Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Une formation sous le signe de l’innovation

Polytechnique. Antre de l’enseignement du génie au Québec. 130 ans d’existence. Une histoire tumultueuse, connaissant un nombre important de tournants, dont certainement un majeur aujourd’hui. L’histoire n’est pas facile à conter. Aussi faut-il improviser quelque peu, et oublier les constructions chronologiques, pour une approche un peu plus détendue.

Lorsque la bulle de l’Internet faisait miroiter aux plus et aux moins crédules des espoirs sans borne, faits d’argents et de carrières — notamment dans le domaine de l’ingénierie — tout le monde débloquait des crédits pour n’importe quel projet de gugusses électroniques et ce qui s’y rattachait de près ou de loin. Les temps sont aujourd’hui un peu plus rigoureux et plus austères, et l’argent, comme les perspectives de carrière, ont en subi les affres du monde spéculatif réduit à sa plus simple expression — pas de sous. Le nombre d’inscriptions dans ces filières a également subi une baisse notable à l’école. La conjoncture n’est cependant pas l’unique facteur ayant contribué à ces baisses. Néanmoins, l’école réussit à faire financer à temps la construction d’un pavillon dédié aux génies électrique et informatique — on comprendra donc le pourquoi de la concentration de ces domaines aux Pavillons Lassonde et McKay. Reste le défi d’y attirer un nombre suffisant d’étudiants nouveaux, car il va sans dire que l’équation élémentaire « pas d’étudiant, pas d’argent » demeure à l’esprit de nos gestionnaires.

Une difficulté majeure est qu’aujourd’hui, l’école vit entre son image ancienne et celle que lui impose l’actualité. La refonte des programmes n’est pas étrangère à cet imbroglio, et l’institution peut tout autant en sortir grandie ou y perdre des plumes. La crise des inscriptions touche l’ensemble des génies, avec plus ou moins de gravité, et est due en partie à l’impression d’austérité que donne l’école, avec son sérieux, ses taux faramineux d’échecs aux tronc commun — d’où son abolition… —, sa présence moins importante que ses concurrents auprès de l’industrie, et les perspectives de stage et d’embauche moins enthousiasmantes.

L’école a cependant gagné des galons dans le domaine de la recherche. Depuis les trente dernières années qu’elle s’y consacre sérieusement, elle est devenue un acteur majeur sur la scène universitaire canadienne, y récoltant des subventions fort importantes, qui se comptent souvent en millions de dollars. Des laboratoires relativement importants sont mis sur pieds, et il reste certainement encore beaucoup à faire, notamment dans le domaine de la conjonction des efforts de recherche, la collaboration interuniversitaire, et la pertinence des recherches. Car tout n’est pas dans la subvention qu’on réussit à obtenir, mais dans l’impact sur le domaine des connaissances que l’on impose. La multidisciplinarité y est également au stade du balbutiement… L’école Polytechnique s’autoproclame plus souvent qu’autrement comme une grande institution de recherche. Mais au-delà de la reconnaissance, il faut être conscient que l’école bénéficie d’un capital de compétences important. Ce qu’elle a décidé de faire aujourd’hui, c’est de les mettre à contribution pour une formation axée sur l’innovation.

Cette nouvelle voie se définit en grande partie par des formations par projets, des initiations à la gestion de projets, une synthèse des connaissances. Les stages sont également rendus obligatoires, et on se tourne ouvertement vers une génération d’ingénieurs pratiques. L’étudiant peut également faire preuve d’initiative. Le fait d’avoir sous « la main » un nombre important de professeurs chercheurs et la disponibilité de bourses de recherches accessibles dès les premières années (CRSNG, UPIR), font qu’il est possible d’acquérir des expériences en recherche toujours pertinentes, en retirant plusieurs avantages, dont celui d’une ressource financière, un maillage de réseaux de contacts et une expérience importante dans une carrière qui, pour la majorité qui lit ce texte, est tout entière à faire.

L’école n’est donc pas seule maîtresse de son destin, et les nouveaux qu’elle accueille aujourd’hui et à qui elle offre un éventail important de possibilités et des lignes directrices de formation de plus en plus ciblées, sont ceux qui modèleront son visage futur…




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.