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Séduire, mais à quel prix ?

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Un stylo à l'effigie de Polytechnique Montréal

Attirer et retenir des étudiants: un enjeu vital pour tout établissement d’enseignement supérieur. Les manières d’y arriver sont multiples; certaines sont brillantes, d’autres le sont moins. Dans cette dernière catégorie, mentionnons ces accessoires promotionnels inutiles à l’empreinte environnementale douteuse distribués comme le sont les journaux dans le métro; tu n’as rien demandé, et pourtant te voilà alourdi d’un porte-clef, de pamphlets, de crayons à l’effigie de l’école et probablement de quelque autre babiole loin d’être nécessaire…

Moi, c’est exactement ainsi que cela s’est passé quand je suis arrivé au cégep pour les portes-ouvertes. N’ayant pas amené de sac, j’ai, en plus, été contraint de trimballer tous mes nouveaux «cadeaux» dans mes mains; pas très agréable. Dans quel but mon cégep distribue-t-il ces accessoires? Est-ce que j’ai fréquenté ce cégep-là grâce aux babioles qu’on m’a données? Non. Pareil pour ma rentrée à Polytechnique, il y a de cela quelques semaines, où on m’a, encore une fois, remis des pamphlets, un crayon, un collier, un sac en plastique réutilisable et qui sait quel autre item dont je ne me servirai jamais plus. Une opération séduction qui, au final, n’est que problématique pour tout le monde. À mon école secondaire, on était environ 200 nouveaux élèves. Au cégep, probablement autour de 1000, sinon plus. À Poly, on doit être autour de deux à trois milles nouveaux élèves. Ça fait combien de colliers, de sacs recyclables, de crayons et de pamphlets, pour le fun ?

UNE QUESTION D’ARGENT

La question du financement des écoles en est une qui vaut la peine d’être abordée, ne serait-ce que pour comprendre ce que je crois être la motivation principale des divers établissements dans leur quête d’étudiants. Comment fonctionne ce financement? La Politique sur le financement des universités, émise par le gouvernement Couillard l’an dernier (mai 2018), stipule que les subventions gouvernementales octroyées aux universités sont en partie basées sur l’effectif étudiant. En français, il s’agit du nombre d’élèves par programme et par cycle d’étude. La Politique prévoit aussi des subventions pour les étudiants internationaux et, sachant que ces derniers paient davantage en droits de scolarité (à la discrétion de l’université dans le domaine du génie), il est encore plus avantageux pour les universités de capter leur intérêt. Que les étudiants soient internationaux ou non, il est non seulement important de les attirer, mais aussi de les garder, d’où cette tentative maladroite de créer un sentiment d’appartenance en distribuant tout plein d’articles promotionnels variés.

© Polytechnique Montréal

 

EMPREINTE ENVIRONNEMENTALE

Bien qu’on ait établi que les universités bénéficient d’attirer et de retenir les étudiants, est-ce que la distribution de tous ces accessoires Made in China est vraiment nécessaire? Penses-y. Des sacs recyclables, c’est bien beau, mais qui en a besoin d’une tonne? Si tu es comme moi et que le stylo avec lequel tu écris t’importe, tu n’utiliseras pas le crayon cheap qu’on t’a remis, pas plus que le petit livret qui ne vaut pas un bon vieux cahier canada. «Mais le livret est recyclable, c’est du papier!» Peut-être. En même temps, s’il n’est pas demandé, alors le fabriquer est illogique sachant que seulement 65% de ce qui peut être recyclé, au Québec, l’est vraiment. Au final, ce sont des milliers de sacs en plastiques recyclables qui dorment au fond d’une armoire, des milliers de crayons qui finissent jetés ou oubliés au fond d’un étui, des milliers de carnets qui voient seulement leurs deux premières pages être utilisées et des milliers de porte-clefs qui finissent dans des boîtes. L’idée, ce serait d’arrêter de remplir des conteneurs qu’on envoie aux Philippines, un geste à la fois. Au fond, qui a vraiment besoin de plus d’un porte-clefs (ou disons deux, même trois)?

ALTERNATIVES

C’est bien beau critiquer le système, mais une critique ne serait pas critique sans proposer d’alternatives! Comment développer un sentiment d’appartenance, comment attirer les étudiants vers son institution sans les envahir de babioles peu, voire aucunement utiles? Il faut dire que Polytechnique en fait déjà beaucoup : le choix astronomique de comités, de sociétés techniques et de clubs contribue grandement à l’intégration des étudiants. Après tout, représenter son école est une grande fierté et un moyen de rencontrer des nouvelles personnes, points d’attache importants pour créer ce sentiment d’appartenance. Les intégrations, au fond, constituent aussi une opportunité de se tremper les pieds dans la vie étudiante à Polytechnique. Pour attirer les étudiants, là, je crois que fournir la nourriture, présenter des vidéos et faire des visites guidées suffit amplement. Cela dit, présenter des activités en temps réel est encore plus intéressant pour un futur étudiant que de regarder sur écran une réalisation passée. Je prends Poly en exemple, mais c’est probablement comme ça partout : on m’a présenté les différents locaux, les différents projets intégrateurs, mais on ne laisse pas les futurs étudiants toucher et expérimenter. Je reconnais que cela demanderait une organisation plus poussée que de distribuer des sacs en plastiques recyclables, mais n’est-il pas plus convainquant de tester un jeu vidéo développé par des étudiants que d’en entendre parler via une vidéo promotionnelle? Ne serait-il pas mieux de pouvoir voir des lasers en action, actionner une prothèse, bref, voir le concret dans la réalité. Il me semble que c’est bien plus parlant qu’une vidéo! La foire aux comités compense ce manque à Poly, mais il serait intéressant de voir si c’est le cas dans les autres établissements d’enseignement. Quant aux pamphlets, en 2019, les présentations PowerPoint et les ressources en ligne devraient les avoir remplacés depuis longtemps. Enfin, je doute sérieusement que les babioles qu’on nous donne influencent réellement notre choix d’établissement d’enseignement, qu’elles sont donc superflues : on pourrait et on devrait s’en passer, ne serait-ce que d’un point de vue environnemental.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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