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Le château de Herrenchiemsee

Cette semaine, partons visiter un des plus beaux châteaux d’Allemagne : Herrenchiemsee. Edifié par le roi de Bavière Louis II afin de concrétiser un monde qui n’existait que dans son imaginaire romantique, il engloutit une colossale fortune et ne fut presque jamais habité. En effet les palais que le monarque fit élever n’étaient ne effet pas des lieux pour y vivre mais pour rêver et se retirer du monde moderne.

Pour comprendre la personnalité du souverain de Bavière, il faut remonter à son enfance durant laquelle il fut nourri de légendes et de mythes germaniques. Le jeune prince fut élevé dans un monde de songe où se côtoyaient chevaliers du Moyen-Âge et fantastiques épopées. À l’adolescence, il ne sembla pas s’intéresser à la vie réelle : en fait, plus il grandissait, plus il se renfermait dans son univers imaginaire qu’il était le seul à comprendre. Sa rencontre avec le compositeur d’opéra Richard Wagner lorsqu’il avait vers les vingt ans, se révéla déterminante pour la suite de sa vie : il avait enfin réussi à trouver quelqu’un qui parlait le même langage que lui. Wagner, avec ses œuvres mettant en scène un Moyen-Âge idéalisé, ne fit que renforcer ses passions ; mais Louis II n’étant ni musicien, ni écrivain, ni poète, eut l’idée de transcrire son rêve dans la pierre et ainsi de l’élever au sublime. Et c’est ainsi que surgirent les châteaux de Neuschwanstein, de Herrenchiemsee et de Linderhof, splendide petit pavillon baroque planté en plein cœur des Alpes. Falkenstein, le dernier qui devait conclure une monumentale tétralogie et refermer un anneau imaginaire ne dépassera jamais l’état d’ébauches, le roi étant décédé entre temps. C’est de la seconde de ces demeures hors du temps et du commun dont je vais vous parler.

Louis II, outre ses passions chevaleresque était particulièrement attiré par la grandeur de la monarchie des Bourbon et plus particulièrement par Louis XIV qui avait réussi le tour de force prodigieux de bâtir le plus grand château du monde. Si Neuschwanstein reflète le lyrisme wagnérien, Herrenchiemsee est la concrétisation parfaite de cette admiration pour Versailles. Il en est une copie à l’identique du moins pour ce qui est des grands appartements mais il se révèle aussi être l’aboutissement d’une quête pour ce qui est beau et élevé. En outre, l’unification de l’Allemagne entraîna la perte d’indépendance de la Bavière et Louis II se réfugia davantage dans la gloire du Roi Soleil et du grand siècle. Bien qu’il soit un admirateur inconditionnel de la monarchie absolue, Louis II ne tenta jamais de l’imposer à son peuple qu’il aimait par-dessus tout et il réalisa son ambition en faisant élever la folie baroque d’Herrenchiemsee. Il nomma familièrement son domaine « Meicost Ettal », ce qui est l’anagramme de la fameuse devise « l’Etat, c’est moi ! »

L’histoire du château débute en 1873, lorsque Louis II reconstitue la galerie des glaces dans un théâtre à Munich. Toutefois, il trouva l’illusion si imparfaite qu’il décida de commander carrément l’original ! Le site retenu pour l’édification du nouveau palais fut une île au milieu du plus grand lac de Bavière. Le 21 mai 1878, en fut solennellement posée la première pierre. Le Versailles bavarois ne copie que le corps principal de Versailles mais c’est là que toutes les plus belles salles sont concentrées : la galerie des glaces (qui dépasse de cinq mètres l’originale), les salons de la guerre et de la paix ainsi que les enfilades des grands salons. Les meubles furent également copiés avec toutefois de petites touches de modernité. La grande chambre de parade, située en plein milieu du château et jamais utilisée par le souverain a été décorée avec une telle minutie, une telle recherche du détail et de l’esthétique qu’elle semble irréelle. Il a fallu près de sept années de travail acharné aux artisans munichois Jörres et Bornhause pour en réaliser le seul lit !

Dès 1884, la façade principale fut achevée mais bien que déjà habitable, Louis II ne passa que quelques jours dans son château. Son prix exorbitant fournit un prétexte aux ministres pour renverser le roi et l’interner. Les travaux s’arrêtèrent donc peu de temps après, en août 1886, lorsque mourut le roi. D’ailleurs, il est possible de voir dans le château certaines salles qui ne sont pas achevées, sans décorations, révélant les murs de briques nus. Les autorités avaient décidé de mettre fin à ce rêve qui avait permis à tant d’artisans de vivre et de créer des œuvres d’art sublimes et d’une qualité jamais égalée. Un des souhaits du monarque était que ses domaines ne soient jamais souillés et qu’ils soient par conséquent tous rasées à sa mort, ce qui heureusement ne fut pas le cas ! Quelle folie que de ruiner son pays à élever de si altières constructions pour qu’à peine achevées, elle fussent détruites sans tenir compte des millions d’heures de travail accumulées pour les réaliser et des inestimables trésors renfermés en leur sein ! Aujourd’hui, les visiteurs qui pénètrent dans les châteaux de Louis II ne peuvent s’empêcher d’être troublés par l’atmosphère de mystère qui s’en dégage. Peu de gens sont en mesure de comprendre Louis II, d’aller véritablement à sa rencontre et c’était bien là son souhait le plus cher : « Je désire rester une énigme pour moi-même et pour les autres » ? Je vous laisse sur ces réflexions, nous retournerons un jour en Bavière pour visiter deux autres palais : Neuschwanstein et Linderhof.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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