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Chronique du sous-continent : Chapitre 2 – Masala & cricket

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Familles indiennes se prélassant en bord de mer © Laurent Montreuil

En mai dernier, dans le cadre de la mission 2018 de Poly-Monde, j’ai eu l’occasion de me rendre en Inde pour 3 semaines. Ce voyage un peu atypique promettait sa dose d’images, d’épices, de chaleur et d’histoires, et comme prévu, nous avons été servis. Aller en Inde déboulonne certains mythes sur ce pays à la culture si riche, et j’essaierai de vous les partager dans les prochaines éditions du Polyscope.

Quoi de mieux, par un 35 degrés à l’ombre, qu’un bon thé chaud? « Oui, mais les breuvages chauds aident le corps à se tempérer, c’est même mieux que de boire des liquides froids! » Non. Juste non. Je sais pas trop qui a inventé ce concept, mais il essayait de se faire croire des choses pas possibles.

Ça n’enlève toutefois rien à la délicieuse odeur du masala chaï, thé traditionnel indien aux arômes de cardamome, de cannelle, de clou de girofle et de poivre noir. Peut-être pas le breuvage de choix sous le soleil, mais certainement réconfortant en soirée quand l’air se refroidit (un peu). Servi cérémonieusement au début de chaque rencontre, ou même pour quelques roupies par des vendeurs ambulants, le masala chaï est à l’Inde ce que le café Tim Hortons est au Canada. Parce qu’effectivement, si vous songiez à boire du café en Inde, renoncez-y tout de suite; autant leur thé est exquis, autant pour le café, on repassera. Attention toutefois à la fine croûte de lait qui se forme sur la surface du masala, la sensation déroutante d’avaler cette petite peau en pensant prendre une délicieuse gorgée de thé crémeux en rebutera plus d’un. Accompagnez le thé de biscuits secs, tradition anglaise oblige, et l’expérience sera complète.

Si les Indiens sont de gros buveurs de thé, on ne peut en dire autant de la bière. Traditionnellement, les Indiens consomment très peu d’alcool, mais l’occidentalisation des mœurs tend à changer tranquillement cette tendance. Apportée par l’occupation britannique, la bière telle qu’on la connaît est aujourd’hui vendue en Inde sous des marques locales comme Kingfisher ou Bira 91, un produit qui n’est toutefois pas particulièrement accessible à la population. En effet, une bière peut coûter entre 150 et 250 roupies dans un dépanneur (3 à 5 CAD), et plus de 400 roupies dans un restaurant, un prix qui nous paraît acceptable mais qui reste hors de portée de l’Indien moyen.

« Mais… mais… comment les Indiens font-ils le party s’ils ne boivent pas? » Aussi fou que ça puisse paraître, ils sont capables d’avoir du plaisir sans alcool! Je sais, ça me met autant sur le cul que vous… 

Joueurs de cricket dans un parc © Laurent Montreuil

Vous voulez une preuve de ça? Regardez un match de cricket! On dit de ce sport qu’il est une véritable religion en Inde, et honnêtement, si la religion créait autant de hype, je serais pas athée. Sans vous expliquer toutes les règles de ce sport complexe, imaginez un jeu où il faut frapper la balle le plus loin possible comme au baseball, mais dans n’importe quel sens, et où il est permis (lire ici que c’est le but) d’atteindre le frappeur avec la balle… les Anglais ont créé de drôles de jeux quand on y pense. Bref, si vous pensez qu’il y a de l’ambiance au Centre Bell, dites-vous que le Eden Gardens de Calcutta peut contenir 66 000 amateurs de cricket venus voir une balle être lancée à plus de 130 km/h des centaines de fois pour un match durant plus de six heures… s’il ne s’étale pas sur plusieurs jours! Dans le genre paralysé, les rues de Mumbai étaient difficiles à battre un soir de match, quand l’équipe de Poly-Monde tentait de rejoindre un restaurant non loin du stade (oui, de vrais génies ces Poly-Mondiens!)

La culture indienne, c’est un peu tout ça; l’hospitalité d’un thé chaï et la chaleur humaine d’une foule d’amateurs de cricket, tous animés par la même passion. 22 langues officielles, 325 dialectes reconnus, des dizaines de religions et 1,3 milliards de personnes compactés dans des villes parmi les plus densément peuplées au monde; les Indiens auraient toutes les raisons du monde pour se chicaner. Mais peu importe leurs spécificités culturelles, les Indiens se rejoignent où ils le peuvent et fêtent leurs différences comme leurs ressemblances. Faire la part des choses pour bâtir des ponts entre nos cultures et non des murs; une belle leçon pour la politique occidentale actuelle.

Dans les prochains chapitres, on entrera un peu plus en profondeur dans les langues et religions indiennes, des sujets qui méritent une attention toute particulière!

Bateaux dans la baie de Mumbai © Laurent Montreuil




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.