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Au delà de cette limite votre ticket n’est plus valable

Bon. Il est hors de question d’imaginer ici que je vais vous passionner par un écrit cinglant ou fl amboyant. J’en suis rendu à la phase quatre décrite par Stéphane Dompierre, l’auteur du Petit pas pour l’homme, et Le taureau n’est vraiment pas clément, soit dit en passant. Aussi je me contenterai de vider sur vous ma bile et mon fl egme, ma hargne et ma nonchalance. Si vous vous aventurez au-delà de ces lignes, c’est à vos risques et périls, et comme le dit si bien l’adage, un homme averti en vaut deux. À ce rythme, on risque de priver la terre de ses ressources les plus vitales et les plus rares, en y décuplant une humanité toute faite de la candeur des gens avertis. Hommes hagards et penauds, regardant leurs semblables avec de petits yeux de biche qu’on vient de torturer indécemment et qui réclame avec force pitié qu’on l’épargne, et ce sans discontinuer de mâchouiller une brindille qu’elle a trouvée en badinant sur le pré — sont cons ces animaux.

Bref, vous l’aurez voulu. Alors voici. Ma première pensée est pour ce nouveau gouvernement que nous avons élu (moi j’ai pas voté, j’ai pas encore le droit, étant malgré moi un mineur constitutionnel puisque simple immigré). Il n’en demeure pas moins que j’ai exulté de joie en apprenant que les conservateurs de Harper remportaient un mandat légitime, puisque je considère que chacun a le gouvernement qu’il mérite.

À vrai dire, je ne sais pas ce qui m’est exactement passé par l’esprit quand j’ai appris que nos chers conservateurs aux yeux bleus, appuyés par les sondages, une presse docile et des financiers véreux propriétaires des médias susmentionnés, prenaient les rênes du pays. Je suis tout à fait honnête en parlant de joie. Mais à quoi était-elle due ?

Je ne crois pas qu’un gouvernement conservateur soit une bénédiction pour le pays du sirop d’érable. Je ne saurais d’ailleurs dire à qui un tel gouvernement pourrait être salutaire. Au-delà de leurs idées limitées, qu’ont-ils de vraiment exécrable ? Ce n’est pas un mystère que leur fort penchant religieux qui, je me dois de le dire, me pue au nez et m’emplit de contractions émétiques, valeurs qui ne correspondent en rien à ce qui est ma vision du monde — et là encore, c’est mon foutu problème — à moins que je ne sois pas le seul à me plaindre d’une allergie chronique et aiguë à tout ce qui tient des bondieuseries — athées de tous les pays, unissez-vous. Il n’est pas non plus effrayant de clamer que le penchant belliqueux des conservateurs m’horripile (sinon belliqueux, tout du moins tendance favorable à l’armement et à l’équarrissage des populations d’outre-atlantique qui ont le tort de vivre au-dessus de gisements pétroliers opulents).

Ce qui me chagrine secrètement, c’est bien plus le fait de savoir avec certitude que derrière toute cette mascarade politico faussement démocratique, des ventres repus et des fortunes avides d’encore plus de richesses tirent les ficelles d’un simulacre de je ne sais quelle forme noble de l’organisation sociétale, une simagrée aussi odieuse que honteuse, tellement elle transpire le fric. Mais les Canadiens sont ce qu’ils sont, leurs consorts Québécois valent peut-être mieux (ne vous réjouissez pas trop, je fl atte mon lectorat dans le sens du poil), et mieux vaut-il peut-être faire cette foutue souveraineté une bonne fois pour toute. Ce qui m’a fait rire de joie ? certainement un cynisme morbide.

Autre chose qui me passe par la tête. Les courageux qui n’ont pas encore jeté mon article et la feuille de chou qui le publie sont merveilleux et méritent que je leur paie une bière, à concurrence de trois bières offertes. Autre chose donc, le renvoi par Radio Canada du brillant Parenteau. François Parenteau, chroniqueur humoriste, enseignant à l’école de l’humour et une des étoiles du groupe les Zapartistes, Parenteau lisait hebdomadairement à la radio de Radio- Canada son billet plein d’humour et d’intelligence, que Robert Lévesques appellerait un Carnet.

On en riait aux larmes tout en nourrissant une hargne démocratique de bonne mise dans les dictatures occidentales. Parenteau est l’équivalent du poids dans la balance de l’injustice qui permet d’outrepasser l’indifférence. Il a le don de la phrase bien ciselée, bien tournée et retournée, un travail d’orfèvre ou de menuisier. Un artisan du mot, un défenseur du verbe et un courageux acteur sur la scène de la libre pensée.

On le remerciât avec autant de facilité qu’on jette ses chaussures en retrant à la maison. De son propre aveu, Liza Frulla et Jean Lapierre auraient peut-être téléguidé cet évincement que l’on attribuait au caractère éditorial de sa chronique tenue pour humoristique. Il n’était cependant pas un nouveau sur la scène publique, et gagnait de plus en plus de notoriété par sa franchise et sa clair voyance. Son sens rigoureux de la blague. Peut-être que le Québec c’est pas tellement mieux. Comme dirait un ami du SI, le Québec, c’est BS.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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