente de développer un projet d’extraction de niobium dans la région d’Oka.

Aussi quelqu’un de très impliqué, René Dufour a été président de l’ADP en 1975 et a travaillé de nombreuses années comme bénévole et président de l’Institut canadien des mines, de la métallurgie et du pétrole. En 2001, il recevait le Prix Mérite de l’ADP et cette année, le Grand Prix de l’Ordre des Ingénieurs du Québec pour sa carrière bien remplie.

Votre carrière vous a permis de visiter des pays partout dans le monde…

René Dufour – 18.7 koEn effet, au début de ma carrière, j’ai participé à plusieurs projets de développement un peu partout. J’ai entre autre participer à l’évaluation de l’efficience de l’Association Canadienne de Développement International en Côte d’Ivoire (état d’Afrique occidentale). À l’époque, il s’agissait du pays par excellence en terme de démocratie et pour le café. Il existait une rivalité France/Canada en Côte d’Ivoire. Il faut dire que dans ces années-là ( 1960) la France était présente partout.

J’ai aussi fait des projets au Zaïre ; là-bas, c’était les Belges qui étaient partout. Il y avait un énorme potentiel d’exploitation de cuivre et de cobalt. Il y en avait tellement que le problème qu’il avait n’était pas d’en trouver, mais de trouver un endroit où construire une usine afin de ne pas être sur un lit de cuivre/cobalt. Un autre problème majeur était au niveau du gouvernement, qui ne donnait pas d’argent et l’approvisionnement y était difficile. Sans pneus, avec peu d’explosifs et peu de charbon pour l’exploitation, le projet avançait péniblement. Ce qui m’a impressionné malgré tout, c’est la débrouillardise des ouvriers, qui avaient d’immenses ateliers d’entretien pour réparer tout : ordinateurs, outils chirurgicaux, fournaise, etc.

En Algérie, je devais évaluer le potentiel minier. J’ai travaillé pour une petite usine d’exploitation d’or. Étant donné le peu d’eau dans la région, nous avons utilisé les tables flottantes canadiennes qui servent au nettoyage du blé, à sec. Je me rappelle une fois où je ramenai au Canada des échantillons de minera dans des sacs plastiques dans une boîte : les douaniers m’ont regardé drôlement en arrivant.

J’ai donné des cours dans une université au Brésil. La situation du Brésil est bonne, mais encore précaire avec le nouveau président là-bas. Le Brésil et l’Australie ont de très grandes réserves en fer. De tous mes voyages, je n’ai malheureusement pas eu la chance de beaucoup visiter : j’avais une famille ici.

Vous êtes donc revenu travailler au Québec ?

J’ai participé à la réalisation du projet Québec-Cartier, à titre de consultant. Le projet consistait en l’exploitation de nickel et de cuivre et je devais faire les plans d’exploitation à ciel ouvert. Le chantier produisait environ 8 000 000 de tonnes de roches par années. 24h/24, 365 jours par année, le chantier roulait : il y a eu deux arrêts durant le projet, un à cause du feu et l’autre à cause de la pluie au printemps. Mes deux filles y sont nées.

Plusieurs de vos enfants sont ingénieurs ?

En effet, 3 de mes 4 enfants sont ingénieurs électriques.

Vous avez ensuite commencé à enseigner à Polytechnique ?

Je me suis fait offrir le poste en 1965 et j’ai continué à être employé à titre de conseiller sur des gros projets d’exploitation, avec Hydro-Québec par exemple.

Vous avez développé pour le génie géologique, un terme entre Poly et McGill ?

Au départ, il existait une alliance entre Poly et l’UdeM pour les programmes en géologie et génie géologique. Maintenant, l’UdeM n’offre plus le programme de géologie et à Poly, les programmes de génie géologique, civil et des mines sont combinés dans le même département. Pour ce qui est du terme avec McGill, les étudiants des programmes des 2 universités étudient en alternance, 1 session à Poly et 1 à McGill. Le programme est aussi coopératif.

C’est vous qui avez développé le programme coopératif ?

En effet, j’ai mis sur pied le programme coop qui permet aux étudiants d’acquérir une bonne expérience durant leurs études, ce qui est essentiel en génie géologique.

Pour ce qui est des autres génies ?

Poly devrait prendre position vis-à-vis les programmes coopératifs, tels qu’offerts à l’ÉTS et à Sherbrooke. Polytechnique ne met pas assez d’emphase sur les stages et sur le volet coopératif de certains programmes, offerts dans les 2 modes, comme en génie physique ou chimique. Je crois que les stages en entreprise sont essentiels à la formation d’ingénieur.

Vous avez été président de Niocan de 1995 à 1999 et vous êtes maintenant président de son conseil. Que fait l’entreprise Niocan au juste ?

Depuis 1995, année où la compagnie a été incorporée, nous travaillons sur un important projet d’exploitation de gisements de niobium dans la région d’Oka. Depuis le début, malheureusement, les habitants de la région en défaveur du projet ont tout fait pour que ce dernier ne se réalise pas : cependant, le projet d’une durée d’environ 21 ans (2 ans de contruction, 17 ans d’exploitation et 2 ans de « fermeture ») créerait quelques 160 emplois dans la région, sans compter les retombées économiques engendrées. On assiste au phénomène du « pas dans ma cour » des habitants d’Oka qui craignent pour leur tranquillité et pour la région comme telle, et c’est ce qui retarde le projet. Nous tentons depuis plusieurs années de rassurer les habitants de la région car le projet est entièrement écologique, mais comprenons leurs inquiétudes car un projet similaire a déjà été réalisé dans la région sans que les investisseurs considèrent l’aspect environnement de la région.


Qu’entendez-vous par projet écologique ?

Une fois le niobium extrait de la roche, environ 55% du minerai restant, contenant en grande partie du calcaire, retournera dans le trou creusé. Le sol que nous aurons enlevé lors de la construction, sera conservé pendant toute la durée du projet, pour ensuite être remis en place. Pour ce qui est de l’acheminement en eau, puisque le site du projet se situe à proximité d’un cours d’eau, Niocan s’engage à mettre sur pied un système d’aqueduc qui offrira une eau de meilleure qualité aux habitants du coin.

En terminant, que pensez-vous de l’industrie minière au Québec ?

Je crois que l’industrie est extrêmement fragile : la population, à force de s’opposer à tous les projets d’exploitation au Québec, finit par faire fuir les investisseurs. Je crois qu’il faudrait éduquer la population pour éliminer la mentalité du « pas dans ma cour ». Aussi, au niveau du gouvernement, si 10 ingénieurs étaient élus députés, cela agirait de façon complémentaire dans la prise de décision, puisque actuellement, ce sont surtout des avocats qui décident des lois.

Espérons que le projet de développement de Niocan fonctionnera.

Mots-clés : B. Ing. ? (13)

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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