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Code universel

J’ai été inspiré à écrire ce texte par le chef-d’œuvre de Douglas R. Hofstadter, « Gödel, Escher, Bach : an Eternal Golden Braid ». Voici donc l’histoire de 3 livres perdus, de messages codés et des secrets de notre code génétique dans laquelle intelligence, information et signification se mêlent.

Il y a de cela fort, fort longtemps, un homme tomba par hasard sur un grand coffre. À sa surface, aucun indice sur son contenu. Nature humaine oblige, il ne put résister à la tentation et ouvrit le coffre, non sans peine. À l’intérieur, il trouva trois livres, chacun dans une condition impeccable. Le premier était parfaitement vierge, ses pages blanches se succédant sans sembler vouloir révéler le moindre secret. L’ouverture du deuxième fut aussi décevante, le manuscrit mystère n’étant qu’une simple édition d’un conte pour enfant bien connu. Savoir comment ce livre avait bien pu se retrouver là aurait été un mystère intéressant à éclaircir, mais l’homme l’ignora, obnubilé comme il l’était par le caractère extraordinaire du troisième et dernier volume. Sous une couverture de cuir polie par les années, ses pages parcheminées étaient couvertes d’une suite apériodique de ce qui semblait être quatre symboles distincts. À première vue, impossible d’assigner une quelconque signification à cette suite de gribouillis, qui pourraient vouloir dire n’importe quoi. Une carte au trésor? La recette de la pierre philosophale? Sans pouvoir expliquer pourquoi, notre protagoniste avait l’intuition que le livre recelait une signification profonde, unique. N’étant pas du genre à baisser les bras devant le premier signe d’adversité et adorant les énigmes, il retroussa ses manches et se mit au travail. Pendant des jours et des nuits, il s’échina à déchiffrer l’énigme du troisième livre; mais malgré ses efforts, après un certain temps de recherches infructueuses, l’homme dut reconnaître que multiplier les cerveaux serait une idée judicieuse. Il décida donc de partager sa découverte avec deux de ses proches amis. Intrigués par l’histoire, ceux-ci ne mirent pas longtemps à s’atteler à la tâche avec ardeur. Pendant des mois, les nuits silencieuses de leur petit village furent ponctuées par la lumière vacillante de trois chandelles et le frottement incessant de plumes parfois inspirées, parfois découragées, sur des pages froissées.

Par un beau matin d’octobre, le chant du coq réveilla les trois amis, qui s’étaient tous endormis à leur bureau, bien malgré eux. À ce moment précis, sous leurs yeux émerveillés, le code qui les avait privés de sommeil depuis si longtemps se dissipa, laissant la place à un message cristallin, immanquablement évident. Comment avaient-ils pu être si aveugles? Dans l’excitation qui suivit cette révélation aux allures divines, les trois amis se précipitèrent l’un vers l’autre pour partager leur découverte. Lorsqu’ils réalisèrent qu’ils avaient tous craqué le code simultanément, ils éclatèrent d’un rire complice. Mais les réjouissances furent de courte durée : aucun d’entre eux n’avait extirpé le même message du livre cryptique. Convaincus d’une erreur, ils passèrent en revue les algorithmes qu’ils avaient utilisés pour décoder le message. À leur grand désarroi, leur analyse commune ne leur permit pas de trouver de failles flagrantes dans l’une ou l’autre des méthodes utilisées. Toutes étaient des modèles de rigueur et toutes leurs observations pertinentes avaient été soigneusement consignées. Dégoûtés d’avoir investi tant de temps pour un si piètre rendement, les trois amis jetèrent les trois livres dans le lac voisin et rapidement, les oublièrent.

Une vibration sourde réveilla la truite qui dormait paisiblement à quelques mètres sous la surface du lac. Effarouchée par le manque de civisme flagrant des villageois (il était bien tôt pour mener un tel vacarme après tout), elle voulut trouver la source du bruit, histoire d’aller expliquer sa façon de penser aux coupables. Cependant, en voulant remonter vers la surface, elle percuta violemment, les uns après les autres, trois gros blocs en chute libre qui semblaient être parfaitement identiques. Encore de la pollution! C’était de pire en pire ces dernières années. Quelqu’un allait-il un jour dire à ces humains que le lac n’était pas une poubelle? Étourdie par sa mésaventure, la truite en oublia pourquoi elle nageait vers le haut et replongea sans se poser de questions, tout en pestant contre les trois objets indistincts et sans valeur qui poursuivaient paresseusement leur descente vers les bas-fonds.

Une éternité après ces évènements, les trois livres furent découverts par une équipe de construction travaillant sur un nouveau complexe maritime dans le lac en question. D’une nature prudente, les travailleurs envoyèrent les livres sans tarder au laboratoire le plus près pour une analyse approfondie. Des trois livres, deux s’avèrent être des perles rares; le troisième étant mystérieusement parfaitement vierge. Le premier était écrit dans un alphabet cunéiforme inconnu, qui semblait bien plus ancien que ceux répertoriés à ce jour. Déjà, des linguistes de partout à travers le monde salivaient à l’idée de mettre la main sur cette relique des premiers balbutiements du langage. Néanmoins, malgré le caractère unique de cette découverte, la nouvelle fut complètement éclipsée par le deuxième livre. Celui-ci comptait 23 chapitres et dans chacun d’eux, on ne pouvait lire qu’une séquence bien précise de 4 caractères bien connus. D’une ligne à l’autre, on pouvait lire une suite interminable d’A, T, G et C, une suite connue depuis peu sous un autre nom : le code génétique humain. Les relevés de carbone 14 des scientifiques ne permirent pas d’éclaircir le mystère planant sur les origines de l’antique grimoire. Comment était-ce possible?

***

Si l’atome est l’unité fondamentale de toute matière, alors nos cellules sont indéniablement l’unité de base du miracle qu’est la vie. Comme si l’analogie n’était pas déjà assez évidente, dame Nature a doté chacune de nos cellules d’un noyau, dans un reflet épatant des blocs de construction de la réalité. Dans ce noyau est stockée l’information qui fait de nous ce que nous sommes : l’ADN, une autre merveille. Avec ses quatre bases, cette innocente structure chimique hélicoïdale permet de faire la différence entre non seulement la myriade d’espèces à arpenter cette Terre, mais aussi chaque individu. Devant un tel de tour de force, il peut être facile de croire que l’ADN a une signification intrinsèque absolue, et que l’information qu’il contient pourrait toujours en être extraite, d’une manière ou d’une autre : en d’autres mots, qu’il suffirait à une race extraterrestre d’une copie de notre code génétique pour mettre au monde une nouvelle mouture de la race humaine, sans aide de notre part. Bref, que le sens qui imbue cette séquence codée particulière est universel. Mais est-ce vraiment le cas? Quelle quantité d’information est réellement contenue dans les brins d’ADN, et quelle quantité est distribuée dans le contexte chimique et la structure cellulaire en elle-même, ou même encore le contexte scientifique et culturel de l’époque où l’on vit? Une source d’information a-t-elle un seuil critique, une limite ou une qualité particulière qui, lorsque atteinte, fait en sorte que n’importe quelle intelligence peut en extirper un sens unique? Ou bien alors le sens que l’on donne à quelque chose est-il toujours dépendant d’une autre, et repose sur un édifice invisible de compétences cachées, de codes déchiffrés et de suppositions fermement ancrées dans la réalité humaine?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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