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Nalimov ou l’art d’avoir toujours raison

Tout le monde s’est déjà posé la question suivante : pourquoi diantre les ordinateurs ne sont pas encore capables de jouer à la perfection ? Il serait facile, croit-on, de rentrer toutes les positions possibles en mémoire et ainsi créer une base de données qui serait virtuellement invincible. En effet, une telle base de données pourrait, par transposition, analyser directement les conséquences d’un coup jusqu’à la toute fin de la partie. Et bien, je vous dirai que cette idée a déjà été réalisée… pour le tic-tac-toe ! Facile, direz-vous, il doit y avoir une dizaine de possibilités au tic-tac-toe. Pour les échecs, c’est autre chose, il y a un nombre inhumain de positions possibles (1080 si j’ai bien compté !). C’est ce qui en fait toute la beauté, quoi. Le nombre de parties possibles (à ne pas confondre avec le nombre de positions, nuance) a quant à lui été évalué à 10120, ce qui est plus grand que le nombre d’atomes dans l’univers. Encore une fois, j’ai compté tout cela afin de ne pas vous dire n’importe quoi ! Le Polyscope est un journal sérieux, après tout.

Bref, vous voyez bien que l’on rencontre un problème de taille dès le départ : comment stocker une telle quantité d’information ? Pour ceux qui se le demandent, ça ne rentre pas sur une disquette 5¼. À partir de ce moment, on peut aller voir nos amis de génie physique pour qu’ils nous expliquent comment on pourrait utiliser le spin et l’antiposimachintron des électrons afin de rentrer encore plus d’informations sur un disque dur, mais ça non plus ne sera jamais suffisant. Orgueilleux comme ils sont, les amis de génie physique vous rétorqueront alors que l’on pourrait utiliser les propriétés ondulatoires de l’électron afin d’y stocker une quantité phénoménale d’information. En effet comme ils se plairont à expliquer devant votre visage mi-agacé, mi-incrédule, l’onde produite par un électron peut potentiellement être décomposée en une infinité d’ondes qui s’additionnent. On pourrait donc utiliser cette caractéristique pour stocker tout plein d’information sur 1 seul électron. Mais bon, vous serez d’accord avec moi pour dire que nos potes du 5e pédalent dans la choucroute. Le mieux à faire, croyez-moi, est de les laisser tranquilles avec leurs affaires. Mais bon, toutes ces considérations n’ont pas réglé le problème de départ, à savoir : sera-t-il possible un jour d’épuiser les échecs de leurs possibilités ?

Eugene Nalimov a eu une idée de génie à partir de ce concept. Il a créé une base de toutes les positons possibles quand il reste 5 pièces ou moins sur l’échiquier. Le nombre réduit de pièces rend la chose possible. En format normal, la base de fins de parties de Nalimov fait environ 30 gigaoctets. En format compressé, elle en fait 7 ou 8. Avec ma connexion internet par téléphone (gracieuseté de Poly !) je télécharge en moyenne à 2 k/sec. Il me faudrait environ 40 jours pour télécharger le tout ! Tel le castor devant un séquoia géant, je commence à me décourager. Mais il y a une autre possibilité ! On peut consulter cette ressource universelle sur le web. Magnifique, n’est-ce pas ? Il suffit de chercher ‘Nalimov endgame tablebase’ dans votre moteur de recherche préféré et vous finirez par trouver un site qui y donne accès de manière toute simple. Un site que j’apprécie beaucoup pour consulter les tables de Nalimov est : http://www.lokasoft.nl/uk/tbweb.htm. Il suffit d’y produire la position désirée pour la recherche en plaçant les pièces sur un échiquier et en indiquant à qui est le trait. On obtient en 2 secondes la réponse finale, c’est-à-dire mat en X coups pour les blancs ou les noirs ou alors nulle. Et le ou les coups menant à la victoire sont indiqués. Très intéressant, surtout si vous avez un jour à analyser une position complexe avec 5 pièces ou moins et que vous voulez à tout prix avoir raison parce que vous jouez contre votre ami de génie physique !




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