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Thermodynamique des frais de scolarité

Par Clémence Fauteux-Lefebvre

Comment financer l’éducation universitaire ? Comment la rendre plus accessible et de meilleure qualité ? Voilà les questions auxquelles tentent de répondre les députés de l’Assemblée Nationale réunis dans la salle de la commission de l’éducation où se déroulent les représentations des différents groupes intéressés à y répondre. Ainsi, les étudiants, les recteurs d’universités et tous les intervenants du réseau universitaire ont leur mot à dire. Il y a de quoi, ce qui ressortira de cette consultation sur l’accessibilité, la qualité et le financement des universités se transformera en initiatives du gouvernement en place et aura une répercussion directe sur nous, étudiants québécois.

Ce qu’en pensent nos représentants nationaux

Du côté des représentants étudiants, on continue de demander le gel des frais de scolarité. La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a lancé un plan d’action en vue de la commission dès l’annonce de la consultation au début de l’automne dernier. La FEUQ, qui représente 135 000 étudiants universitaires à la grandeur du Québec, veut s’assurer que la consultation ne conduit pas à un dégel des frais de scolarité. Ils ont fait répéter, pas moins de 40 fois, au ministre de l’Éducation qu’il n’y aurait pas de dégel tout au long de l’automne.

« Ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas de lien entre hausse des frais et accessibilité » a énoncé Nicolas Brisson, président de la FEUQ, en expliquant que c’était une dérive souvent entendue. De plus, il soutient que nul ne devrait se priver d’aller à l’université pour des raisons financières. À cet égard, le document de consultation de la commission montrait très clairement cette différence. Le taux de participation des jeunes de 18 à 24 ans est de 38% pour les familles de revenu supérieur à 100 000$ par année et de 19% pour les familles de revenu égal ou moindre à 25 000$ par année. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La FEUQ est toutefois consciente qu’il y a un problème de financement des universités et, bien qu’elle ne veuille pas faire payer les étudiants, le problème doit être réglé. Pour y arriver, la fédération présente un plan de financement sur trois ans. 261 millions provenant du gouvernement et 114 millions provenant de fonds de cotisation privé (taxe sur le bénéfice net des entreprises), pour un total de 375 millions, ce qui représente le manque à gagner des universités. Les sommes ainsi dégagées remplaceraient l’argent qui aurait été investi dans le fonds jeunesse qui se terminera sous peu. En ce qui concerne la contribution gouvernementale, la FEUQ soutient que le gouvernement a les moyens de faire sa part.

En effet, celui-ci disposerait selon la FEUQ d’une marge de manœuvre de 4,6 milliards pour la réduction d’impôt. La fédération demande donc une diminution des baisses d’impôt du montant nécessaire pour l’investissement. D’une façon générale, elle soutient qu’il ne devrait y avoir de baisses d’impôt que dans le cas où la qualité et l’accessibilité des services publics sont assurées. Le président répète d’ailleurs que, malgré le fait que les travailleurs fraîchement diplômés de l’université soient parmi les plus imposés, la Fédération demande de couper dans les baisses d’impôts.

L’opinion des étudiants de Polytechnique

Notre association étudiante, l’AEP a préparé et envoyé un mémoire à la commission. L’association a préféré traiter des sujets propres à la situation de Polytechnique, renvoyant au mémoire de la FEUQ pour les questions d’un ordre plus général. Le document rappelle que, bien que les programmes de Polytechnique soient accrédités par le Bureau canadien d’accréditationdes programmes d’ingénierie (BCAPI), ce n’est pas un gage de qualité, mais plutôt un minimum requis. On y dénonce aussi le ratio professeurs/chargés de cours trop bas ou encore la nécessité d’avoir de l’équipement à jour ainsi qu’un meilleur encadrement étudiant.

Au niveau de l’accessibilité, l’association rappelle la disparition du prêt micro, qui permettait à des étudiants de s’acheter un ordinateur portable et la situation particulière de Poly par rapport aux étudiants étrangers. La majorité des étudiants étrangers de l’École viennent de pays en voie de développement, alors que dans plusieurs universités, la grande majorité vient de pays riches. L’AEP s’attarde aussi à la situation des femmes et à l’accessibilité géographique pour les personnes ayant un handicap. Finalement, l’organisme rappelle l’imputabilité des universités, les subventions de recherche qui ne tiennent pas compte des locaux et du personnel nécessaires ainsi que le fait que l’École n’accuse aucun déficit tandis que d’autres universités en ont fait un qui a été ensuite épongé par le ministère.

L’autre côté de la médaille avec les recteurs

Comme à chaque occasion qu’ils ont de le rappeler, les recteurs ont dénoncé le sous-financement chronique des universités. C’est la meilleure raison pour augmenter les frais afférents ou demander un dégel des frais de scolarité. Selon eux, si rien n’est fait très bientôt pour mettre un terme à cette souffrance, on met en péril 40 ans d’investissements fais par la société québécoise pour se doter d’un système d’éducation à la hauteur de ses ambitions.

Selon monsieur Robert Lacroix, président de la CREPUQ et recteur de l’Université de Montréal, « il est essentiel que les fonds provenant du gouvernement fédéral à ce titre demeurent dans le secteur universitaire et que, une fois que le gouvernement se sera assuré que le programme québécois d’aide financière soit au moins équivalent au programme fédéral, les sommes ainsi dégagées viendront pallier le sous-financement universitaire, et ce pour le meilleur bénéfice de la société québécoise dans son ensemble et des étudiants en particulier, premiers bénéficiaires d’une amélioration de la qualité de leur formation. C’est avec vigilance que toute la communauté universitaire québécoise veillera à ce que ce scénario soit respecté ».

L’idée de l’amélioration du système d’aide financière ramenée par le président de la CREPUQ n’est pas surprenante : cela soutient l’idée d’augmentation des frais de scolarité que la conférence des recteurs ne s’est pas gênée pour proposer, sous plusieurs formes. Une façon de faire serait d’amener les frais de scolarité des étudiants québécois à la moyenne canadienne (soit de 1668$ à 4025$) ou d’ajuster les droits par rapport au programme. Selon cette seconde méthode les frais seraient de 1722 $ par an aux étudiants en lettres et 5618 $ par an aux étudiants en médecine vétérinaire, par exemple. On peut aisément imaginer que les frais pour les ingénieurs ne seraient pas les plus bas… Les recteurs ont tout de même proposé de retrancher le montant manquant pour le financement des universités aux baisses d’impôts, tout comme la FEUQ.

Et le ministre dans tout cela ?

Le ministre de l’Éducation, Pierre Reid, a reconnu le manque de financement des universités et qu’il fallait régler le problème. Il faut se rappeler que Monsieur Reid a été recteur de l’université de Sherbrooke de 1993 à 2001 ainsi que président de la CREPUQ de 1995 à 1997. Le problème des universités, il le connaît bien. Le ministre a réaffirmé qu’il n’était pas question de revoir le gel des frais de scolarité pour l’instant. Il a par contre questionné la viabilité de cette mesure à long terme. Maintenant, toutes les cartes sont sur la table. Les députés ainsi que le ministre auront des recommandations à faire. On verra alors ce qu’il adviendra du financement universitaire québécois.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.