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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Plaidoyer pour une liberté fratricide

Tout technochrate est un chien ! C’est pourquoi la race canine a tourné le dos à l’humanité. L’insulte était trop grossière. Sans raffinement. Sans égard.

Le problème du technocrate, c’est son côté tech… La technologie l’obsède, au point qu’il en rêve, au point qu’il ne cesse d’en parler. Ça peut perturber sa vie sociale. Ça peut provoquer des dommages collatéraux dans sa vie personnelle. Je me comprends, et vous me comprendrez bientôt… Très bientôt. La vie a comme ça des coups de pute qu’elle s’amuse à répéter indéfiniment. On peut dire qu’elle manque d’originalité.

Le gros problème du technocrate, c’est son côté crate… Crate, comme dans phallocrate, bureaucrate, aristocrate, tabarnocrate, autocrate, clitocrate, lèvrocrate nouillecrafte. Et le pire de tous, le démocrate. Un mélange de toutes ces formes n’est bien entendu pas à exclure… je ne souhaite pas ça à mes meilleurs amis.

Le pauvre diable croit dur comme fer que le bonheur de la société passe par la technologie. Je ne plaisante pas ! C’est même dans le dictionnaire. Il ne le dit pas dans ces termes, mais cela transparait dans sa pensée. Que dis-je ! Cela bouche sa pensée, comme un système d’évacuation des eaux dans un appartement de jeunes étudiants décérébrés qui jettent confusément condiments et condoms dans le siphon. Cela donne des aberrations assez extraordinaires. On a envie plus d’une fois, soit de s’arracher les cheveux ou d’arracher la tête du technocon. Ceux qui croient encore que l’évolution est inéluctable oublient que la mal évolue aussi. Que l’évolution elle-même est à double tranchant ! Pensez : Docteur, comment évolue la maladie ? Réponse : très mal ! Imaginez : Nietzsche, comment évolue notre société ? Réponse : Oh mon osti, ça va mal.

Les technocrates ont été aux commandes du monde de 45 jusqu’à la chute du mur de Berlin. Ça a duré quasiment toute la guerre froide. L’impact que cela eut sur le cinéma est assez éloquent en fadaises : tous les James Bond, les Star Trek, les Star Wars. Oh mon Dieu ! des hauts-le-coeur aussi sévères que ceux que l’on peut vivre en faisant un tour de montagnes russes en fixant de façon incondescente une publicité de Molson Dry… (ne louchez pas !). Depuis, le technocrate s’est fait baiser sans vaseline assez sévère. Pour imager un peu, on pourrait dire que le pouvoir a glissé le long de la colline et s’est retrouvé aux HEC. Oui chers amis, les financiers ont pris le pouvoir. Et pas à peu près. Ils s’en délectent. Et ne manquent pas leurs buts.

Du coup, le technocrate porte une frustration difficile à résorber. Celle-ci se traduit sous différentes formes. La plus répandue et la moins élégante est celle de l’imbécile qui ne cesse d’ahaner les aberrations que lui racontent son imagination débordante et une inspiration télévisuelle faite de ramassis de mensonges et d’images édulcorées de robots amis qui fraternisent autour d’un feu de camp après une partie de foot. Mais celle-ci est bénigne. Elle prolifère en petits monticules et ne cause que quelques comas éthyliques censés réconcilier le quidam avec le monde qui l’entoure et qui s’échine ardemment à ne point correspondre à ses futiles divagations.

Une autre forme plus rare est celle du philosophe technocrate. On en trouve de moins en moins, et ce n’est certainement pas à Polytechnique qu’on les couve. La difficulté de cette forme de plus en plus rare est qu’elle demande des hydrocarbures pour survivre. C’est un peu comme une machine à fabriquer de la pensée qui fonctionne au diésel. Étant donnée le prix du pétrole aujourd’hui, on comprendra que cette forme est économiquement non viable, et que les financiers aux commandes du monde depuis la chute du mur de Berlin ont vite fait de la mettre au rencart. Allez ouste, fichez-moi le camp d’ici.

Le technocrate a eu une belle hallucination au début du millénaire. Il a cru voir son monde renaître. Les petits transistors C-MOS qu’il avait étalés sur des puces de plus en plus petites, de plus en plus rapides, de plus en plus sexy ont profité de la vague Net pour surfer. Les financiers eux-mêmes ont pris le sens du vent, et on rêvait déjà d’hommes bioniques avec une intelligence artificielle muni d’un ordinateur portatif (au sens extravagant du terme) pour être en mesure de diviser 3 par Pi en moins de 3 microsecondes. Que voulez-vous ! three is beautiful. Allez, le mirage est passé, on a hérité d’un pavillon assez coolos. Faisons semblant de rien et fermons notre gueule. Confronter nos idées pourrait mener vers une guerre fratricide. Mais surtout, ne passez pas du côté obscur ! Et voilà… encore une connerie.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.