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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Agriculture de masse

Ni vu ni connu, nos champs se sont remplis.

Pas de ces plants indigènes de toujours, qui ont fructifié comme à chaque an, mais devant lesquels on a graduellement levé le nez.

Plutôt de ces plants importés. Producteurs. Multiplicateurs. Facilitateurs.

Monoculture.

On va tuer la Terre, à lui vampiriser les mêmes nutriments partout.

On va affaiblir l’Homme, à le gaver de la même matière partout.

Pas de variété, pas de force. Pourquoi accepter la monoculture?

Est-ce une mode? Sommes-nous des consommateurs impressionnables? Ont-ils trouvé la réponse universelle, avec leur glorieuse tomate grosse comme un melon à qui on déroule le tapis rouge jusque dans toutes nos salles d’exposition? Ah! La voici, la plus belle, celle qu’on attendait comme le Messie, celle qui a été annoncée en grande pompe. Tout le monde veut la palper, l’apprécier, la critiquer, en parler. Produit convenu, elle n’appartient à personne, mais elle appartient à tout le monde. Elle plaît à tous; on la met à toutes les sauces. Elle prend toute la place, mais elle la mérite, n’est-ce pas?

Facilité. Efficacité. Blé.

 

Ça ne va pas faire tourner le monde, le carburant unique, l’unique machine nourricière. Aussi commode soit-elle, ça veut dire qu’on va avoir la même affaire dans nos tripes, dans notre tête. Plus de courbe ou de virage surprenant, de volte-face qui décape. Juste une translation longue et unidirectionnelle, peut-être parsemée de quelques fulgurances qu’on acclamera faute de mieux.

Les petits producteurs ont un savoir-faire qu’on ne veut pas perdre, qu’on ne peut pas se permettre de perdre. C’est crucial à notre santé, sans ça on va s’étouffer à les asphyxier. Achetons-en, des petites tomates sauvages des champs, de nos champs, même si elles ne sont pas vendues quinze fois par semaine par tous les distributeurs, contrairement à leur calibrée cousine d’importation. Achetons-en, des petites tomates sauvages des champs, de nos champs, même si nos amis et voisins ne jurent que par la charnue diva. Des vertes, des pas mûres, des difformes, il y en aura. Mais il y aura parfois la plus savoureuse des tomates qui sera dans le lot, celle à côté de laquelle on ne veut pas passer parce qu’elle fera vibrer notre être d’émotion juste et intime. Fierté d’être enfant de notre terre.

L’exportation de nos cultures nous permet d’avoir une voix, un impact. Nos nutriments dans l’estomac collectif imaginaire, notre grain de sel qui sublimera chaque bouchée. Qu’arrivera-t-il si on continue à laisser la fadeur envahir notre paysage culturel?

L’extinction de nos producteurs par l’agriculture de masse.

Combien ça va nous prendre de temps avant de redécouvrir nos graines locales, nos jeunes pousses, nos céréales ancestrales, de se rendre compte qu’il est trop tard et que notre or en herbe, seule une minorité trouve ça encore de son goût? Parce que si on ne lui laisse pas d’espace pour pousser, aucun désir ne va s’implanter. On ne va plus y penser que comme ce truc bon pour la santé que nos parents nous forçaient à avaler parce qu’ils avaient grandi avec. La nostalgie n’est pas toujours héréditaire.

Est-ce qu’on sera capable de replanter nos propres cultures sur notre propre terre?

Est-ce que je serai capable de replanter ma propre culture dans ma propre tête?

En plus, les trois quarts du temps, elle goûte vraiment fade, la grosse tomate.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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