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En amont de l’accessibilité, un choix de société

J’irai droit au but : à bien des niveaux, dans une société capitaliste, le seul garde fou contre la création d’une élite inaccessible de facto et sélectionnée sur l’argent, n’est-elle pas l’égalité des chances ? Et je dirais même l’égalité des chances dans les faits… pas seulement dans les principes. S’il suffisait d’une constitution pour garantir la transposition des principes dans les faits, nous pourrions faire l’économie d’une classe politique nombreuse.

L’homme est ainsi fait que pour l’intérêt de tous, il faut la représentation de tous. Et c’est pour cela que le grand mot des dernières semaines, « l’accessibilité aux études universitaires » m’irrite quelque peu. Alors que le gouvernement lance une consultation publique sur la question des universités (voir l’article en page 5 de cette édition), il serait bon de nous demander : que visons-nous dans cette demande d’accessibilité ?

Le terme d’accessibilité a trop tendance à devenir synonyme de capacité à subvenir à tous les frais de scolarité. Or, l’accessibilité, dans le sens premier du mot, n’est que le droit d’accéder. Civiquement, on parle d’accessibilité de chacun aux responsabilités publiques, non pas pour évoquer que chacun puisse avoir le budget de campagne d’un candidat à la présidence des États-Unis, mais bien pour signifier que quiconque peut postuler aux fonctions de l’État. Et l’accessibilité à l’Université comme à la fonction publique pose le même problème : comment s’assurer dans les faits que chaque être qui en a la volonté et la compétence puisse accéder. Alors, n’est-ce juste qu’une pinaillerie de vocabulaire, ou une distinction plus fondamentale, que de préférer « un gouvernement garant de l’égalité des chances dans l’accès aux études supérieures » à « un engagement du gouvernement pour maintenir l’accessibilité aux Universités » ? Je ne vote pas seulement pour que tout le monde puisse s’offrir des études, mais pour que l’on assure globalement les chances de chacun, s’il le souahaite, de voir s’ouvrir les portes de l’Université. Question plus encore sociale que financière.

Le débat va donc plus loin que celui des capacités financières des étudiants. D’autant que tout le monde comprend que c’est une mission fondamentale de l’État que d’assurer la formation de sa population. C’est même plus que cela, c’est un investissement, voire une assurance vie dans le cas des études universitaires, pour maintenir sa compétitivité dans une économie qui vire de plus en plus à une économie du savoir. Que l’État se désengage du financement des universités (ou laisse dériver les coûts), c’est proclamer au moins deux thèses.

Premièrement, que l’égalité des chances dans l’accès aux études est suffisante pour que l’État n’ait pas à aider les citoyens dans cette démarche. Et vu le budget des universités, c’est un calcul fumeux qui signifierait de but en blanc que l’Université serait un luxe plus rare que l’utilisation d’eau de Perrier dans un jacuzzi.

Deuxièmement, qu’il n’est pas de la responsabilité des citoyens en général de participer à la formation des gradués. En oubliant, que sans eux, comme sans beaucoup des diplômés d’autres formations académiques, le pays court à une ruine certaine en quelques années. Et donc augmenter les difficultés financières d’accessibilité aux universités met en péril le futur économique du pays entier. Thèse d’autant plus bancale que la rentabilité de l’investissement dans les universitaires n’est pas un mirage.

Dernier poids dans la balance, mais d’importance. On considère souvent, en tant qu’étudiant, ou même légalement, que l’éducation qui nous est fournie n’est pas un service public, mais le résultat d’un contrat avec obligation de résultat entre un professionnel (l’école), et son client, l’étudiant. Quelle promptitude à mettre cela en avant quand il s’agit de dire qu’un cours est mal donné ou que les conditions ne sont pas acceptables. Mais d’un autre côté, nous sommes tout aussi prompts à demander à l’État de considérer l’éducation en partie comme un service qu’il peut financer, une de ses missions. L’État, lui, doit-il financer des entreprises dont les stratégies de croissance consistent à empocher le plus d’argent subventionné possible ; sur le dos de chargés de cours qui font face à des classes de 80 personnes au tronc commun ?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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