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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

La grande classe !

Vous savez, je suis persuadé que vous avez de moi une image fausse ! Vous vous imaginez que je suis une tronche introvertie qui souffre d’hyper-neuronalité ou je ne sais quoi. Et bien c’est faux ! Je n’ai rien à faire du fait que les échecs constituent une activité cérébrale. Si ce n’était que de cela, je m’intéresserait au football (très stratégique comme sport, quand même). Sauf que les joueurs de football n’ont tout simplement pas de classe. La moitié d’entre eux ont un casier judiciaire (les autres sont assez intelligent pour ne pas se faire prendre, je suppose). Et on ne parle pas des danses plutôt osées qu’ils produisent lorsque contents de leur dernier jeu. Bref, je ne verrai dans tout cela que de l’abrutissement généralisé et je ne vous rabrouerai pas trop d’être 800 milions à en redemander.

Mais, je peux vous assurer d’une chose, ceux qui ne s’intéressent pas aux échecs manquent quelque chose.Les échecs, c’est la grande classe. Quand on parle d’échecs de top niveau, le professionnalisme est au rendez-vous. J’ai deux exemples récents pour vous : Wijk ann Zee et Kasparov. Commençons par le commencement : le dernier grand tournoi. Anand l’a emporté avec panache (4 victoires, aucune défaite, pas de stress et un sourire rayonnant. Un vrai gentleman!). Polgar termine deuxième. Bareev, le gagnant de l’an dernier, s’empare d’un plus qu’honnête troisième rang. Et les autres de se retrouver groupés dans le milieu et le bas du tableau. Les champions du monde (Kramnik et Ponomariov)? Bof. Se sont fait varloper plus souvent qu’à leur tour. Ceci a donné lieu à une première mondiale (selon mes humbles sources, basées dans le fin fond de la Sibérie, à Vladivostok). Un joueur a battu deux champions du monde à l’intérieur du même tournoi. Qui plus est en deux journées consécutives (rondes 4 et 5)! Faut le faire. Avant y’avait juste un champion du monde, qui était, de facto, le plus fort des plus forts. Pour le battre, il fallait se lever tôt en… (lire : il fallait se lever une semaine avant la partie, rien de moins!). Maintenant, on a deux champions du monde. On supposera donc qu’ils sont les plus forts (c’est peut-être pas tout à fait vrai, mais pas loin). Pour les battre tout les deux, à l’intérieur du même tournoi, alors que l’on est une petite mazette qui n’est même pas foutue d’être dans le top 10, il faut se lever au moins un mois d’avance! C’est probablement ce qu’Alexey Shirov a fait avant d’aller à Wijk ann Zee. Aucun respect pour les plus forts, mais de la classe devant l’échiquier, voilà la recette! Chapeau bas messieurs (et madame!), en espérant vous revoir l’année prochaine. Je vous présente deux positions tirées des deux parties de Shirov contre les champions du monde. Du style, mes amis, vous ne pouvez que rêver de produire un jour des coups aussi brillants. Faudrait vous lever tôt en… Au moins un an avant la partie!

Maintenant, le mieux du meilleur de la crème de la grande classe : Kasparov. Il est présentement en train de jouer un match contre Deep Junior (qui tourne sur une machine de la mort à 8 processeurs et assez de GHz et de RAM pour faire peur même à votre grand-père qui ne s’y connait pas en la matière). Bref, on assiste pour le moment à du grand Kasparov en grande forme. Les plus pessimistes s’attendaient à le voir sortir des stratégies anti-ordinateurs à la Kramnik (échange de dames) ou alors le classique coup de la partie hyper-fermée à laquelle aucun algorithme n’a jamais rien compris. Très plate pour le spectateur, mais ça nous laisse une chance de ne pas perdre dans cet interminable combat entre silicone et neurone. Et bien non et re-non! Kasparov a laissé tout le monde sur le cul (Junior y comprit) lors de la première partie en nous montrant qu’il est une fonction d’évaluation qu’aucun informaticien n’a encore égalée en ce bas-monde : le cerveau de Kasparov! Il a joué d’une manière très dynamique dans une position relativement complexe et Junior n’a pu que s’incliner devant tant de compréhension de la nature dynamique des échecs. Le tout en 27 coups bien envoyés. Si Deep Junior avait une mère, il serait allé la voir en pleurnichant dès la fin de la partie. Petite constatation ici : Deep Junior sort de son livre d’ouverture au 10ième coup en moyenne et il calcule à peu près 20 coups d’avance (j’exagère à peine). Comment peut-il perdre une partie en 27 coups? Celui qui trouve la réponse gagne un voyage toutes dépenses payées à Vladivostok! Et Kasparov en a remis dans la deuxième partie en poussant Junior au bord du gouffre avec une défense sicilienne des plus tranchantes. Junior a arraché la nulle de justesse avec un sacrifice de dame ingénieux. Bref, ça va bien pour Kasparov, qui n’a plus qu’a économiser ses forces pour le reste du match. Le style qu’il adopte lui permet d’ailleurs de terminer ses parties rapidement, contrairement à la méthode Kramnik, qui implique de jouer des finales interminables et épuisantes. Bref, on dirait bien que Kasparov n’est pas aussi sénile que certains voudraient le croire.

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