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Hymne à l’hymen : La farce féminine

En cette semaine de la diversité, on célèbre notre intérêt commun pour les schémas blocs, l’approximation de mathématiques et les tests mitaines. On célèbre le partage de cet intérêt commun, au travers toutes les minorités possibles et imaginables – en génie, on pourrait englober toutes ces minorités en créant une catégorie qui exclut seulement l’homme indien. Je ne peux parler pour toutes ces minorités, sauf celle de la femme – et l’intérêt qu’a la diversité.

Pourquoi la diversité? On a la mauvaise habitude de réduire la discussion sur la diversité à une statistique sur la majorité blanche ou mâle de tel ou tel groupe exclusif. Pendant longtemps, c’était partiellement parce que ces groupes étaient légalement inaccessibles, et si leur composition ne changeait pas, c’était dû à l’inégalité des droits chez les minorités. Lorsqu’ils ont été gagnés, la composition ne changeait pas nécessairement, dû au sabotage de ces droits par la discrimination. Mais ce n’est plus le cas – du moins chez les femmes au Québec. C’est plutôt devenu une question d’influencer les goûts des jeunes filles que l’on digne trop peureuses d’étudier en génie.

La campagne féministe manque sa cible. Mais la clé à son succès se trouve dans la nuance qui fait l’importance de la diversité. Célébrer la diversité génitale ne sert pas à grand monde, et il n’y a plus aucun doute que les femmes peuvent réussir en génie. Il faut s’attarder sur en quoi la diversité est serviable – la réponse dépend de ce que l’on cherche à inclure. Dans le cas des femmes en génie, il y a des problèmes qui semblent être de source typiquement masculine qui pourraient être réglés par la féminité – et je n’entends pas par ceci des femmes-femelles, mais par les traits féminins.

wikimedia commons

La fffffemme, homme.

Évidemment, les traits féminins sont majoritairement portés par les femmes – mais ce n’est pas un absolu, ni représentatif de leur distribution. Nous avons tous des degrés variants de traits féminins ou masculins, et pour rendre la distribution encore plus vague : nos comportements changent selon notre environnement immédiat. On le voit dans les familles monoparentales, on l’a vu, quand les femmes ont adopté le rôle typique des hommes, en travaillant en masse pendant la 2e guerre mondiale. On l’a même vu en HPR – le besoin d’un groupe amène un processus d’adaptation chez ses membres pour le combler. Mais je crois qu’il y a un avantage à avoir des femmes féminines et des hommes masculins – tant que ce soit volontaire. Cet avantage provient des défis partagés causés par nos traits biologiques communs.

Notre bagage charnel.

C’est de profiter de nos conditions initiales biologiques – la biologie que l’on cherche beaucoup à taire, surtout en parlant de diversité. J’ai souvent eu l’impression en entendant le discours pour encourager les femmes à rejoindre le génie, que l’on cherche seulement à démontrer une ouverture d’esprit avec des statistiques sur la composition du groupe, mais qu’elles sont un peu insignifiantes sur son état réel. On dit aux femmes de rejoindre le génie et implicitement, de taire leur féminité. « Concentrez-vous sur votre carrière et la technologie plutôt que sur les gens. Devenez PDG d’une compagnie. » Nous sommes valorisées, tant que nous pouvons suivre le même parcours que les hommes. On retrouve le même discours en poussant les femmes à rejoindre les échelons supérieurs d’une compagnie. Vous êtes capables les filles, de dévaloriser votre famille et vos enfants pour compétitionner professionnellement avec les hommes! Woohoo!

Cette description est peut-être un peu acerbe, je l’admets. Lorsque l’on discute de diversité, on utilise les critères d’évaluation masculins – que les hommes utilisent entre hommes – pour se juger entre femmes.

Devenir haut placé dans une compagnie c’est souvent pour le status, ou l’argent. On se trouve dans une situation où on peut rationaliser la décision de faire élever ses enfants par autrui comme étant « stratégique ». Pourquoi abandonner l’immense source d’amour qu’est notre famille, nos amis, pour se soumettre à la merci d’une machine à profit? On glamourise ces postes, peut-être pour les êtres impressionnants qui y accèdent. Mais ne se cachons pas la dure vérité de ces jobs – ils nécessitent que tout aspect de la vie, outre le boulot prenne le siège arrière.

La souche du problème réside ailleurs que dans la conversion des femmes. On voudrait les transformer elles aussi en membres hyper-productives de la société. On le sait que notre société excelle en hyper-productivité, n’est-il pas venu le temps de régler d’autres problèmes? Comme la solitude, le suicide, l’isolement? Ce sont d’ailleurs des enjeux qu’on retrouve en moyenne plus souvent chez les hommes que les femmes, ne serait-ce pas des enjeux qui touchent en particulier les gens de carrière exceptionnellement réussie? Ces sentiments qui nous hante tous parfois, peut-être sont-ils symptomes de l’absence de féminité dans nos vies.

Le problème c’est qu’on utilise des statistiques pour justifier que notre campagne féministe encourage les femmes à avoir des boulots qui ne mènent pas à une bonne qualité de vie. On utilise des statistiques pour dire aux femmes de rejoindre les rangs des hommes, alors que la raison de l’absence des femmes n’est pas nécessairement dûe à une erreur féminine, mais peut-être une erreur masculine.

Est-ce que 40 ans passés à travailler à temps plein ça gruge sur le mental? Il me semble que ces temps-ci, même dans la vingtaine, il y a une épidémie de crises existentielles. Est-ce que ton boulot viendra te tenir compagnie sur ton lit de mort? J’espère pour toi. Ces problèmes profonds – notre soumission à la pression sociale, on en parle un petit peu quand il y a une campagne publicitaire sur la santé mentale. Mais ce n’est pas une charge de travail diminuée qui va régler les problèmes existentiels d’étudiants qui ne sont peut-être pas à leur place. Peut-être que le soulagement viendra s’ils se posent la question – est-ce que je veux vraiment être là? Est-ce que je suis prêt à faire des sacrifices pour cette réussite?

Si ça se trouve, les problèmes de santé mentale se multiplient parce que la réussite n’en vaut pas le sacrifice. Mais on cherche pourtant à pousser d’énormes tranches du peuple à faire ces sacrifices sans leur demander si c’est ce qu’ils veulent vraiment. On leur dit que plus leur sacrifice est grand, plus ils seront hot. Mais personne ne sait vraiment ce qu’ils en gagnent.

La ffffemme, génie.

C’est là où un trait typiquement féminin devient très, très utile – la compassion. Envers les autres, mais surtout envers soi-même. La pression énorme et soudaine pour que les femmes aillent en génie est un message très masculin : « fais ton devoir pour la société » dit-on. Le message féminin est un appel plutôt au soin, à la tendresse. Le message d’aujourd’hui omet la personne à l’intérieur de la statistique. Ça dépend évidemment de la méthode – le camp de jour Folie-Technique est une excellente manière d’exposer les filles au génie sans pression. Mais faire de la pression auprès des jeunes filles pour qu’elles rejoignent une carrière ou une autre, il me semble que c’est exactement ce problème qu’on essayait de régler au départ.

Ironiquement, et peut-être accidentellement, on pourrait réinsérer la féminité dans les sphères de la société peuplées majoritairement par les hommes, en augmentant seulement le nombre de femmes. Avec des traits comme la compassion et le consensus (il suffit de regarder la politique occidentale pour voir comment la valorisation du consensus pourrait nous aider), peut-être la carrière peut prendre une tournure plus personnalisée pour tous. Mais cet impact voulu ne pourra voir le jour si on ne valorise jamais la féminité de la femme ou même de l’homme, cette source de diversité.

C’est donc en cette semaine de diversité que je vous dis, écoutez-vous avant d’écouter une campagne publicitaire. Cultivez votre féminité, votre culture, votre masculinité, votre ambiguïté, votre sens de l’humour, mais surtout ne vous contentez pas de faire ou de penser ce que l’on attend de vous. C’est ça, la diversité.

 

Post-scriptum : ironiquement, si vous m’écoutez trop vous ne vous écoutez pas non plus. Vous pouvez m’envoyer chier à : anne.cameron, polymtl.ca . Vive la diversité.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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