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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Denis Morin

Décrivez-moi votre cheminement depuis Polytechnique…

Le dernier été avant de graduer, j’avais eu un emploi d’été chez Bell Canada. À la suite de l’obtention de mon diplôme d’ingénieur, ils m’ont engagé, comme ingénieur micro-ondes, poste que j’ai occupé pendant 2 ans. Ensuite, j’ai été transféré dans un département de développement technologique ; la tâche consistait à trouver et normaliser de nouveaux équipements à être utilisés dans les réseaux de Bell Canada-. Étant donné que je suis quelqu’un de terrain, cette tâche ne répondait pas à mes attentes.

Un vendredi, on m’appelle pour m’offrir de participer à un projet en Afrique de l’Ouest. Pour se mettre en contexte, Bell avait un contrat en Afrique : un réseau micro-onde qui couvrait 5 pays d’Afrique de l’Ouest : le Sénégal, le Mali, le Burkina-Faso, le Niger et le Bénin. Le gouvernement canadien avait financé la construction du réseau, mais en raison des différents problèmes engendrés lors de la construction, l’ACDI a engagé Bell Canada comme gestionnaire de la construction du réseau.

Un mois plus tard, je suis donc parti travailler en Afrique, avec mon épouse et ma fille de 15 mois. Nous sommes demeuré 4 ans en Afrique. Pendant ces années nous étions localisé à Dakar au Sénégal, mais comme le réseau couvrait 5 pays, je voyageais beaucoup pendant cette période.

Je suis revenu en 1988, chez Bell, et en 1989, j’ai été contacté par un chercheur de tête pour un poste chez Rogers AT&T (ancien Cantel) : Cantel était en pleine expansion pour le déploiement de son réseau cellulaire à travers le Canada (Coast-to-coast). En 1989, le réseau étant rendu trop gros, ils avaient décidé d’ouvrir un bureau d’ingénierie à Montréal, pour s’occuper de l’Est du Canada et un à Vancouver pour s’occuper de l’Ouest. J’ai donc accepté le poste de directeur de l’ingénierie à Montréal, poste que j’ai occupé jusqu’en 1993.

En 1993, je suis parti pour aller travailler chez l’un de nos fournisseurs ; un petit bureau d’ingénierie situé à Côte-des-Neiges, Yves R. Hamel et Associés, connue sous le nom de YRH. En 1993, nous étions 6 employés ; dans le milieu des années 90, il se construisait des réseaux cellulaires partout dans le monde. J’ai donc recommencé à voyager, jusqu’en 2000 De 1993 à 1999, j’ai travaillé près de 5 ans en Asie : 2 ans en Chine, 8 ou 9 mois en Thaïlande, 1 an en Taiwan, 6 mois en Corée du Sud et quelques mois à Hong Kong… En 1995, j’ai participé à la construction du premier réseau cellulaire au Bénin. De plus, YRH a réalisé des mandats en Guinée Conakry et au Rwanda en 1994.

La ville de Kigali, au Rwanda, s’était vidée suite aux événements d’avril 1994. Il n’y avait plus d’eau, plus d’électricité, plus de télécommunications dans la ville. Le Ministère des Affaires Extérieures du Canada avait envoyé des équipes d’ingénieurs dans ces trois domaines pour évaluer l’ampleur des tâches à réaliser pour réhabiliter ces services essentiels et ainsi permettre aux Rwandais de retourner vivre dans la capitale
Qu’avez-vous trouvé le plus difficile de ce voyage ?

De voir une ville, la capitale d’un pays, vide. On ne rencontrait pratiquement personne dans les rues ; les commerces étaient tous fermés… Ce qui était difficile aussi, c’est que personne ne pouvait me renseigner sur les infrastructures en télécoms, puisque les gens qui y travaillaient auparavant n’étaient pas là ; il fallait se débrouiller par nous-mêmes.

À chaque année, lorsque Poly-Monde remet son rapport de mission, ils invitent un conférencier ; j’y suis allé il y a deux ans, présenter ce que j’avais fait. J’ai travaillé dans 19 pays dans ma vie, principalement dans des réseaux cellulaires. J’ai souvent fait des vérifications diligentes en télécommunications ; la dernière a été fait en 2003, au Rwanda et a été financé par la Banque Mondiale. (Avant, la compagnie de téléphone appartenait à l’État, mais depuis une dizaine d’années, il y a un processus de privatisation de son réseau. D’un point de vue technique seulement, lorsqu’un gouvernement veut privatiser sa compagnie de téléphone, il doit d’abord évaluer ce qu’elle vaut et dans quelles conditions elle est.)

Donc, une carrière où vous avez beaucoup voyagé.

En effet… Mais je dois dire que les voyages sont arrivés par nécessité, selon les opportunités de contrats. J’ai vécu de très belles expériences, j’ai connu beaucoup de monde, mais par moment, je trouvais ça difficile. Les voyages en Asie par exemple, sont toujours extrêmement longs.

Avez-vous vécu des chocs culturels ?

Pas personnellement, mais ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir travailler à l’étranger. Certaines personnes sont incapables de supporter de voir autant de pauvreté dans certains pays. J’ai cependant eu de la difficulté en Chine, où j’ai travaillé pendant deux ans.

Avez-vous appris le mandarin ?

Durant les deux ans où j’y suis resté, j’avais toujours une traductrice ; cependant, l’oreille finit par s’habituer à la langue. Aussi, étant donné que les termes techniques ne sont pas compris dans le mandarin, les chinois introduisent des termes anglais dans leur langage, ce qui facilitait aussi la compréhension. En Chine, la culture est complètement différente : les Chinois ne viennent pas vers toi facilement. Partout ailleurs, en tant que consultant, nous sommes accueillis à bras ouverts parce que nous sommes les experts. En Chine, les 6 premiers mois, ils ne nous écoutaient pas et un jour, sans que l’on ne sache trop pourquoi, ils ont finalement confiance en toi et finissent par t’écouter.

Il faut donc être patient pour percer en Chine. Oui, et aussi, c’est une culture vraiment différente. Aller en Afrique, ce n’est pas un choc comme tel ; ce qui est dur, c’est la pauvreté. Mais la façon dont les gens mangent, dont les gens travaillent, dont les gens pensent est très européenne, puisque ce sont, pour une majeure partie, d’anciennes colonies européennes.


Pourquoi avoir choisi le génie électrique ?

Avant de faire Poly, j’ai fait un DEC en spécialité électrique au Cégep de Shawinigan. J’ai gradué en 1975, année préolympique ; Radio-Canada cherchait beaucoup de techniciens pour travailler pendant les Jeux. J’ai donc travaillé 2 ans à la SRC, ce qui m’a permis de me ramasser de l’argent pour pouvoir financer mes études à Poly.

Je ne peux pas prétendre avoir été un excellent ingénieur technique ; ce qui a fait ma force, ce sont mes relations interpersonnelles : savoir écouter les gens, comprendre ce qu’ils veulent. J’aime ma profession et les relations qui se créent avec les clients.

Vous vous êtes aussi impliqué durant votre carrière ?

Durant mes années à Poly, j’ai occupé le poste de VP-Externe pendant une demie année et celui de Secrétaire-trésorier l’année suivante. J’ai aussi été Secrétaire-trésorier de l’ADP et aujourd’hui, je suis Secrétaire-trésorier de l’Association des Pourvoiries des Laurentides.

On lui souhaite bonne chance dans sa future carrière !

Mots-clés : B. Ing. ? (13)

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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