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Faire un sens du bruit

Première neige, présentée au théâtre des Quat’sous du 26 février au 23 mars 2019 est une pièce une coproduction du PÀP, d’Hôtel-Motel et du National Theatre of Scotland.

 

Le récit

Malgré cette panoplie de créateurs venant des deux bouts de l’Atlantique, un seul message les unit tous; l’indépendance. Le Québec et l’Écosse, deux histoires différentes, mais au passé fort similaire. Que ce soit sur le territoire québécois ou en sol écossais, les rêves d’indépendance n’ont finalement pu voir le jour en 1995 et en 2014 respectivement. Aux yeux de beaucoup, l’amertume est probablement ce qui subside le plus en bouche une fois l’abcès crevé et la défaite inéluctable. La pièce met d’ailleurs en valeur ce sentiment autour de deux fortes images implicites que représentent le corbeau et la maladie d’Alzheimer. D’un côté, le corbeau présent tout au long de la pièce semble apporter avec lui la perte de l’espoir, la mort d’idées et de rêves qui faisaient autrefois vibrer la nation. De l’autre côté, la maladie d’Alzheimer, dont la protagoniste est atteinte et qui motive la réunion de famille par rapport à la vente de la propriété ancestrale et à la séparation des biens, est intrinsèquement associée à l’oubli. L’oubli de combats, l’oubli d’une histoire, l’oubli de la liberté. Et comme toujours, lorsqu’on parle d’indépendance, ce sujet encore aujourd’hui tabou et qui suscite à la fois tellement de vives réactions, témoignant ainsi de sa nature quasi vitale, on parle nécessairement de conflits. Les “pour” et les “contre” de ce monde s’affrontent au même titre que “Français” et “Anglais” d’une époque révolue. On est mis en plein milieu de scènes emplies de dualités et c’est au spectateur de faire un sens de tout ce bruit.

 

Mise en scène

Au niveau mise en scène, un décor plutôt minimaliste composé d’une table, de chaises et d’un vieux piano droit. L’éclairage donne plutôt l’impression d’une taverne que d’une maison familiale, mais le tout demeure assez sobre. La dizaine de personnages et d’interprètes restent tous sur la scène et s’assoient sur des chaises disposées sur les côtés latéraux de la scène lorsque leur tour de parole n’est pas venu. Fait fort intéressant, la présence de deux traductrices de la langue des signes québécoise ajoutant un certain dynamisme à la pièce tout en s’assurant de rester dans l’ombre du personnage dont elle traduisait les paroles. Le texte est également bilingue, une traduction affichée était à la disposition des spectateurs maîtrisant moins bien l’anglais, mais les bilingues se sont vus fort réjouis de cet aspect plus immersif et naturel rappelant davantage les discussions courantes montréalaises. Parlant d’immersion, les acteurs ont souvent brisé le quatrième mur soit en intervenant directement par des remarques dirigées aux spectateurs soit par des répliques permettant aux acteurs de se dissocier de leur personnage et de faire montre de parfaite transparence, ajoutant ainsi un aspect plus personnel et parfois humoristique à la pièce.

 




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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