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Les coulisses de la rue au bout des écouteurs – Descente à Crackopolis

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Lorsqu’un terrible outil de procrastination se transforme en formidable médium de découvertes, le partage est de mise. C’est ainsi qu’au gré des recommandations YouTube, au bout d’un parcours intellectuellement désertique semé de vidéos humoristiques vues et revues, je découvris l’oasis de culture qu’est Arte Radio, à l’origine du documentaire audio « Crackopolis ».

Au fil de la voix

Charles a connu l’intensité de la vie, de la jouissance de sentir défiler des milliers d’euros entre ses doigts à l’enfer des nuits de psychose liées à sa consommation de crack. Pour relater cette existence hors normes, Arte Radio passe par sa voix rocailleuse, la musique et le silence. Trois médias pour nous faire découvrir les bas-fonds du Paris drogué à la dure, au crack.

Sa voix, grasse de l’excès de cigarettes qu’il ne manque pas de fumer durant le reportage, sincère sans la pression d’une intimidante caméra, juste et posée, nous plonge à tire-d’aile dans son univers. Ses déglutitions, sa respiration, ses rires, son timbre sonnent comme tant de portes ouvertes à son intimité, comme tant de démonstrations que le regard n’est pas l’unique voie d’entrée de l’âme.

Sans omettre la musique qui n’accompagne pas seulement ses paroles, mais également sa respiration, parfois ses battements de cœur, et dont l’arrêt donne au silence une épaisseur intense. Une expérience dont on n’a pas forcément l’habitude et qui vaut le détour.

Crackhouse, gueush, grossistes, caillou…

Dévoilant tout un écosystème aux antipodes de l’image chic de Paris, le narrateur révèle les engrenages d’une mécanique dont il est à la fois acteur et observateur. Son regard différent et son niveau d’éducation anormalement élevé pour un tel milieu lui confèrent la lucidité de l’observateur pertinent, permettant de brosser un tableau d’une qualité remarquable au fil des épisodes. Cette singularité et cette différence, attirant l’ire de ses pairs, Charles la payera au prix de la solitude ; solitude face à ce monde où la joie du crack ne peut être partagée, où même les extases les plus fortes sont les plus personnelles. Solitude des nuits passées dans le froid glacial de parkings désertés. Ou encore la solitude de voir son unique ami mort trop tôt, après « avoir vomi ses poumons » d’une overdose.

De sa fabrication aux différents trajets qui l’amènent jusqu’au consommateur, le crack perd toute pudeur et Charles n’hésite pas à partager tous les détails qui lui traversent l’esprit. Détails qui donnent une teinte parfois drôle au récit, mais souvent triste, comme la détresse de ces femmes et hommes qui s’attachent à tout ce qu’il leur reste comme dignité, en plaçant leurs excréments dans des sacs plastiques jetés loin des immeubles où ils survivent, parce qu’ils « restent humains ». À la manière d’un Zola des temps modernes, Charles décrit sans filtre tous les codes sociaux qui régissent ce microcosme caché, véritable société à l’intérieur d’une autre.

Épilogue

« J’en ai appris autant sur la rue et ses règles pendant ce récit que pendant tout le reste de ma vie. Poignant. » Ce commentaire d’un internaute résume très bien le sentiment que j’ai eu suite à l’écoute de ce documentaire. Tout au long du récit, aucun jugement n’est émis, aucun biais, et l’on reste seulement à l’écoute de cette vie hors normes et de l’empathie qui grandit peu à peu pour cet homme qui se livre entièrement ; parce qu’au bout de 15 épisodes, on a l’impression de le connaître, Charles.

Un récit très facile d’accès, à écouter n’importe où, mis en scène par Jeanne Robet et David Neerman.

Arte radio offre aussi une myriade de podcasts différents tous très intéressants, et une suite en miroir à cette histoire, Flicopolis, où le narrateur est un policier de la brigade des stups.

Lien YouTube (1er épisode) : https://www.youtube.com/watch?v=obFs7tgRSeU




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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