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Terre des hommes

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Vue panoramique du sommet.

Vestige de l’Exposition Universelle de Montréal, un complexe bétonné à l’architecture singulière attire l’œil de tout visiteur attentif du Vieux-Port. Empreint de mystère, Habitat 67 demeure tapi dans l’isolation et la tranquillité que procure la pointe de la Cité du Havre. Par chance, en automne dernier, j’ai eu l’opportunité de visiter ces appartements uniques au monde. Je vous détaille donc mon aventure au creux de cette jungle de ciment.

Alors qu’une pluie torrentielle s’abat sur l’île, ma famille et moi courrons pour nos vies à partir du stationnement jusqu’au point de rencontre établi, nos parapluies offrant peu de protection contre le déluge. Un guide recouvert d’un imperméable jaune banane nous accoste brièvement pour nous diriger dans le ventre de la bête. De loin, les multiples façades recouvertes de béton donnent à Habitat 67 une allure imposante, froide, presque délabrée. En pénétrant dans l’enceinte, une toute autre scène se révèle : un long passage parcourt l’entièreté des trois sous-ensembles de blocs, tronc commun à tous les appartements. D’autant plus que le soleil se découvre enfin, le contraste entre l’immuabilité du sentier cimenté et la vie que dégage les jardins en bordure de celui-ci est frappant.

Le temps de s’émerveiller un peu, tous les visiteurs sont arrivés. Tourist mode activated. Les premiers segments que nous présente la guide sont sans aucun doute les plus impressionnants. Dans les années 60, un jeune étudiant de l’Université McGill, pas plus âgé que vous et moi, aura décidé de proposer son projet de thèse comme pavillon de l’Exposition Universelle de Montréal. 52 ans plus tard, le travail de Moshe Safdie se dresse toujours fièrement, bordé par les flots du Saint-Laurent. Dans mon cas, le plus grand de mes exploits d’ici mes 23 ans aura probablement été de faire une lasagne entièrement par moi-même, tristement.

Suivant le thème de l’Expo 67, Terre des Hommes, Safdie cherche à représenter les liaisons que l’on trouve en communauté. Il veut qu’Habitat 67 ait une densité tout autant acceptable que n’importe quel bloc appartement tout en procurant le confort d’un quartier de banlieue : jardins communautaires, longs passages piétonniers, habitations multiétagées, services publics accessibles et disponibles. Plusieurs éléments architecturaux ont d’ailleurs été inclus afin de favoriser le contact entre les résidents. Il est quasi impossible de sortir de chez soi sans rencontrer un voisin dans les dédales de corridors, d’escaliers et d’ascenseurs à parcourir pour sortir. Introverts, beware.

Je me doute que vous brûlez d’envie à savoir la réponse à cette question : « Comment ça tient deboutte, c’te patente-là?! » Et franchement, c’est plus simple qu’on le pense. La construction d’Habitat 67 est assez semblable à un empilement de blocs LEGO – d’ailleurs, c’est ainsi que les premiers modèles ont été réalisés. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, tous les blocs sont identiques, mais sont arrangés de multiples façons de manière à former des logements de tailles et formats différents. Lors de la construction, une usine a même été établie dans la Cité du Havre afin de mouler le béton et installer les différents composants dans les murs : fils électriques, plomberie, fenêtres, etc. Les structures monolithiques pesant plusieurs milliers de tonnes, il était assez nécessaire de les assembler à proximité de leur destination.

Enfin, il est temps de monter. On nous entasse en petits groupes dans des ascenseurs pour atteindre le douzième étage, où nous visiterons un appartement bien particulier : non seulement est-il le plus spacieux, mais il a également été le lieu de résidence du commissaire général d’Expo 67, Pierre Dupuy, qui a donné son nom à la rue qui passe le long de la Cité du Havre. Par la suite de l’Exposition, c’est l’architecte qui emménagera dans cette habitation haute perchée, où il demeurera pendant une bonne partie de sa vie. La vue du sommet est éblouissante : à gauche, le Mont-Royal et le centre-ville de Montréal dans toute leur grandeur; à droite, les flots bleus du Saint-Laurent et des surfeurs qui profitent des rapides, avec au loin l’île Sainte-Hélène, la Biosphère et le Casino.

Un à un, on nous fait entrer dans le fameux appartement. Déception; tout est vide, à l’exception des fenêtres qui sont noircies par des éphémères qui y sont tartinées. On a décidé de restaurer l’appartement à son état original, ce qui est décidément plus pratique pour en faire des visites guidées. Éventuellement, on planifie en faire un musée dédié à l’Exposition Universelle. À première vue, le minimalisme des pièces est frappant : tout est encastré dans les murs et les planchers, pas de système de climatisation ou de chauffage visible, ce qui donne place à des salles étonnamment spacieuses et lumineuses. La pièce de résistance? Étonnamment, la salle de bain : elle est constituée d’un seul morceau de plastique moulé qui regroupe bain, douche et évier, et d’une toilette installée par après. Ça sonne assez cool, sauf quand on réalise que la teinte jaune moutarde pâle que les polymères ont pris avec l’âge sera pour rester à jamais.

Je veux en venir où avec tout ça? En fait, non, je fais pas juste vous raconter ma visite, je vous fais aussi découvrir un peu de notre patrimoine, parce que – petite anecdote – dans quelques entretiens avec des amis, après avoir mentionné que j’écrivais un article sur Habitat 67, j’ai obtenu plusieurs réponses du genre « De quessé? ». Certainement, Habitat 67 n’est pas aussi grandiose que la tour Eiffel, mais ils tiennent ensemble un point commun : les deux ont été construits pour démontrer le génie et l’innovation du pays, de la ville qu’ils habitent. En gros, prochaine fois que vous irez faire un tour dans la grande roue du Vieux-Port, tournez un peu la tête vers la Cité du Havre, ça en vaut la peine.

Mots-clés : Habitat 67 (1)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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