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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Ut tensio sic vis

Ut tensio sic vis : la déformation est proportionnelle à la contrainte. Traduit en langage polytechnicien : plus tu forces, plus la matière entre. Telle est notre devise. Vous savez quoi ? À quelque part dans le tréfonds de mon âme, j’admire cette devise.

Depuis quelques années, un mouvement bizarre est en marche, celui de la facilité. Les étudiants ont de la difficulté en français ? Rendons les tests d’orthographe plus faciles. Les enfants du primaire ont des devoirs difficiles et les parents s’en plaignent ? Hé bien, il n’y a qu’à leur donner des devoirs moins difficiles et moins longs (question d’avoir plus de temps pour la télé). Les taux d’échecs sont trop élevés ? Abaissons les critères de correction. Cet insidieux mouvement vers le moindre effort, dans le domaine de l’éducation comme ailleurs, est sans conteste de plus en plus important. Et personne ne sonne l’alarme ! Il n’y a pas de problèmes, tout le monde est heureux dans son peu d’effort. Et pourtant, l’heure est grave. Qui sait quels défis attendent la prochaine génération ? Qu’est-ce qui pourrait nous porter à croire que la vie sera plus facile demain ? Pour nos parents, il suffisait souvent d’être au bon endroit au bon moment. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. De plus en plus, on a besoin de gens très qualifiés pour combler des postes vitaux dans plusieurs domaines. Va-t-on y arriver avec une culture du moindre effort et de la médiocrité collective ?

La semaine dernière, on apprenait que l’université de Sherbrooke s’était placée au 3e rang dans un sondage sur la satisfaction des étudiants envers leur établissement d’enseignement. Au nombre des raisons citées pour ce succès, il y avait les congés du jeudi après-midi (période où le houblon coule à flots, selon une déduction simple). C’est simple, non ? Avec un petit après-midi de congé par semaine, on a la 3e université la plus « user friendly » au Canada. Qu’attend-t-on pour donner 2 après-midi de congé et ainsi se retrouver avec la meilleure université du Pays ? Avec 3 après-midi de congé par semaine, qui sait, on pourrait peut-être avoir l’établissement d’enseignement post-secondaire le plus apprécié en Amérique du Nord ! À Poly, on a la période 45, 1 heure par semaine où les cours sont bannis… Normal que les étudiants soient moins contents, hein ? Devrait-on, pour les satisfaire, réduire systématiquement les heures de cours, afin d’avoir nous aussi un après-midi de congé par semaine ? Pour sûr, les gens seraient contents, mais je ne pense pas que ce soit là une solution à la piètre opinion qu’ont les étudiants de leur établissement. C’est plutôt une façon de les contenter coûte que coûte. Faut-il se contenter de donner aux gens ce qu’ils veulent, même si, ultimement, on sait que ce n’est pas la meilleure solution ?

Ce n’est pas là une attitude valable, en tant que société, que de sacraliser le moindre effort. Et pourtant, c’est ce que nous faisons sans cesse. Essayons seulement de penser à l’objet le plus représentatif du vingtième siècle. Si vous avez dit l’ordinateur ou alors Internet, vous êtes dans l’erreur profonde. C’est la télévision qui a dominé le siècle et qui domine toujours. C’est encore devant elle que les occidentaux passent une bonne partie de leurs temps libres. Et la télévision, c’est souvent l’apologie du moindre effort. Vous n’arrivez pas à vous faire une opinion sur la situation en Irak ? Écoutez CNN, on va tout vous expliquer dans l’émission « Showdown : Iraq ». J’aime encore mieux regarder les bonnes vieilles vidéos du cours de matériaux, c’est tout dire ! Ut tensio sic vis… À ce jour, on a pas encore trouvé de substitut à l’effort sérieux et posé.C’est plate, c’est dur, mais c’est encore comme ça qu’on obtient les meilleurs résultats.

D’une certaine façon, l’école est encore là pour nous préparer à la vie. Et à vingt et quelques printemps, la vie, on sait pas encore de quoi c’est fait. Mieux vaut se préparer en conséquence.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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