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À la transversalité des compétences

Le Polyscope : Le nouveau programme de formation a été mis en place cette année, les cours ont commencé cet automne.
Quel a été l’élément déclencheur de cette réforme ?

Jean Dansereau : Plusieurs études ont été réalisées à l’École sur la satisfaction des étudiants, les raisons abondent et les constats convergeaient vers le fait que des éléments devaient être améliorés dans les programmes.

Un des points sensibles était le tronc commun, qui nous défavorisait face à d’autres écoles.
Une baisse d’inscription s’en est suivie, et nous devions réagir.
Il était temps de renouveler notre programme de bac, et nous profitions des nouvelles constructions pour le concept « nouveau bâtiment avec nouveaux programmes ».
Le conseil académique de l’École a approuvé le projet en 2004.

P : On a longtemps parlé de baisses d’inscriptions et de difficulté pour les diplômés à s’intégrer au marché du travail…

J.D. : Je n’ai pas le détail précis des chiffres du placement des diplômés.
Par contre, je peux vous dire que nous avons connu une réelle baisse d’inscription au niveau du premier cycle qui a été compensée aux cycles supérieurs. Dans l’ensemble du balancement du budget, l’impact en était adouci. Mais en fait, il fallait vraiment regarder la chose en face, les étudiants sont ici pour quatre ans, et la compensation ne pouvait pas masquer le problème indéfiniment.

Mais ce n’est pas uniquement une question d’argent, il y a une volonté dans le nouveau projet de formation de s’assurer que les étudiants aient du plaisir à étudier à l’École et qu’ils soient encadrés dès leur première année. Le sentiment d’appartenance devient plus fort avec les nouveaux programmes.

Dès l’Automne, les étudiants ont rencontré les professeurs, il y a eu des échanges, les départements devenant de plus en plus la porte d’entrée de l’encadrement.

P : Vous avez mentionné que l’objectif des nouveaux programmes était en priorité de satisfaire aux exigences des cégépiens qui se heurtaient au mur du Tronc Commun, mais d’un autre point de vue, les nouveaux programmes n’essaient-ils pas de répondre à une certaine demande de l’industrie pour le placement des diplômés ?

J.D. : Bien sûr. Il est évident que l’objectif est de former des ingénieurs qui vont se placer dans le marché du travail. C’est pour cela que nous avons instauré un stage obligatoire, ce qui n’existait pas auparavant. Nous voulions aussi rendre clair le fonctionnement des stages coopératifs qui amenait de l’ambiguïté chez les partenaires industriels. Il y a maintenant deux programmes coopératifs, le génie géologique et des mines ainsi qu’un programme en bio-pharmaceutique en génie chimique. Autrement, il y a un stage obligatoire pour tous les programmes.

Un point important qui est ressortit des COCEP était le besoin d’une formation des habiletés transversales, ce qu’on appelle les HPR (Habilités Personelles et Relationnelles)…
On travaille sur un projet de trois crédits incorporés au nouveau programme.
C’est là une décision du conseil académique qui devrait répondre à la demande.

P : Est-ce que ces deux contraintes externes ont contribué à l’accélération du processus d’adoption des nouveaux programmes.

J.D. : Je pense que oui. On a insisté dans le nouveau projet de formation sur l’aspect de conception, sans l’opposer à la pratique, un ingénieur de conception étant un ingénieur capable d’amener un concept, d’obtenir des idées, de mettre ça ensemble, de trouver des solutions mais aussi de l’amener à l’application concrète. Cela nous distingue des autres institutions qui mettent l’accent sur la pratique.
Nous insistions sur la chaîne allant de la conception à la pratique.

P : Pourriez-vous nous décrire les grandes lignes du nouveau projet de formation ?

J.D. : Il y a plusieurs points.
Des cours de spécialité dès la première année. Un accent mis sur les projets intégrateurs, un par année et un dernier de six crédits effectué en équipe en quatrième année. Des stages de trois crédits, qui sont hors programme mais obligatoires.
Un encadrement dès la première année permettant de mettre en place des liens étroits avec les professeurs.
Des innovations pédagogiques sont aussi offertes, les HPR…

P : Quels ont été les organismes intervenant ?

J.D. : En tout début de programme, nous cherchions une vision d’ensemble.
Les programmes ont posé les repères de ce qui se fait ailleurs (Canada, États-Unis, Europe).
Chaque programme avait une équipe et chacune des équipes a présenté au comité d’implantation le résultat de ses recherches et a donné des propositions pour les quatre années de bac.

P : Quels ont été les points qui ont connu un consensus immédiat
?

J.D. : Tout le monde était d’accord pour abolir le tronc commun. C’était un peu surprenant puisque cela faisait la marque de Polytechnique.
Mais l’école était mûre pour abandonner ce type de formation.

La question des HPR a été bien acceptée lors du premier rapport.
L’approche a vu une grande approbation de tous. Il a été un peu plus difficile de trouver un moyen de l’implanter.

P : A contrario, quelles ont été les divergences ?

J.D. : Je vais répondre par un exemple.
On voulait donner un cours de langue étrangère pour enrichir le côté international de la formation.
Qu’il s’agisse de l’anglais, de l’espagnol ou de l’allemand, on voyait que l’idée n’était pas claire à la base. Que ce soit pour la langue que nous devions enseigner, ou la façon de gérer les différents niveaux des étudiants.

La question des trois crédits pour la langue a été mise en suspens et un débat au niveau de l’École a été lancé. Une commission a ainsi été créée et elle devrait remettre son rapport prochainement.

P : Avez-vous eu des commentaires des nouveaux étudiants ?

J.D. : Les étudiants qui ont débuté leurs études à l’automne 2005 ont été sondés. Deux sondages ont été effectués durant la session d’automne, et les résultats seront rendus publics le 23 mars.

Nous avons considéré l’évolution de la moyenne des notes, les abandons, le plaisir à l’école. Dans l’ensemble, on considère que les résultats sont intéressants et que nous allons dans le bon sens. On prend cependant en considération que cela ne comprend qu’un seul trimestre, et que ce sont des résultats préliminaires.

P. : Est-ce que Poly est en train de tourner le dos au modèle européen en faveur d’un modèle plus américain de l’enseignement
?

J.D. : Je ne dirais pas cela. On essaie de répondre à la situation actuelle de la société québécoise. La formation française est une formation généraliste.
La formation québécoise est spécialisée par secteurs. Je crois que nous sommes bien arrimés à notre situation.

P : La personnalité de M. Papineau a-t-elle joué un rôle dans la direction qu’a pris le nouveau programme de formation ?

J.D. : Je ne pense pas. Les changements effectués dérivent d’un ensemble d’études. Nous tenions compte de la perception des cégépiens, des diplômés et de l’industrie.

M. Papineau a eu un leadership important en l’affirmant comme la priorité de l’école. Mais c’est avant tout une exigence du cahier des charges du conseil académique.

P : Le nouveau programe considère-
t-il les étudiants désirant s’orienter davantage vers les études supérieures ?

J.D. : Un des critères qui a été mis de l’avant est la facilitation du passage aux cycles supérieurs. Nous ne voulions pas que le nouveau programme soit une entrave. Nous avons proposé des modalités pour que ce soit possible, et que l’étudiant puisse être gagnant, notamment dans le cas du BMI.

De plus, dans le cas des stages qui sont intégrés aux programmes, il est possible d’accréditer un stage de recherche. Le programme de génie physique a beaucoup insisté sur ce point-là.

P : Polytechnique forme-t-elle encore des polytechniciens, des ingénieurs pluridisciplinaires ?

J. D. : Je pense qu’il y a surtout eu un réaménagement pour incorporer des cours spécifiques. Mais dans ce qui est de la compilation des cours scientifiques ou les cours qui relèvent d’autres programmes, on est très proche de la situation qui prévalait avant. Il y a des cours qui ont été enlevés, dont les éléments se retrouvent ailleurs dans le programme.

P : Quels ont été le gain et les pertes de l’École dans l’instauration du nouveau programme ?

J.D. : Le gain est au niveau de la qualité de la formation. Il y a le sentiment d’appartenance. Un lien plus étroit entre les étudiants et les professeurs. Un lien entre les étudiants d’une même discipline.
Intéresser les étudiants dès la première année devrait donner de meilleures performances académiques, et nous allons former de meilleurs ingénieurs.

Sinon, je demande si on peut regretter le tronc commun. Certains diraient peut-être oui. Moi je crois que cette vision va disparaître.
Les cégépiens le voyaient comme une barrière.

P : Avez-vous un mot de la fin ?

J.D. : Je n’ai pas parlé de l’international.
L’École veut être une école internationale. Il y a des formations où la dernière année se fait à l’étranger.
Il y a une formation en génie ferroviaire, une formation en infrastructures routières à L’ENTPE.

Nous sommes allés chercher des partenariats à l’étranger. Et je crois que c’est un argument de recrutement important qui favorise la notoriété internationale.

De plus, Polytechnique accueille beaucoup d’étudiants en échange. Il y a beaucoup d’étudiants qui viennent, mais peu qui partent. Uniquement avec la France, il y a un rapport de un pour quatre. Nous aimerions favoriser le départ des étudiants québécois et avoir un rapport plus équitable.

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