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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Michaëlle Jean gouverneur

Pendant que le PQ s’échine à faire une démonstration de pratique démocratique — pratique hautement inspirante, s’il en est, qui vous change un homme —, le genre d’activité qui vous transforme un journaliste en profanateur de tombes, en fouille-poubelle professionel, question de vous dégoter des anecdotes croustillantes de derrière les fagots, à faire larmoyer les mémères dans leurs chaumières et les conforter ou les déranger dans leurs valeurs petites bourgeoises ; pendant donc que le PQ s’échine à faire une démonstration de débilité partisane — cet aparté étant fait, nous pouvons en venir au fait —, Michaëlle Jean porte l’honneur des Haïtiens, et à travers eux de la communauté noire, vers les plus hautes fonctions de la nation Canadienne.

On a dit de Michaëlle Jean ce que pouvaient dire les Français en 1792 lorsqu’un gouvernement citoyen prenait le pouvoir à la place de l’aristocratie. Que d’hypocrites éloges ! Que de « c’est la première noire », de « c’est une femme », « elle est jeune », et bien sûr, « engagée socialement ».

Derrière toutes ces phrases creuses faites pour vendre du papier, et parfois même de la publicité (à ce sujet, j’aimerais souligner le fait qu’en termes de poids, les journaux d’aujourd’hui sont une véritable réclame pesante, à moins que je néglige le poids des mots…), se cache un orgueil blanc des plus infâmants.

Je comprends le principe d’ouverture d’esprit qui se dégage du principe de mettre une femme — qui plus est noire — à la tête d’une fonction aussi prestigieuse. Cela fait penser à l’Eden retrouvé, à la mise en pratique des idées d’égalité entre les genres et les races. Cela montre également notre malaise. Le malaise de la société. Une société qui tourne dos à ses principes égalitaires. Comprenons-nous, première hypothèse : Le Canada est un pays d’égalité des chances, des sexes et des races. Auquel cas la nomination de Michaëlle Jean n’a rien de particulier. Il est nullement question d’en parler, autrement qu’en termes anecdotiques genre « salut Coco, on a une nouvelle gouverneure — ah vraiment — Mouais — Tu veux une bière ? » Seconde hypothèse : Le Canada n’est pas un pays où les citoyens sont sur le même piédestal. Auquel cas, chaque cas atypique voulant qu’un (ou une) métèque réussisse se doit d’être écrit en lettres d’or sur toutes les tribunes.

Dans ce cas, il est tout à fait naturel, pour les esprits fermés, de chercher les vertus de ces citoyens d’exception dans tout sinon leurs qualités humaines. On jugera de la couleur de leur peau comme d’un gage de qualité. De leur sexe comme d’une assurance de crédibilité. On s’échinera également à les faire tomber par les moyens les plus perfides, ressortant les vieux dossiers, faisant des soliloques sur leur fidélité en des démonstrations bancales. Bref, toutes les jérémiades qui font le bruit mécanique du système médiatique canadien, huilé comme une machine infaillible, faite pour vendre de la publicité à un lectorat cible. Les vraies questions sont dans les propos enthousiasmants de la nouvelle désignée. Les deux solitudes, et la solidarité. Il est inutile de tenter une aventureuse mise en lumière de ce propos en faisant référence aux oppositions fédéralistes souverainistes, bien que d’aucuns le suggèrent. J’aime à considérer ce propos dans ses natures sociales, justement, celle de l’égalité et de la justice sociale.

Michaëlle Jean a une réputation de femme impliquée, une femme intelligente avec un parcours académique exemplaire, salué par différents prix et bourses, qui connaît la misère, et qui ne veut pas y souscrire. Je dis bravo. Mais encore faut-il voir venir. Il faut d’une part faire la démonstration du pouvoir législatif et exécutif de cette fonction coloniale qui prête allégeance à une forme d’organisation politique des plus injustes (précisément, tout l’opposé de 1792, la monarchie), et qui n’a d’autre rôle que de remettre des médailles et des distinctions, et de lire les discours officiels.

Pour l’instant, on ne peut constater autre chose qu’un goût de luxe et de snobisme débilitant consistant à commander des robes à un couturier dont les tarifs s’écrivent avec 6 chiffres, et de le renvoyer sous prétexte que The Gazette en publie les photos avant la cérémonie officielle où lesdites robes devaient être portées. Ce qui me fait me demander ce que signifient les mots solidarité, justice et changements dans la bouche de notre nouvelle gouverneure. Je crains pour ma part un désolant statu quo, celui des deux solitudes…




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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