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Plus vert que vert

Vert de la tête au pied, vert comme un syndiqué sans ses vacances. Vert, comme le plancher, les murs et le plafond du 5e étage du pavillon Lassonde, un bâtiment encore plus vert que les plus verts des bâtiments. Il n’y a pas de doute, Poly nous a doté d’un pavillon ultramoderne et il y a de quoi être fier. Des laboratoires resplendissants, un équipement flambant neuf, à la fine pointe de la technologie, de nouveaux écrans plats dans les locaux d’informatiques, de l’espace pour toutes et tous. Non, tout comme la direction, les étudiants sont fiers du pavillon Lassonde et bien heureux de l’avoir. Histoire de le souligner, l’École inaugurait enfin ledit bâtiment vert, lundi dernier, en grande pompe. Le tapis rouge, un numéro de danse, certains jurent même avoir aperçu des jongleurs maladroits, des acrobates, des trapézistes, un clown sur un monocycle et un avaleur d’épée !

Nous tenons à souligner dans nos colonnes que l’institution a eu l’amabilité d’initier la participation étudiante puisque ces derniers étaient invités à se délecter d’un point de vue médiocre sur l’évènement. L’administration n’a pas lésiné sur les moyens, officiant un accès au bâtiment de derrière les fagots, une voie détournée menant vers un corridor d’appoint. Elle a même fait appel à une douzaine de policiers accueillant – avec des guirlandes de fleurs et des danses lascives – les curieux venus, eux aussi, officier. Sans doute faut-il comprendre qu’on craignait le chahutage du Premier ministre de l’éducation (la boutade est voulue) lors de son passage, puisqu’il s’avérera plus tard qu’une poignée de jouvenceaux resplendissant d’acné faisaient état d’une crise épidermique à sa seigneurerie ministérielle. Le Premier ministre de l’éducation, officiant en toute joie dans de nombreuses fonctions somme toute aussi éphémères qu’un baiser transi d’un couple d’amoureux dissimulé sous les épinettes. Monsieur Fournier, donc, ayant les nerfs à fleur de peau ne voulait effectuer d’actes de dermatologie, car rappelons-le, le premier ministre de la santé, monsieur Couillard, n’est pas le seule médecin du bureau, et monsieur Fournier est diplômé en droit, et connaît et défend dès lors le droit inaliénable des étudiants, le droit au silence. Le chapitre fut donc clos.

De leur côté, pour redorer leur blason, les officiels de l’association, suite à une acceptation docile d’une hausse des frais afférents, arboraient leur joli costume du dimanche. On se perdit en conjectures sur l’importance des postes de vice-présidence et de l’intérêt de muscler les organes indésirables. Généralement, les organes sales… Cerise sur le sundae pour notre vénérable institution, Le Devoir faisait paraître, le lendemain, un article vantant sous toutes ses coutures le bâtiment plus vert que vert. Les compliments se succédaient frénetiquement dans une farandole verbale de louanges, statistiques environnementales à l’appui, pour approuver « les premiers bâtiments écologiques érigés par un établissement d’enseignement au Québec. », et d’une ironie grinçante puisqu’on soulignera le fait que l’école ait « voulu favoriser les moyens de transport alternatifs, » en précisant que « l’École polytechnique est située à proximité d’une station de métro et du circuit d’autobus. »




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.