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Partenariat université entreprise

Ces dernières années, l’École Polytechnique a plus que jamais misé sur l’excellence de ses programmes de recherche pour redorer son blason terni par l’ascension d’autres facultés d’ingénierie comme celle de l’Université de Sherbrooke et de l’ETS. Nul doute que du point de vue matériel, l’École possède encore une avance assez confortable sur ses concurrents, en grande partie grâce aux subventions obtenues par ses professeurs auprès du gouvernement par l’intermédiaire d’organismes publiques dédiés au soutien et au financement de la recherche tel le CRSNG, mais surtout grâce à ses partenariats avec divers entreprises privées. Bien sur, cette règle du partenariat public-privé ne s’applique pas uniquement au cas de l’École Polytechnique puisqu’elle semble être la voie immuable vers laquelle se dirige la politique de financement de la recherche scientifique dans les années à venir. Le fait que les deux derniers bâtiments construits pour l’usage de l’École Polytechnique sur le campus de l’Université de Montréal portent les noms de particuliers n’est, à ce titre, pas surprenant (les pavillons Lassonde ainsi que le pavillon Bombardier qui est exploité conjointement par l’École Polytechnique et l’Université de Montréal).

Si cette tendance vers les partenariats public-privé semble être pour certains une solution rapide au problème du financement des universités duquel le gouvernement canadien se désengage graduellement depuis vingt ans, il n’empêche qu’elle suscite quand même des inquiétudes, notamment du point de vue éthique, inquiétudes qui se confirment sur le terrain. Dernier cas célèbre en date, l’affaire Nancy Oliviery, chercheure médicale à l’université de Toronto qui ayant découvert de dangereux effets sur la santé d’un nouveau traitement médical, fut l’objet de pressions de la part de l’entreprise commanditaire de l’étude qui lui retira son financement et la menaça d’actions en justice.

Des professeurs et chercheurs outragés ont gagné une campagne exigeant une enquête indépendante qui mit à jour le comportement fautif de l’Université de Toronto et de son partenaire privé. Les liens, parfois trop étroits, qu’entretient l’Université avec le privé peuvent donc amener à la publication de résultats de recherche biaisés en faveur du pourvoyeur de fonds.

Un autre phénomène, qui existe depuis longtemps aux États-Unis, pays ayant toujours prôné le partenariat entre l’université et l’industrie et qui l’a même institutionnalisé à la fin de la deuxième guerre mondiale, peut porter à problème : de plus en plus de chercheurs ont des intérêts financiers dans les entreprises qui financent leurs travaux. Sans remettre en cause leur honnêteté, leur objectivité ne risque-t-elle pas d’en souffrir parfois ? Aux États-Unis, justement, une étude de l’Université de Californie à San Francisco a révélé qu’un tiers des chercheurs américains siège, contre rémunération, au conseil d’administration des compagnies qui financent leurs travaux. Dans certains cas, ces chercheurs détiennent aussi des actions de cette entreprise. L’étude révèle également qu’un autre tiers de ces chercheurs « liés » reçoit de l’argent pour prononcer des conférences et participer à des arrangements du même genre. Les sommes varient généralement entre vingt mille et cent mille dollars.

Le but ici n’est pas de remettre en cause en totalité les partenariats entre universités et entreprises. Des relations correctement régulées pourraient amener à l’obtention de résultats qui satisferaient l’entreprise sans nuire à la recherche scienti- fique. Pour cela, il faudrait avant tout un état qui jouerait justement le rôle de régulateur et qui serait moins porté sur le copinage avec les grands patrons.

Pour finir, il serait intéressant de connaître la position de l’administration de l’École sur ce problème épineux qui la touche et qui nous touche de très près. Malheureusement, jusqu’à présent, nous n’avons eu droit qu’à des échos de voix se gargarisant des succès « internationaux » obtenus par nos professeurs, des sommes faramineuses amassées annuellement chez le privé et du « leadership » que l’École possède dans des domaines aussi variés que divers.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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