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Oubliés par l’amour

Chaque année, malgré les plaintes constantes comme quoi la fête est devenue trop commerciale, la St-Valentin fait ressortir le côté romantique de plusieurs qui n’osent pas faire jouer leur corde sensible pendant l’année. Dans ces semaines de février, alors que le froid et la neige couvrent la province, les gens parlent d’amour. Pourquoi ne pas aussi en profiter pour parler d’amitié?

C’est un soir de janvier, pas que ça ait une quelconque importance. Ça aurait pu être n’importe quand, n’étant ni la première ni la dernière fois que je me retrouvais là à cette heure. Dehors, le froid est mordant, ce qui rend le chemin et l’habitacle familiers d’autant plus réconfortants. La route est si droite qu’elle semble avoir été prise en étau entre les champs qui la bordent de part et d’autre, menaçant de la faire disparaître. Le vent souffle perpendiculairement à la route, faisant tourbillonner des langues de neige poudreuse à travers la chaussée, traînées de flocons éphémères auxquelles la faible lueur de la Lune donne un éclat fantomatique. Au milieu de ce paysage désertique, le silence règne, troublé uniquement par le ronronnement du moteur. Si ce n’était pas du feu rouge clignotant loin devant, marquant le chemin à suivre, on pourrait se croire imprimé dans un souvenir d’hiver, gelé dans le temps. Mais, peu à peu, la lumière diffuse des lettrages des bâtiments de la lisière de la ville se rapproche et me sort de ma rêverie, seulement pour me projeter ailleurs.

L’écran affiche 8 minutes – comme à chaque fois que j’ai à prendre la ligne bleue hors des heures de pointe. Légèrement nerveux, je jette un coup d’œil à ma montre, seulement pour me rendre compte que je porte une de celles qui sont illisibles (je sais, acheter des montres qui prennent un microscope électronique et un guide de l’utilisateur pour être lues de façon précise n’est peut-être pas la meilleure idée du siècle). Sans me laisser abattre, je sors mon téléphone de ma poche et appuie sur le bouton d’alimentation. L’appareil vibre à la vie et affiche 12:30 AM. Un calcul rapide m’informe qu’attraper le dernier bus est toujours un objectif atteignable si les astres veulent bien, pour une fois, s’aligner. Après une attente qui paraît interminable, la rame de métro s’immobilise enfin devant moi. Je chancelle légèrement en traversant les portes. La course à la montre est lancée. Je m’assois – gracieusement – sur un des multiples sièges laissés à l’abandon. Mon téléphone vibre encore une fois. J’ai juste le temps de lire les quelques messages et photos qui y défilent, m’arrachant un sourire avant que l’écran vire au noir : la batterie est évidemment à plat. Quelle surprise! Je m’enfonce un écouteur dans les oreilles et sort mon iPod. Heureusement que j’ai plus d’un tour dans mon sac. Cette fois, alors que je m’assoupis dans mon siège, c’est la musique qui lance la machine à souvenirs confortablement logée entre mes deux oreilles.

Je m’élance sur le matelas, bien déterminé à atteindre cette prise récalcitrante. Toute mon attention est concentrée sur cette prise colorée et rugueuse. Je saute. Ou plutôt j’essaie de sauter et je fracasse mon tibia sur une autre prise, celle-là un peu trop collaborative à mon goût. Je me relève rapidement et paf! Cette fois c’est ma tête qui entre en collision avec une poutre de bois qui, même si elle semble issue d’une épave du siècle dernier, est encore plus résistante à l’impact que mon crâne. Étourdi, je m’assois sur une chaise. Celle-ci n’est pas la plus confortable, mais, heureusement, j’ai une corde dans mon sac ce jour-là (ce qui aide à se divertir). Autant dire que le cours de chimie aurait été autrement plus long et pénible sans celle-ci. D’ailleurs, peut-être devrais-je toujours garder une corde avec moi. Elle pourrait être utile pour explorer en toute sécurité les sommets de Montréal, sous la lumière des étoiles… bien qu’elle ne soit pas très utile pour pagayer sur un lac plus lisse qu’un miroir, sous un soleil brûlant de juillet.

Essoufflé, je scanne ma carte OPUS et lance une salutation fatiguée au chauffeur. Une vingtaine de minutes plus tard, j’arrive devant chez moi. La lumière de la dinette est allumée et malgré l’heure tardive, la porte est encore débarrée, comme si la maison n’attendait que mon retour pour, elle aussi, se laisser emporter par les douces caresses de Morphée.

À tous les lecteurs.trices qui sont rendus à ce point-ci de leur lecture et qui sont légèrement confus par les derniers paragraphes, je vous demande maintenant de vous arrêter un instant et de remplacer ces fragments d’anecdotes personnelles par vos propres souvenirs, ceux que les années d’aventures avec vos plus chers amis ont transformés, je l’espère, en fresques inestimables. Si vous réussissez, alors peut-être que les lignes que j’ai écrites commenceront, sous la plume de votre imagination, à prendre un sens.

J’ai vingt et un ans, ce qui est encore bien jeune pour réfléchir au passé. Cependant, malgré l’incertitude et les années qui sont à venir devant, cette soirée de janvier m’a fait penser au chemin parcouru qui serpente déjà derrière moi, à la chance incroyable que j’ai eue jusqu’à présent, celle d’avoir des amis sur lesquels je peux compter, des amis qui, du moment où ils ont fait irruption dans ma vie, ont toujours été là pour moi et le seront, j’ai l’impression, toujours. Écrivains et poètes parlent souvent d’amour, rarement d’amitié, et ce alors que si l’amour est une chute rugissante, majestueuse, violente et imprévisible, l’amitié est un océan tranquille, aux innombrables richesses inexplorées, tout aussi grandioses. Aujourd’hui, je veux prendre le temps de dire merci à ces amis aux côtés desquels la vie est tellement plus facile à naviguer. Je ne crois pas avoir besoin de nommer vos noms, vous savez qui vous êtes. Grâce à vous, je sais que même si le futur peut parfois faire peur, il ne sera jamais sombre. À l’instant où vous lisez ces lignes, je suis peut-être à l’autre bout du monde, peut-être n’ai-je pas pu vous parler depuis un moment, mais sachez que peu importe la distance, je penses à vous et vous gardez votre place dans mon cœur.

Dans nos vies au rythme parfois effréné, il est si facile de les oublier, de les reléguer à une époque révolue, au fameux « bon vieux temps ». Mais le bon temps n’a pas besoin d’être vieux. Prenez le temps pour eux aujourd’hui et ils prendront le temps pour vous. C’est avec les années que les plus belles choses se forgent et après tous les efforts que l’on peut mettre dans chacune de ces relations privilégiées, par pitié, ne les laissez pas tomber en ruine. Parce qu’à chaque fois que l’une d’elles disparaît en poussière, c’est une petite partie de vous qui, elle aussi, disparaît sans un mot.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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