Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Le détestable bas blanc

Par Marc Allard

Le détestable bas blanc, symbole par excellence de la déchéance masculine.

S’il ose se déchausser et qu’elle l’aperçoit, le glissant furtivement hors de ses souliers, les jeux sont faits. D’abord l’accusation, puis, sans procès, le verdict et la sentence s’abattent comme la foudre : « tu me dégoûtes, enlève-moi ça ! » Enquête sur un péché mignon… Samedi matin. Zellers. 9h30. Jonathan, début trentaine, fait ses courses en solo. Gel, barbe mal rasée volontairement, jean délavé et échancré, t-shirt rétréci et veston sport : le métrosexuel typique. Subtilement, il balaie l’horizon en quête d’un improbable délateur. Le secteur semble dégagé – à l’exception d’un journaliste d’investigation bien planqué qui échappe à sa vue. Incognito, il plonge sa main dans un panier et en retire deux paquets de bas blancs qu’il tente ensuite de camoufler.

« J’ai un peu honte, mais j’en ai vraiment besoin ! », confesse-t-il au journaliste venu l’enquérir. « Ma blonde dit que ça l’écœure et que j’ai l’air d’Elvis Gratton avec mes bas blancs ! Mais dès qu’ils sont troués, je cours au Zellers en racheter ! »

Répulsion, dégoût ou même rejet, tels sont les dangers qui guettent les accros de la chaussette javellisée, cotonnée, molletonnée, indifférenciée et bien sûr, bon marché. Le bas blanc serait à l’homme moderne ce que la pilosité est aux femmes : un anachronisme.


Nanarchie

Si sur nos terres avait régné la nanarchie (seules les femmes sont au pouvoir), le bas blanc aurait été à coup sûr banni. Signe ostensible à la cheville (ou, ultime provocation, sous des sandales), il cause beaucoup d’ennui aux dames, qui se font un devoir de rappeler le dédain qu’il leur inspire. Dans une nanarchie, les contrevenants s’exposeraient à des peines sévères… Mais trêve d’utopie, rassurez-vous mesdames, à défaut d’être explicite, la censure est implicite. Dans la liste des turn-offs féminins, le bas blanc figure au sommet du palmarès. « Porter des bas blancs, c’est comme faire du bruit en mangeant. Si dans une date je m’aperçois qu’un gars en porte sous ses pantalons, je regrette, mais y’a pas de chance avec moi ! », tranche Marjorie, 23 ans. Martin, lui, n’était pas au courant lorsqu’il s’est pris un râteau la dernière fois. Enfin, c’est ce qu’il prétend. « La soirée s’était bien passée. Bonne bouffe, bon vin, je paie la note, elle m’invite à prendre un verre chez elle. Je te jure, j’allais scorer ! J’entre dans son appart, j’enlève mes souliers et là elle me fixe les pieds. Après, plus rien. Je suis reparti bredouille. »

La dérive…

« Moi, je crois que les bas blancs c’est correct ; j’en mets encore, mais si un jour une femme me force à porter des bas d’autres couleurs, je vais peut-être bien l’écouter. Mais avant ça, il faudra que quelqu’un m’explique qu’est-ce que ces pauvres bas blancs ont fait à la société pour être aussi mal vus ? », poursuit Martin. Pourquoi tant de haine à l’égard d’un chausson albinos ? « Parce qu’on l’associe au genre de type fainéant, paresseux, inélégant, bref à l’homme archaïque que plusieurs d’entre nous souhaiteraient voir mort et enterré ! », estime Marjorie.

Pour Françoise Dulac, professeur à l’école supérieure de mode de Montréal, à l’UQAM, l’explication est simple : « Ça va contre l’étiquette de la mode. À la base, le bas blanc c’est pour le sport et l’extérieur. La chaussette s’agence avec le pantalon ou la chaussure. Alors quand vous le portez avec un complet, c’est complètement inapproprié. En plus, le bas blanc ne reste pas toujours blanc, ça tache rapidement. » Or il semble qu’aujourd’hui, aux yeux de la gent féminine, la méconnaissance de cette règle soit devenue plus qu’une simple inattention, mais un manque flagrant d’élégance. D’autant que nul n’est censé ignorer la loi…

Comment expliquer que les gars continuent à s’en procurer ? Car selon Mélanie Douville, gérante chez Zellers, « les bas blancs continuent à se vendre comme des petits pains chauds. Quoique ceux avec les dessous gris se vendent davantage. » « C’est accessible, c’est confortable, et surtout ça a un bon rapport qualité-prix », assure Jonathan. D’ailleurs, plusieurs grandes marques comme Tommy Hilfiger ou Gap en tiennent toujours en magasin. Comme si le logo occultait la couleur et chassait les risques d’embarras. Pauvres gars.

Bref, les bas blancs c’est pour la tondeuse le samedi ou le tennis le dimanche. Autrement, c’est la commode. Non négociable. Nanarchie, quand tu nous tiens.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+

Dans la même catégorie

Nulle part ailleurs

12 novembre 2004

Par Ilham Smaali Certains lecteurs se demandent ce que vient faire la politique étrangère dans les colonnes d'un journal universitaire. Question qui m'a semblé à première vue étrange pour ne pas dire tout à fait déplacée. Mais à y repenser plus attentivement je me suis rendue compte avec effroi que cette remarque perdue dans les mails du Polyscope dénotait malheureusement d'une nouvelle tendance qui s'insinue chaque jour un peu plus sur les bancs de...

Configurer l’accès à distance

5 novembre 2004

Vous est-il déja arrivés d'être à Poly, pis de vous rendre compte que vous aviez oublié des fichiers importants sur votre PC chez vous (et vous dire pour une fois que ceux qui habitent aux residences sont bien chanceux..) ! Si vous utilisez XP Pro (Pro et seulement Pro), vous pouvez configurer accès a distance (Remote Desktop) et prendre contrôle de votre PC depuis un ordinateur distant. Par défaut, le Remote Desktop n'est pas...

ISD, 4 ans et toutes ses dents

23 septembre 2004

Ingénieurs Sans Frontière Canada existe depuis quatre ans seulement. Elle compte déjà 6000 membres à travers le pays et est implanté dans vingt universités canadiennes. De passage pour donner une conférence à Poly et gonfler le moral des troupes polytechniciennes, Parker Mitchell, co-fondateur d'ISF, a accordé un peu de son temps au Polyscope pour cette interview. Le Polyscope : Quelles sont les raisons du succès d'ISF à travers le Canada et comment expliquez vous...